Ce lundi, comme tous les matins dès 6 heures à la préfecture d’Evry, la queue s’étend devant l’entrée pour les régularisations et les renouvellements de titres de séjour. Hommes, femmes, familles… Ils sont nombreux à venir entreprendre leurs démarches. Une situation « humiliante », pour le Secours catholique de l’Essonne. L’association a entrepris depuis 2011, de partager dès les premières files d’attentes matinales, un petit déjeuner avec ceux qui attendent.

Ce jour-là, ils sont entre 250 et 300 personnes, pour certains arrivés dans la nuit, aux portes de la préfecture, soit pour une première demande ou renouvellement de titre de séjour. Young Caritas, la branche jeune du Secours catholique, est présente dès 6 heures. Régulièrement depuis 2011, l’association apporte des boissons chaudes à ceux qui attendent dans le froid. Le jour ne s’est pas encore levé.

« Cette situation va à l’encontre des valeurs et des pratiques d’accueil que nous souhaitons pour le la dignité des personnes qui vivent sur notre département, résume Gaëtan Ziga, militant et responsable de l’association humanitaire en Essonne. Nous témoignons avec les migrants de la manière dont ils vivent cette situation pour qu’elle ne soit pas invisible. Ils nous racontent leurs difficultés administratives, leur attente sur le trottoir… »

D’autres associations se sont émues du sort des étrangers essonniens, comme le Réseau éducation sans frontières (RESF), la Maison du monde d’Evry, la Cimade et la Ligue des droits de l’Homme, mais également de la CFDT Essonne. Elles sont présentes au petit déjeuner de ce matin et se sont jointes à la distribution solidaire. Les mots d’ordre qui les unissent ce matin sont clairs : rendre les difficultés administratives de ces personnes « visibles », alerter les médias et demander que la préfecture « mette en place une organisation plus humaine, respectant la dignité des personnes quelque soit son identité. »

« Les gens apprécient ce petit geste modeste, comparé à leurs conditions de médiocrité dans lesquelles ils sont accueillis ici, raconte Marc Alméras, bénévole chez RESF. Il y a toutes les professions ! Des médecins, des restaurateurs… Ils cotisent, paient des impôts pour certains. Ils ne comprennent pas qu’une administration puisse les traiter comme ça. »

Travailler, c’est notamment le quotidien d’Ibrahim, préparateur de commandes. Arrivé de Côte d’Ivoire en France en 2011, il attend depuis trois heures d’être reçu par les services de la préfecture. Assis dans l’immense salle d’attente réservée aux régularisations, il explique être venu renouveler son titre de séjour. « A chaque fois, je sais qu’il faut attendre », témoigne-t-il. Je n’ai pas pris de rendez-vous. »

Sotan, restaurateur sri-lankais, attend à côté. Il est venu pour régulariser ses trois enfants. La famille est arrivée à 5h du matin. Les enfants sont scolarisés, nés en France et tous vivent à Viry-Châtillon. « Il faut tout le temps faire la queue, admet le père de famille. A chaque fois, il manque quelque chose, et je dois ramener le dossier. L’attente peut durer toute la journée. »

La préfecture a réagi à cette action matinale, en expliquant avoir distribué suffisamment de tickets pour accueillir tous ceux qui étaient dans la file d’attente ce matin-là. Consciente du nombre important de personnes en attente d’une réponse administrative, elle rappelle que « les prises de rendez-vous peuvent se faire directement sur Internet, dans une rubrique dédiée ». Une manière évidente de faciliter les démarches.

Des changements sont-ils alors à venir, face à ces queues interminables ? Il semblerait. A partir de ce lundi, les demandes de régularisation (circulaire Valls ou 10 ans de présence) se feront sur rendez-vous les lundi, mardi et vendredi à partir de 9 heures. En clair, plus de dépôt direct. A partir de 9 heures, ceux qui le demanderont seront munis d’un ticket rendez-vous, puis au guichet, à l’intérieur de la préfecture, il sera donné un rendez-vous. « Malheureusement, il y aura un nombre limité de rendez-vous, estime Gaëtan Ziga. Donc, à nouveau, des personnes qui seront obligées de revenir. »

  • Sujet que nous couvrons depuis 2011, l’accueil des résidents étrangers dans le département a fait l’objet de plusieurs dossiers sur Essonne Info, à retrouver sur cette page