« Excusez-moi pour le retard. Après 1h40 passées dans les bouchons, j’ai pu une nouvelle fois me rendre compte des problèmes que pose le transport routier en Ile-de-France (rires)  ». C’est par ces mots, et non sans humour, que Valérie Pécresse a pris la parole. Lundi 27 mars, la présidente de la région Ile-de-France était invitée par l’assemblée départementale à l’occasion de la séance publique mensuelle. L’occasion de revenir sur les dossiers qui lient les deux collectivités, 14 ans après la dernière visite d’un président de région en Essonne. Au programme justement, un plan anti-bouchons prévu pour la période 2017–2021.

Avec un investissement total de 72,8 millions d’euros pour l’Essonne, dont 32,5 millions financés par la Région, ce dernier doit permettre la réalisation de cinq projets prioritaires définis par le Réseau routier d’intérêt régional (RRIR) développé entre le Département et la Région : « À côté des efforts portés sur transports en commun, l’objectif est de continuer à investir pour la route  », explique Nicolas Méary (UDI), vice-président délégué aux mobilités.

Ainsi, sont concernés le contournement sud d’Orly, dont le but est de soulager les communes de Paray-Vieille-Poste et d’Athis-Mons (36 millions dont 18 millions pour la Région), le projet de pont sur la Seine entre Athis-Mons et Vigneux-sur-Seine (8 millions pour financer les études, donc 4 millions par la Région), la décongestion des carrefours de la N20 et la N7 (9 millions dont 4,5 par la Région), le réaménagement de l’échangeur de Corbeville à la jonction entre la RN118 et la RD128 (10 millions dont 3 millions par la Région), et la déviation d’Itteville avec la création d’une liaison entre la RD31 et les RD 17 et 74 (6 millions dont 3 millions par la Région).

Si ces projets sont dans les cartons depuis plusieurs années, ils soulèvent toujours des interrogations de la part des élus concernés. Symbole de ces discussions interminables, le projet de pont sur la Seine entre Athis-Mons et Vigneux. Ce dernier doit permettre de désengorger la rive droite du fleuve, mais traîne depuis… près de 40 ans. « Il faut entendre la voix de ceux qui s’inquiètent de voir les flots de voitures se déverser dans leur commune, prévient Damien Allouch (PS), conseiller départemental du canton d’Epinay-sous-Sénart, étonné par les 8 millions d’euros que coûtent les études de faisabilité. Il faudra être attentif à l’intégration dans le réseau routier existant ».

Favorable au projet de franchissement de Seine, Georges Tron entend "travailler en concertation avec la rive gauche" (DR).

Favorable au projet de franchissement de Seine, Georges Tron entend « travailler en concertation avec la rive gauche » (DR).

Sur le terrain, la maire d’Athis-Mons est en effet opposée au projet, mais les élus qui y sont favorables, notamment ceux de la rive droite, sont confiants : « J’ai eu des réunions avec les maires concernés, tous sont d’accord pour qu’il y ait un franchissement, reste la question des conditions de ce franchissement, estime François Durovray (LR), président de Conseil départemental et ancien maire de Montgeron. Il ne faut pas opposer une rive à l’autre. Je suis très attentif à ce qu’on ne génère pas de conflit à ce niveau-là ».

Georges Tron (LR), premier édile de la ville voisine de Draveil, croit lui aussi en un accord construit de concert : « Tout doit être fait en concertation avec la rive gauche. Je considère que si on met 8 millions d’euros d’études, ce n’est pas pour nous expliquer après qu’on oublie ce qu’il en est. Une fois que le contournement est-ouest aura été arrêté, on pourra travailler pour fixer le calendrier.  ».

Quels critères retenus ?

Autre grief adressé à la majorité, l’absence de certains axes pourtant mentionnés lors des délibérations intervenues à ce sujet en novembre dernier. Au premier rang desquels la Francilienne et la requalification des accès à la zone commerciale de la Croix-Blanche à Sainte-Geneviève-des-Bois : « C’est 150 000 personnes par week-end, expose Frédéric Petitta (PS), élu sur Sainte-Geneviève. Cela pose de vrais problèmes de sécurité et des files d’attente de plusieurs heures  ». Il demande donc que ces aménagements soient inscrits dans le plan anti-bouchons, tout comme les futurs accès au pôle nouveau d’activité La Base, situé sur de l’ancienne base aérienne 2017.

Problème : la Francilienne est une route nationale et ne dépend pas du Département : « Nous souhaitons très clairement que les autres axes cités figurent dans un réseau d’intérêt régional, précise François Durovray. Mais les voiries nationales dépendent du contrat de projet Etat-Région. Dans le cadre du plan anti-bouchons, ne peuvent donc être sélectionnés que des aménagements bénéficiant de financements de la Région sur des voies départementales  ». Concernant les accès à l’ex base 217 sur la D19, ils n’ont pas été inclus car il a été jugé « qu’ils relevaient plus du domaine du développement économique que du plan anti-bouchons ».

L'aménagement de l'accès à la zone commerciale de la Croix-Blanche n'a pas été retenu dans le plan anti-bouchons (MB/EI).

L’aménagement de l’accès à la zone commerciale de la Croix-Blanche n’a pas été retenu dans le plan anti-bouchons (MB/EI).

Reste que certains dénoncent l’incohérence d’un plan qui n’irait pas dans le sens des engagement pris durant la COP 21 : « On ne va pas régler le problème, on va tout au mieux le repousser, pointe Anne Launay (EELV), conseillère départementale d’opposition. En augmentant ou en aménageant les axes routiers, il y aura moins de bouchons, mais plus de pollution car les routes vont devenir plus attractives. Elles seront plus empruntées et les bouchons reviendront quoiqu’il arrive. Sans parler des émissions de gaz à effet de serre… ». Pourquoi choisir quand on peut faire les deux ? lui a répondu, en substance, Nicolas Méary : « Oui, il faut renforcer les transports en commun et les modes de transport alternatifs comme le covoiturage, conclut-il. Mais le but n’est pas non plus de pénaliser les automobilistes. Si on peut favoriser leur quotidien, on le fera ».

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