Nous rencontrons Charlotte Girard à son domicile, à Sainte-Geneviève-des-bois, le lendemain du fameux débat sur TF1 qui a opposé les cinq candidats à la Présidentielle : Emmanuel Macron, François Fillon, Benoit Hamon, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Après la performance de son candidat la veille, Charlotte Girard est fière de lui.

A 42 ans, la militante a déjà un parcours politique bien rempli. Sa conscience politique, elle l’a découverte dans un contexte tout autre, celui de l’humanitaire. « Même enfant j’étais engagée, je me souviens que nous montions des spectacles à l’école pour envoyer de l’argent en Somalie, c’était dans le cadre d’action école. À ce moment-là c’était toute la question des inégalités, tout ce qui touche à rééquilibrer les rapports de force, les conditions me touchent énormément ». A 20 ans, elle part au Rwanda après le génocide des Tutsis en 1994, où plus de 800 000 personnes ont perdu la vie. L’engagée était entourée de plusieurs jeunes socialistes et c’est en 2002, après le passage de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle qu’elle rejoint le Parti socialiste. « Je me suis dit qu’il fallait s’engager dans un appareil politique, j’ai choisi le plus abîmé par cet événement : le PS », déclare t-elle.

Du PS au Parti de Gauche

C’est à ce moment-là que ses idées politiques s’affirment et qu’elle commence à « trop comprendre comment ça ne marchait pas à l’intérieur ». Le déclic politique de Charlotte survient pendant le référendum de 2005 sur le nouveau traité qui allait régir le fonctionnement de l’Union européenne. Il sera finalement remplacé par le traité de Lisbonne, suite au « non » des référendums français (mai 2005) et néerlandais (juin 2005). Si elle a dans un premier temps fait campagne pour le « non », c’est le « oui » qui l’emporte au sein du Parti socialiste. « Au début, nous avons perdu à l’intérieur du parti, on nous a alors dit qu’il fallait faire campagne pour le oui et je me suis dit que ça n’allait pas être possible car l’enjeu était trop important », se défend Charlotte Girard. Au final, le « non » l’emporte, ce qui signifie une victoire pour celle qui défend ses convictions. Elle quitte ainsi le Parti socialiste en 2008 pour suivre Jean-Luc Mélenchon, qui fonde alors le Parti de gauche. Avant de rencontrer celui qui est le mentor de la gauche de la gauche, Charlotte Girard était depuis longtemps pour une 6ème République. Le candidat de la France Insoumise représente donc ses idées et c’est devenu pour elle un engagement au quotidien.

Ce quotidien, elle le partageait avec François Delapierre, directeur de la campagne de Mélenchon en 2012 que ce dernier appelait son « fils spirituel ». Ils sont d’ailleurs parents de deux petites filles de 6 et 8 ans. En plus de partager leur vie, le couple partageait les mêmes idées et militait dans un même but. Après le décès de son compagnon des suites d’une tumeur en 2015, la question de l’engagement politique de Charlotte s’est alors posée. « Est-ce que la mort de François était la mort de mon engagement ? Evidemment non ! Donc cet engagement a été réinvesti, ce qui était une manière pour moi de reprendre pied ».

Cette année, elle a un autre rôle dans la campagne électorale, en effet, il y a cinq ans, elle y était moins impliquée et permettait à son compagnon d’être le bras droit du candidat. Charlotte Girard était quant à elle l’animatrice de tous les grands meetings. Maintenant, elle est décisionnaire et non plus exécutante comme elle le dit, elle est d’ailleurs co-responsable du programme « L’avenir en commun » qu’elle incarne avec Jacques Généreux.

D’exécutante à décisionnaire

« Avec Jacques nous ne sommes pas élus, nous ne sommes pas des pros de la politique mais nous avons un profil de chercheur. Ça permettait de lancer ce signal là que la France insoumise n’était pas une décision d’appareil », explique t’elle. La France Insoumise est incarnée par Mélenchon et son équipe, mais ce n’est pas un parti, c’est un mouvement politique qui a trouvé dans ses soutiens des personnes qui croient en un programme, le programme de « L’avenir en commun ». Ce dernier porte bien son nom, car il a été mûrement réfléchi et travaillé avec l’aide des citoyens qui ont pu envoyer leurs suggestions. « Moi j’étais chargée de coordonner tout ça, de faire passer des auditions, de faire travailler les équipes sur des synthèses, j’étais le visage de ça ». Charlotte Girard, avec la quarantaine de personnes membres de l’équipe, a pu écouter les idées de chacun et parvenir à un programme validé par les « Insoumis ».

La militante essonnienne incarne donc le programme mais elle intervient également lors des gros meetings, pas tous, car elle exerce toujours son métier d’enseignante chercheuse et maîtresse de conférence à l’université où elle enseigne le droit public depuis 2005. Mais quand elle le peut, elle intervient pour introduire les discours de Mélenchon, où elle aime mettre en valeur les gens en lançant le décor politique. Elle était donc présente à Lyon lors de l’hologramme, puis le 18 mars dernier au meeting de la place de la République à Paris, un grand moment pour elle : « c’était un moment clé où il fallait décrire l’acte que nous réalisions à ce moment-là. L’implication populaire attendue s’st réalisée pour la marche sur la 6eme république. Nous, on a été impressionnés car à l’inverse d’il y a cinq ans, les gens y croient et ont compris « .

Les Insoumis utilisent fortement les réseaux sociaux pour se faire entendre et partager leurs idées. Ils ont réussi à monter un réseau de plus de 300 000 personnes. Leur but est évidemment de remporter l’élection et de redonner le « pouvoir au peuple ». « Dans l’avenir en commun on traite de quel visage on veut donner à la République ». Un travail de tous les jours qui prend beaucoup de temps à Charlotte Girard, ce qui lui demande beaucoup d’organisation. Entre son métier, la campagne et sa vie de maman, elle n’arrête pas mais le vit avec le sourire. « Mes filles sont consciente et consentantes de cet engagement. On a des discussions politiques, elles sont hyper écolos mes filles. dit-elle en souriant,  Et j’ai un métier qui me permet de travailler à la maison de temps en temps ».

Même si la campagne de la France Insoumise a commencé il y a un an, c’est à présent que tous les outils mis en place vont servir. Il ne reste qu’un mois avant le moment tant attendu. Pour Charlotte, les réunions publiques vont être encore plus fréquentes, les meetings aussi et elle promet de nombreuses surprises pour la campagne qui ne fait que commencer !