« Honnêtement, ça ne m’intéresse pas », lance Fabien, 19ans, qui suit une filière mécanique à la Faculté des Métiers d’Evry. Comme de nombreux jeunes de sa génération, Fabien pourra, pour la première fois de sa jeune vie, voter. Quoi de mieux d’ailleurs qu’une élection présidentielle pour rentrer dans l’arène politique ? Pas de quoi motiver ce jeune étudiant si l’ont en croit ses dires. « Je ne vois pas l’intérêt de voter pour quelqu’un qui ne va rien changer », ajoute-t-il, immédiatement conforté dans son idée par Romain, son camarade de classe. « Pour moi la politique c’est une grosse comédie. Un bal d’hypocrites. Ils prétendent tous vouloir faire quelque chose, mais ils ne font rien ». Pour une entrée en matière, ce n’est en effet peut-être pas le meilleur moment pour ces jeunes nés entre la coupe du monde 98 et l’Euro 2000.

Une prise de conscience

A l’époque, Jacques Chirac était encore président, et les affaires « abracadabrantesques » faisaient déjà la Une des journaux. Quelques années plus tard, en février 2014, c’est l’affaire Bygmalion impliquant notamment Nicolas Sarkozy, président sortant, qui provoquait un tollé sur la toile. Si le mandat de François Hollande n’a pas encore révélé de feuilleton tout aussi rocambolesque, mise à part l’affaire Cahuzac et une petite virée en scooter, la campagne actuelle frappe fort dans l’historique des affaires politiques. De la récente démission de Bruno Le Roux, à la mise en examen de François Fillon, en passant par les accusations pesant sur Marine Le Pen, que penser du monde politique quand on a 18 ans ?

« Je ne suis pas du tout la politique en temps normal. Là je m’y intéresse un peu plus parce que ce sont les élections présidentielles », avoue Aurélie, étudiante en double licence droit-éco à l’université d’Evry, et habitante de Limours, ville la plus civique du département. Aurélie n’est assurément pas la seule à agir de la sorte. Loin du monde politique tout au long de l’année, elle profite de cette présidentielle pour timidement s’en approcher maintenant qu’elle a le droit de vote. « C’est maintenant que je commence à m’y intéresser, parce que maintenant je vais pouvoir voter », l’imite Brandon, 18 ans lui aussi, en train de visionner un montage vidéo du débat de ce lundi 20 mars comparant Jean-Luc Mélenchon à un rappeur.

Michel et Alice eux, sont quelque peu sur une autre longueur d’onde que leurs camarades. Lui, en première année de licence informatique université, n’a pas attendu de souffler sa 18e bougie pour s’informer. « Je m’y intéressais déjà un peu avant. C’est mon père qui m’a toujours dit de regarder », avoue-t-il même s’il n’est pas non plus obnubilé. Elle, étudiante en double licence droit-éco, c’est de son propre chef qu’elle a choisi de jeter un œil dans le monde politique. Elle a d’ailleurs l’air enchantée à l’idée d’aller voter pour la première fois. « Je n’ai jamais voté parce que je ne pouvais pas encore le faire. Mais ça m’intéresse, je trouve ça cool de pouvoir enfin participer », se réjouit-elle.

Un manque d’information

S’ils n’ont pas tous la même sensibilité politique, tous ont affirmé qu’ils seront dans leur bureau de vote respectif le 23 avril prochain pour le premier tour. « C’est important. C’est grâce à ça qu’on peut donner notre avis sur ceux qui nous dirigent », explique Kyliann, 18 ans, en première année de licence Maths. La mise en examen de François Fillon n’a quant à elle pas vraiment l’air de le préoccuper. S’il ne pense pas voter pour le candidat LR, il ne condamne pas pour autant ce dernier. « On est quand même humains. Les arnaques c’est à la portée de tout le monde. Peut-être qu’on aurait fait la même chose à sa place », se questionne-t-il ensuite, lui qui préfère se concentrer plutôt sur ce qui est proposé et non pas sur les affaires. Un avis que ne rejoint pas totalement Brandon, qui se force à croire que tout n’est pas noir. « Ce n’est pas tout le monde. Je pense qu’il y a encore des gens honnêtes », espère-t-il avant de lancer, sourire en coin : « jusqu’à ce qu’on découvre qu’ils ne le sont pas ».

Sociologue à l’université d’Evry depuis 6 ans, Stephen Bouquin sent, de par son expérience, que la jeunesse est peu réceptive aux promesses des candidats. S’il a vu bon nombre de ses étudiants dans la rue pour protester contre la loi El Khomri au printemps dernier, il relève tout de même un certain scepticisme. « Ils sont très critiques par rapport aux élections. Ils en attendent très peu », affirme-t-il. Pour lui, les raisons sont plutôt simples. D’une part, à cause des affaires qui planent sur certains candidats, d’autre part, à cause du manque d’informations. « Les affaires en dégoûtent certains de la politique, mais je pense que c’est ambivalent. Mais je pense qu’il faudrait surtout plus de débats à l’université, au lycée… pour mieux les informer », regrette ce sociologue. « Là, tout passe par les médias, et c’est le grand cirque. Ils se disent que les dés sont pipés ».

En 2012, l’élection présidentielle avait poussé au vote environ 80% des personnes inscrites sur les listes électorales. Une participation élevée qui contraste quelque peu avec les autres élections, mais qui pourrait de nouveau être de bonne facture. Avant de se rendre aux urnes, il faudra néanmoins avoir un peu plus de certitudes du côté de nos jeunes électeurs, plutôt indécis. « Franchement, je n’y avais jamais réellement réfléchi avant que l’on me dise que je peux enfin voter », avoue Angélique, 19 ans, en BTS commerce international au lycée à Sainte-Geneviève-des-Bois. « Aujourd’hui, je ne sais pas encore vers qui je vais me tourner, mais ce qui est sûr, c’est que je choisirai le candidat qui me semblera le plus ‘humain’ ». A voté !

[Portrait de campagne #1] Martine Boulay, celle qui récoltait les parrainages pour NDA

[Vu des bistrots #1] Limours, la ville aux 95 % de participation