« Je dis toujours pour m’amuser que je suis née dans une annexe de mairie ». Fille d’agriculteur née en Eure-et-Loire, Isabelle Perdereau n’a pas tardé bien longtemps avant de se plonger dans le monde de la politique. Bercée par les multiples mandats de maire de son père (36 ans), c’est à 18 ans qu’elle s’engage à ses côtés pour sa première campagne électorale. Passionnée d’économie politique, elle décide pourtant de se tourner vers un tout autre horizon à l’heure de se concentrer à ses études. « J’étais assez douée en dessin, donc je me suis dit que j’allais faire des études d’architecture intérieure en me disant que j’allais peut-être me planter et que je repartirai sur l’économie politique », raconte l’intéressée. « Et puis j’ai réussi ».

Une arrivée sur Paris, quatre années d’études post bac, du travail acharné, et de la création d’entreprise. « C’est extrêmement difficile surtout quand vous n’avez pas d’argent », précise-t-elle. « Ça vous apprend à vous battre, ça vous apprend à être tenace. Ça m’a apporté beaucoup d’expérience ». A la tête d’un cabinet de family office depuis plusieurs années, Isabelle Perdereau a connu son premier tournant politique lors d’une cérémonie de vœux. D’abord invitée à intégrer une association politique par Alexandre Touzet, actuel maire de Saint-Yon et délégué départemental du canton d’Arpajon entre autres, cette entreprenante mère de deux garçons y a vite trouvé sa place. « Ce qui m’a plu, c’est qu’on a décidé de faire de la politique autrement », précise-t-elle en citant la confection de tracts en braille en guise d’exemple.

Une montée crescendo

Si peu de personnes lui donnaient sa chance lors de ces cantonales de 2008, Isabelle Perdereau n’a jamais tremblé. Sans gagner, elle et son binôme sont tout de même parvenus à collecter 19% des voix, contre toute attente. « J’étais assez ancrée dans certaines communes », explique-t-elle notamment. Des anecdotes, elle en a plein la tête, notamment lorsqu’une personne lui reproche de ne rien connaître à l’agriculture, elle, fille d’agriculteur. 2008, c’est aussi l’année où elle rencontre François Fillon pour la première fois. Carte de l’UMP en poche, elle marche dans un premier temps pour Nicolas Sarkozy lors des élections présentielles de 2012. « Avant on avait eu les régionales », se souvient-elle. « C’était super ».

Petit à petit Isabelle Perdereau gravit les échelons et multiplie les casquettes. Appelé par Mickaël Christophe pour la campagne des élections municipales de Brétigny en 2014, elle fait campagne aux côtés de Nicolas Méary suite au départ de l’ancien conseiller municipal d’opposition pour le Plessis-Paté. Mairie remportée, elle devient maire adjointe notamment affiliée au handicap. « Certains m’avaient mise à l’handicap en pensant que ça allait juste être le bout de trottoir qu’on allait rendre accessible. Mais ce n’était pas du tout ce que j’avais envie de faire », sourit-elle. « Pour moi c’était rendre citoyen de la ville, la personne en situation d’handicap, que ce soit cognitif ou moteur ».

Vient ensuite le tour des départementales, puis celui des régionales où elle figure sur les listes. « J’ai pris mes fonctions en décembre à la région ». A la formation professionnelle, à l’apprentissage, et au tourisme au niveau de la région, Isabelle Perdereau est entre autres la vice-présidente du centre Hubertine Auclair, une association pour l’égalité hommes-femmes… « Il y a un truc sur lequel je me suis fait un petit plaisir, je suis titulaire au Conseil académique des écoles d’art de Paris », ajoute-t-elle. « Ça c’est un vrai plaisir, parce que c’est mon univers ».

Une campagne rondement menée

C’est alors qu’intervient, en janvier 2016, le deuxième grand tournant politique de sa carrière. En lice pour la primaire de la droite, et pour les élections présidentielles, François Fillon la désigne alors en tant que référente Essonne. « J’ai toujours suivi François Fillon. Je suis resté à l’UMP parce qu’il était là », avoue la chef d’entreprise. Un choix par défaut ? Possible puisqu’elle était alors la seule élue du département à le soutenir. « Mais en même temps il savait que la campagne, j’allais la faire », relativise-t-elle. « Le Président de la République, c’est l’ambassadeur de la France. Il avait un programme intéressant au niveau du pays. Sur l’emploi, sur le développement économique, sur tout un tas de choses… Il avait aussi un programme européen bien clair. Trois ans auparavant, il avait même travaillé son programme avec la société civile. On ne peut pas avoir une bonne vision de la société, si on a jamais travaillé », poursuit la conseillère régionale, prenant en contre exemple les « purs produits politiques ».

C’est alors armée de son équipe de jeunes motivés, composée de Yasmine Chaoui, Adeline Fortin et de son fils, Charles-Henri Perdereau, qu’elle se lance dans ce nouveau défi. « J’adore travailler avec les jeunes », sourit la mère de deux garçons. Si peu croyaient en son candidat, elle évoque non pas un choix par stratégie, mais un choix par conviction. Les présentations de programmes se suivent, les salles de meetings se remplissent semaines après semaines, les débats s’accumulent… et les réseaux sociaux pullulent d’informations. « On a vraiment travaillé avec beaucoup de plaisir. On a fait un truc de dingue, et les gens étaient persuadés qu’on était une armée ». Onze mois après le début de cette campagne, c’est le moment de la première consécration. « Une semaine avant les résultats du 1er tour, on venait me voir pour me dire ‘tu te rends compte de ce qu’il t’arrive ?' » Le 27 novembre 2016, François Fillon est désigné vainqueur de la primaire avec 66,5% des voix face à Alain Juppé. « Quand j’ai vu les premier résultat arriver, j’ai pris plaisir. J’étais fière de l’équipe que nous étions. Ce n’est pas que grâce à moi », lance-t-elle en toute modestie. « J’étais contente ».

En Essonne, les résultats sont tout aussi bons, une énorme satisfaction pour celle qui s’est plus que jamais impliquée dans une campagne bien loin d’être gagnée d’avance. Mais alors que l’horizon semble on ne peut mieux dégagé en vue des présidentielles, les révélations du Canard Enchaîné dans son édition du 25 janvier viennent asséner un premier gros coup derrière la tête des Fillonistes et d’Isabelle Perdereau. Elle doit de nouveau faire face aux remontrances. « Je n’ai jamais eu pour habitude de tourner le dos à quelqu’un de ma famille quelque soit la difficulté », commence-t-elle. « Je me suis dit qu’on ne connaît jamais vraiment les gens à fond, personne n’est parfait. Mais ce qui comptait pour moi c’est, la personnalité qu’il dégageait, et le programme », poursuit-elle. « Et le programme il est excellent dans le sens où, on doit remonter l’état de la France. Donc voilà, je ne me suis pas posé de question ».

« Je ne sais pas où est ma place »

Si elle est bien loin de cautionner les faits, l’adjointe au maire de Brétigny-sur-Orge estime « ne pas être à même de juger », et regretter quelque peu le déroulement des choses. Le timing des révélations l’intrigue, la tournure des révélations aussi. « C’était un peu comme jouer avec la baguette des sorciers. Il y a des citoyens qui ne peuvent pas boucler les fins de mois, et c’est évident que lorsqu’on on annonce des chiffres comme ça, des chiffres qui représentent plusieurs, ça paraît encore plus énorme », résume-t-elle. « Ce que je veux c’est que les citoyens s’intéressent aux programmes avant d’aller voter. Là, ça a faussé le message, et ça n’encourage pas les gens à aller voter. Ou alors à les pousser vers les extrêmes ».

Seule avant les primaires, Isabelle Perdereau se retrouve de nouveau esseulée à la suite de révélations qui s’entassent semaines après semaines. Certains messages de compassions lui sont adressés, elle doit aussi faire face aux doutes de certains proches, mais garde toujours le même objectif en ligne de mire, malgré une nouvelle petite surprise de mauvais goût. Le 3 mars dernier, par le biais d’un communiqué envoyé à la presse et diffusé sur les réseaux sociaux, 31 élus du département demandaient au candidat à la présidentielle de se retirer, tout en espérant qu’Alain Juppé reprenne le flambeau. « Si ça avait été un autre qui avait gagné la primaire, certes ça n’aurait pas été mon candidat, mais je n’aurais pas fait d’histoire », relève celle qui n’a pas du tout été informée de cette liste avant sa diffusion. « C’est un message fort. Et au final pour faire quoi ? » Pour revenir ! Alain Juppé ayant refusé de jouer les seconds rôles, nombreux sont ceux qui ont retourné leur veste pour de nouveau « soutenir » François Fillon.

« J’ai discuté avec des femmes qui n’ont pas signé, c’était intéressant. Mais je n’ai pas vraiment eu l’occasion de discuter avec les signataires, parce que je ne sais pas ce que je leur aurais dit », réfléchit-elle. « Je n’ai pas à les juger. Ce qui a été difficile pour moi, c’est qu’on ne m’ait pas demandé mon avis. Je ne le vois pas comme une trahison, mais comme un manque de courtoisie ». Le 14 mars dernier, alors que François Fillon est mis en examen, un énième meeting est organisé à Brétigny, le fief d’Isabelle Perdereau. Sur l’estrade, aux côtés d’élus signataires du communiqué, la militante de 56 ans est un peu en retrait. « J’ai été très spectatrice », reconnaît-elle. « Ce qui fait mal, c’est la non-reconnaissance politique. Je sens bien que ce n’est plus moi qui mène la danse. Je ne sais pas où est ma place ».

A 20 jours du premier tour des élections présidentielles, Isabelle Perdereau n’a clairement pas la place qu’aurait dû lui imposer son statut. Seule au début de la campagne de François Fillon, elle cherche encore sa place au milieu d’un parti quelque peu tiraillé par les facéties de son candidat. Quelque soit l’issue de cette présidentielle, elle aura coûte que coûte fait sa part de travail, avec toute la détermination qu’elle a pu donner. Bien dans sa tête, elle souhaite par dessus tout que « Qu’on reparte sur 5 ans avec des vrais choix en connaissance de cause ». « J’ai envie que le monde nous envie », conclut-elle.