En observant le terrain, situé au carrefour de la rue de la Chapelle et de la Rue du Docteur Ogé à Montlhéry, difficile d’imaginer qu’il s’y dressera cent logements d’ici deux ans. Et pour cause. Si les travaux doivent débuter début avril, le site de 1 750 m2 est actuellement le théâtre d’opérations des archéologues de l’Inrap, qui s’y affairent depuis le 17 janvier dernier.

Menée sur prescription de l’État, cette fouille est implantée en centre-ville, à deux pas de l’église paroissiale, en contrebas de la célèbre tour de Montlhéry. Elle a permis de découvrir un morceau de la vieille ville médiévale et son évolution du XIIIe siècle à nos jours : « On est à un carrefour commercial important, à la jonction entre l’axe Paris-Orléans et la rue du Docteur Roger qui dessert aujourd’hui Corbeil-Essonnes, explique Laure Cissé, archéologue en charge des opérations. Le site est composé de quatre terrasses qui s’échelonnent sur sept mètres de hauteur. On y trouve un habitat plus lâche, mais aussi une densité d’habitation plus dense à mesure qu’on se rapproche de la rue de la Chapelle, où le trafic était plus important  ».

 Au niveau de forge, un escalier menait vraisemblablement à une cave reconnaissable grâce à sa voûte (MB/EI).

Au niveau de forge, un escalier menait vraisemblablement à une cave reconnaissable grâce à sa voûte (MB/EI).

Avec son équipe composée d’une quinzaine de personnes, elle a notamment découvert de nombreuses fosses dépotoir, des latrines et des puisards, signes de la présence d’habitations, mais aussi plusieurs traces d’activités artisanales et commerçantes qui se sont développées au cœur de ce lieu de passage stratégique : « Nous avons trouvé une forge qui pourrait dater du XIVe siècle, date à laquelle la cité comptait près de 5 000 familles, précise l’archéologue. Et une foulerie, probablement industrielle vu son ampleur, avec des débris de tonneaux et des graines de raisin. A l’époque, la cité produisait notamment du vin  ».

Un réseau de caves menant jusqu’à la tour ?

Autre découverte, qui n’a pas manqué d’éveiller l’imaginaire des plus aventureux, la présence de plusieurs caves. Au premier rang des explorateurs en herbe, Claude Pons, le maire de la commune : « On dit qu’il pourrait exister un réseau de caves qui mènerait jusqu’à la tour de Montlhéry, glisse-t-il en guise de question. Je n’y crois pas trop, mais ça fait partie de ce qu’on raconte…  ». Si un réseau long de 37 mètres a en effet été découvert face à l’église, les spécialistes sont en revanche plus réservés quant à l’existence d’un tel tunnel qui relierait la tour au village : « Ce genre de galerie, qui pouvait par exemple permettre de fuir en cas d’attaque, existe, notamment en Italie, raconte Laure Cissé. Mais dans le cas de Montlhéry, le réseau de caves devait appartenir à un riche négociant qui les avait achetées. Elles ont d’ailleurs été condamnées au XVIe siècle. Et puis utiliser une galerie qui irait soit vers le village, soit vers la tour, ne serait pas très cohérent en cas de fuite  ».

Les archéologues ont mis à jour tout un quartier urbain de la ville médiévale  (MB/EI).

A Montlhéry, les archéologues ont mis à jour tout un quartier urbain de la ville médiévale (MB/EI).

Les caves retrouvées sur le site auraient donc tout simplement servi à stocker des objets ou de la nourriture. La plus importante d’entre elles, longue de 20 m et située au cœur du site, est par exemple agrémentée de celliers : « Les caves sont souvent les derniers vestiges des villes, mais c’est ce qu’on y retrouve qui est le plus intéressant : les déchets, graines, céramiques, vaisselle…, confie Laure Cissé. Tout ça nous donne des informations sur l’utilité des bâtiments, mais aussi les habitudes d’alimentation et les modes de vie des habitants de l’époque ».

Les vestiges historiques remplacés par des logements

Effectuées en un peu plus de deux mois, les fouilles doivent se terminer le 31 mars prochain. Elles auront permis de mettre à jour les traces d’un quartier urbain de l’ancienne cité fortifiée aux époques médiévale, moderne et contemporaine, soit un quart de la vieille ville médiévale.
Charge maintenant aux archéologues d’approfondir leurs découvertes, avec la difficulté d’avoir à analyser un site sur lequel se sont superposées plusieurs constructions d’époques différentes : « La période de fouille était un peu courte, regrette Laure Cissé. Mais notre but est justement d’inclure dans notre réflexion toutes les périodes de façon à rendre compte d’une évolution de Montlhéry dans le temps ».
Les prélèvements et les photographies vont être envoyés au centre archéologique de Pantin (Seine-Saint-Denis) où des spécialistes vont tenter de les dater de manière précise. Un rapport d’opération sera ensuite rédigé et versé à l’État : « Le but de l’archéologie préventive est de conserver la trace d’un site qui va disparaître, conclut Marie Christiane Casala, directrice interrégionale Centre-Ile-de-France de l’Inrap. L’idée est que nos fouilles bénéficient au plus grand nombre et qu’elles soient réutilisables et enrichies dans le cas de nouvelles découvertes.  ».

Plus qu'une dizaine de jours de fouilles avant l'arrivée des pelleteuses (MB/EI).

Plus qu’une dizaine de jours de fouilles avant l’arrivée des pelleteuses (MB/EI).

Du côté de la municipalité, on reconnaît que le délai alloué aux archéologues était trop court. Mais on se dit aussi soulagé que les travaux de construction des logements puissent commencer : « Deux mois et demi de recherches sur des siècles d’histoire, ce n’est bien sûr pas assez. La faute à la pression mise sur les communes par l’Etat, dénonce Claude Pons. Aujourd’hui, la commune paie des pénalités car elle n’atteint pas le seuil de logements sociaux fixé par la loi SRU (25% ndlr). Or, les fouilles ont retardé la construction de ces logements sociaux et nous ont mis dans une situation délicate vis-à-vis des promoteurs. Avec un patrimoine historique important qu’il reste à découvrir, la ville de Montlhéry devrait pouvoir bénéficier d’une dérogation ».
L’élu espère néanmoins récupérer des souvenirs des vestiges pour les exposer dans la maison du Patrimoine de la ville, d’autant que leur démolition devrait laisser apparaître de nouveaux objets. « Vous allez trouver d’autres fosses et d’autres caves  », prédit Laure Cissé. En attendant, elle n’a plus qu’une semaine et demie pour conclure ses recherches. Après quoi les pelleteuses viendront remplacer pinceaux, brosses et truelles.

Les fondations de certaines habitations sont encore bien visibles (MB/EI).
Les équipes de l’Inrap à pied d’oeuvre dans l’ancienne foulerie (MB/EI).
Sur le site de la foulerie, les restes métalliques d’un tonneau sont sortis de terre (MB/EI).
Ici, les restes d’une fosses qui pourrait avoir servi de dépotoir ou de puisard (MB/EI).
Au centre, le haut d’une voûte laisse deviner la présence d’une cave en contrebas (MB/EI).
Laure Cissé, archéologue en charge de l’exploration, devant ce qui devait constituer une forge au XIVe siècle (MB/EI).
Le plan permet de se rendre compte de l’étendue du site : à droite, plusieurs habitats dont la fonction pourrait être artisanale. Au centre, la foulerie et la cave longue de 20 m, visible par la présence de sceliers de part et d’autre. A gauche, l’emplacement supposé de la forge (MB/EI).
Les archéologues ont jusqu’au 31 mars pour prélever le maximum de vestiges (MB/EI).

Entre fouilles et constructions, le casse-tête de Montlhéry

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