Il est 19 heures ce mardi et, au bar-PMU « Le Village », sur la place principale de Limours, on sert les premiers kirs du soir. L’endroit est calme, et quelques passants s’y arrêtent un instant pour acheter des cigarettes avant que la nuit tombe. Les sujets de conversations semblent, pour l’instant, bien éloignés des élections. Même si sur le comptoir, trône le Parisien du jour, dont la Une affiche les cinq candidats vedettes du débat de la veille. Marguerite, derrière son bar, « ne s’intéresse pas aux élections. » « Je n’ai même pas le droit de voter, je ne suis pas française, alors je ne suis vraiment pas capable d’en parler ! » rit la barmaid. Pourtant, la commune dans laquelle vit Marguerite depuis trois ans brille par sa citoyenneté exemplaire. Comment expliquer ce phénomène ?

Au dessus du bar, vit Sacha, 18 ans, avec ses parents. Le jeune homme en est certain : il votera cette année sans faute, à la Présidentielle et aux Législatives, après avoir voté une première fois aux Primaires de la gauche. « Ça fait longtemps que j’ai une petite idée de pour qui je vais voter, par rapport à tout ce que je lis, ce que je vois sur la Présidentielle. Même si j’attends le prochain débat. Celui d’hier ne m’a pas convaincu… Mais je ne pense pas que je vais voter pour l’un des ‘petits ‘ candidats. »
Sacha a voté pour la première fois en 2017. « Ça m’a fait plaisir, se remémore-t-il quand on lui demande « ce que ça fait ». Un témoignage plutôt rare, en cette époque où l’abstention des jeunes bat des records. L’Essonne n’est pas épargnée. « On parle un peu des élections avec mes potes, reprend Sacha. A Limours, je ne sais pas pourquoi ça vote plus qu’ailleurs. Peut-être parce que les habitants sont un peu plus ‘bourgeois ‘, et que souvent les villes riches votent plus ? »

Au bistrot "Le Village", Limours (MH/EI)

Au bistrot « Le Village », Limours (MH/EI)

José, 65 ans, est assis devant un café et Le Parisien. Il est un habitué des lieux. Retraité, ancien plombier-chauffagiste de la fac d’Orsay, il est lui aussi très porté sur son devoir de citoyen. « On a eu le droit de vote, c’est bien d’en profiter. C’est ça la démocratie. »

Le devoir de citoyen oui, mais depuis des années, aucun candidat ne trouve grâce aux yeux de José. « A chaque fois je vote, mais je vote blanc ou écolo. J’ai toujours voté. Je m’y intéresse. Mais vu ce qu’ils disent… C’est à peu près tous les mêmes. A chaque fois, ils promettent des choses, qu’ils ne tiennent jamais ! Hollande, il n’a fait que la moitié de ce qu’il a promis.
J’ai pas mal de copains qui disent que Macron va passer. Le Pen, elle, est complètement hors-sujet. Sortir de l’Europe, et tout… C’est impossible ! Fillon, avec toutes les affaires qu’il a sur le dos, je pense qu’il est grillé. Hamon a peut-être ses chances »
, analyse le retraité, coureur du marathon de Paris depuis des années.

Connaissant bien le coin, José confirme le côté citoyen modèle de Limours. « Mon frère y vit, il vote à gauche, et sa femme est de droite. Ils votent à toutes les élections ! » Ah, si la politique était aussi simple…

Le tabac des Sports, à Limours (MH/EI)

Le tabac des Sports, à Limours (MH/EI)

Plus haut dans la ville, il y a le centre commercial des Arcades, et de l’autre côté de la route se tient le tabac des Sports. Nous y rencontrons Alain, 52 ans, Limourien depuis 19 ans. « Les élections ? Oui, j’en ai déjà loupé, mais en général, je vote. Je suis parfois blasé du monde politique, mais c’est important de voter. »
Un refrain qu’on entendra souvent ce soir-là. Et même si, pour Alain également, aucun des 11 candidats ne se démarque des autres. « Ça fait 40 ans que je suis déçu du monde politique, de toutes les élections mais surtout des présidentielles. Cette année, j’irai voter, mais je ne sais pas pour qui. Je voudrais voter pour des idées concrètes, pas pour des personnalités…Aujourd’hui on a tendance à faire le contraire. Autour de moi c’est pareil, tout le monde est indécis. Mais eux aussi iront voter. »

S’il ne nous dit pas clairement vers qui se tournera son vote, Paulo, 36 ans, semble avoir une idée bien tranchée sur les résultats de cette élection. « Ça se jouera entre Macron et Fillon », nous assure-t-il d’entrée. « Celui qui sera au deuxième tour gagnera ». Habitant de Limours depuis 5 ans, lui aussi a pris la bonne habitude d’aller voter. S’il estime que le personnage « trop clivant » de Mélenchon sera un frein dans sa course à l’Elysée, il pense que Marine Le Pen aurait eu plus de chances de l’emporter en étant « plus européenne ». « Les Italiens, les Portugais… auraient voté pour elle ». Et après une petite brève sur le candidat Hamon, Paulo semble donner un léger avantage à Fillon, malgré la récente mise en examen de ce dernier. « Ça ne me dérangerait pas qu’il soit élu. J’aurais fait la même chose que lui. Tout le monde a des histoires, il faut juste creuser », conclut-il.

A 75 ans, écrivain, Eric François Mirval est lui aussi un fervent votant depuis de nombreuses années. « Je fais mon devoir de citoyen. C’est indispensable de dire ce qu’on a à dire quand on peut le faire ». Si son choix de vote restera secret, il regrette surtout la tournure prise par cette toute dernière campagne électorale. « Elle est très différente des autres par rapport aux affaires de chacun », explique le Limourien. « La presse et les gens ont passé beaucoup de temps sur ces choses-là, ça a étouffé le vrai débat, la vraie campagne ». Autre regret au lendemain du premier débat télévisé, le fait que « tous les candidats ne soient pas logés à la même enseigne ». Il en termine en émettant une hypothèse sur la raison pour laquelle on vote beaucoup à Limours. « C’est la ville la plus peuplée de la Communauté de communes. Il y a beaucoup d’activités, d’associations. Ça force les gens à se rencontrer et à discuter », analyse-t-il tout en admettant que d’autres explications sont possibles. « Ici les gens sont toujours très motivés pour voter, il y a une bonne dynamique ». Limours, palme du civisme.

Article réalisé par Mylène Hassany et Gérald Delin

Prochaine étape de notre tournée des bistrots : Grigny ! A retrouver mercredi prochain sur Essonne Info.

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> Martine Boulay, celle qui recherchait des parrainages pour NDA

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