C’est un dossier qui dort dans les cartons depuis 40 ans, que plusieurs élus locaux voulaient remettre au goût du jour, notamment à la suite des élections municipales de 2014 (lire notre article). Les études vont en tout cas reprendre prochainement, puisque la question du franchissement de la Seine a été inscrite dans le Plan anti-bouchons présenté récemment par la région Ile-de-France et sa présidente Valérie Pécresse. Présente ce lundi au Département pour détailler les financements alloués à l’amélioration de la circulation routière, elle a confirmé les 8 millions attribués (dont 4 de la Région) pour étudier la faisabilité d’un nouvel ouvrage, ce qui a donné lieu à un débat entre élus.

Porté notamment par le président François Durovray et la majorité des élus locaux, l’idée d’un nouveau pont reprend donc son cours, et est à première vue largement plébiscitée par les élus. Des maires de Juvisy et Draveil, qui voient l’encombrement grandissant de leur pont, aux représentants des communes de la rive-droite et du Val d’Yerres qui se plaignent du noeud de Villeneuve, chacun espère décongestionner le trafic et offrir aux automobilistes qui travaillent notamment sur Orly un accès facilité.

Mais depuis l’annonce de la relance du projet, des voix se lèvent pour s’opposer, plus ou moins frontalement, à ce nouveau franchissement. A commencer par la maire d’Athis-Mons Christine Rodier, qui rappelle sa position, malgré son approbation au Département du plan anti-bouchons : « nous avons voté en séance publique, le financement d’une étude pour 8 millions d’euros, mais nous n’avons rien acté pour le pont. Je suis d’ailleurs toujours aussi hostile à ce projet de pont. Je soutiens tous ceux qui sont contre, comme ceux qui ont mis en place la pétition contre la construction du pont ». Selon elle, l’étude pourrait plutôt servir à « nous apporter d’autres solutions alternatives, comme la construction d’un tunnel par exemple qui pourrait relier directement le contournement sud d’Orly, ou autre chose ».

Où passerait la route à Vigneux ?

Car la colère gronde dans la commune. Une pétition a été mise en ligne il y a 4 mois, par un collectif proche de l’opposition municipale, tandis que plusieurs habitants d’Athis-Mons possiblement impactés par le « déversement » d’automobiles venues de la rive-droite sur le secteur de la clinique Caron, se sont montés en association et veulent engager une mobilisation. Pour l’un des initiateurs de la démarche, Dominique Gobourg, la liaison qui traverserait la commune en prolongement du pont risque fort de « détruire la bio-diversité sur un quartier encore préservé ». Il conteste par ailleurs la réussite du désengorgement par cette opération : « on ne règle rien, car cela va juste déplacer les voitures de 1,5 kms et il y aura des bouchons plus loin ». Une réunion publique est prévue pour le mois d’avril afin d’informer la population.

Autre rive, autre problématique, puisque la commune de Vigneux-sur-Seine, par laquelle transiteraient les véhicules depuis la N6 jusqu’au futur pont, vient de modifier son Plan local d’urbanisme. Une emprise routière avait été réservée pour que la future liaison traverse la zone agricole depuis la Seine, et rejoigne le Réveil matin en passant sous les voies de chemin de fer. Problème, la ville prévoit désormais d’installer une déchetterie sur le futur tracé, évoquant dans une délibération que l’emplacement précédemment réservé « n’a plus lieu d’être et peut être supprimé de la carte de zonage du PLU, puisque l’Etat n’a plus la volonté de réaliser ce projet, ni les moyens financiers de procéder à des expropriations d’utilité publique de cette ampleur ».

Une déchetterie toute neuve construite là où doit passer la route? « Non, le tracé sera un peu différent » répond Patrick Dubois, élu en charge de l’urbanisme à Vigneux, qui pense que le projet de pont n’est pas incompatible avec la volonté municipale d’un nouveau site pour la déchetterie du Siredom. Pour le maire Serge Poinçon, qui se dit « pour, bien sûr » le nouveau pont, « il y aura d’autres études, au besoin nous pourrons réviser le PLU ». Du côté de l’opposition, la construction de la déchetterie « n’est pas en contradiction » avec le projet de pont, « la route passerait ailleurs » croit savoir Joelle Surat. Jacques Stouvenel, qui s’est abstenu sur la modification du PLU, juge pour sa part que « la déchetterie pourrait être déplacée » souhaitant ainsi « conserver cette emprise réservée dans le PLU ».

Difficile d’y voir clair au moment où ces études de franchissement sont relancées. Le nouveau pont sur la Seine verra-t-il le jour? Certaines voix plaident plutôt pour un élargissement des ponts existants de Villeneuve et Juvisy. Une option qui pourrait être mise sur la table dans le cadre des études financées par la Région et le Département.