9h20, rue d’Aquitaine à La Chapelle-Saint-Mesmin. Le parking de l’Hôtel Première Classe est à moitié vide, le ciel est gris, les nuages menacent. Quelques hommes en tenues de sport discutent tranquillement devant les portes de l’établissement. Ces hommes, ce sont des membres des forces de l’ordre françaises. 10,15, 20, 25… Des petits groupes de deux à trois personnes sortent petit à petit de l’hôtel. Au bout de quelques minutes, la troupe est au complet, la trentaine d’hommes attendue est enfin prête. Le programme de la journée s’annonce mouvementé. 9h40, le groupe s’en va courir sur les bords de Loire pour un réveil musculaire efficace. Plus aucun bruit, aucun mouvement devant l’hôtel, rien qu’un sifflet du vent qui n’augure rien de bon en matière de météo pour le restant de la journée. 10h20, la vie semble reprendre son cours, les hommes arrivent en trottinant, le sourire aux lèvres une fois la jauge d’énergie remplie. 10h25, c’est l’heure du premier briefing de la journée pour l’équipe des Sentinelles. Vincent, le coach, motive ses hommes, leur donne le planning de la journée et s’autorise naturellement quelques blagues : « Le groupe S1 doit être à la patinoire à 15h45. Inutile de vous rappeler que les bières ne sont pas obligatoires ce midi ». Si la plaisanterie fait sourire les joueurs, le message principal est tout de même bien passé : il faudra être en forme pour les heures à venir.

Patinoire, Sentinelles, Force de l’ordre… Ce groupe d’une trentaine de joueurs, dont la moyenne d’âge va de 20 à 48 ans, se compose de policiers municipaux et nationaux, gendarmes, douaniers, de membres d’administrations pénitentiaires, tous grades confondus. Sur leur temps libre, ces férus d’exercice se plaisent à enfiler les patins dans leurs clubs de hockey sur glace respectifs. L’idée de créer une association sportive a alors fleuri dans la tête de Grégory. Après de longs mois de travail, l’équipe des Sentinelles a finalement pu voir le jour. Après plusieurs regroupements, réunissant les joueurs venus des quatre coins de l’hexagone, l’équipe a voulu voir plus haut et s’est inscrite pour le championnat du monde de Hockey sur glace spécial police, qui aura lieu en avril prochain à Liberec en République Tchèque. En ce mois de mars, ce n’est donc pas le moment de relâcher les efforts et encore moins de baisser en intensité. Quoi de mieux alors qu’un rassemblement juste avant le départ ?

Revenons devant l’Hôtel Première Classe, situé près d’Orléans, lieu qu’ont choisi les Sentinelles pour se réunir avant le grand voyage. 10h42, les douches sont prises, les joueurs sortent un par un de l’établissement. 10h50 : tout le monde est prêt pour la suite du programme. Direction le boulevard Jean Jaurès, à 10 minutes de route, pour le premier entraînement de la journée à la patinoire d’Orléans. Le choix de la ville située dans le département du Loiret s’est effectué sur la base de quelques critères essentiels : « La ville d’Orléans nous a fait don de quelques créneaux de glace », indique Thomas, l’un des quatre joueurs essonniens du groupe. Un don, et pas des moindres car si le groupe a fait appel à la solidarité populaire pour financer son départ à Liberec, le restant des finances sort tout droit de leurs portefeuilles. Les Sentinelles prennent sur leurs jours de congé pour se réunir et sur leur frais personnels pour les transports jusqu’au lieu de rassemblement, sans compter le logement et les repas : « Parfois, on arrive à loger au sein des administrations qui peuvent nous accueillir. Par exemple, pour le rassemblement à Viry-Châtillon, nous avions logé à l’école de police de Draveil notamment  », explique Thomas, avant de poursuivre : « Les créneaux à la patinoire sont très chers, c’est assez difficile d’amoindrir le coup du rassemblement ».

La journée se poursuit. 11h30, dans les vestiaires de la patinoire d’Orléans, les Sentinelles s’équipent pour la première session d’entraînement de la journée. Genouillères, plastrons, culottes bouffantes, gants, coudières, casques, patins… Les membres des forces de l’ordre sont prêts à jouer de la crosse ! Parmi cette ribambelle d’hommes se trouve Dominique, la seule femme de l’équipe. Policière à la brigade criminelle parisienne, Dominique se plaît dans cette équipe au sein de laquelle elle a tout de suite trouvé sa place : « Ça se passe très bien, il y a vraiment une bonne ambiance entre nous », confie-t-elle. Sur la glace, Vincent prend l’entraînement en main. Seul joueur vêtu d’un maillot rouge sans ornements ni flocage, le coach est également le seul à parler à ce moment précis. « On met du rythme », demande-t-il à son équipe, après avoir proposé un exercice de jeu de passes. « Hop ! Hop !  », crie-t-il pour indiquer le moment du tir à chaque passage en un-contre-un opposant un joueur au gardien. 12h00, l’échauffement terminé, place maintenant à la photo officielle du rassemblement. « Liberec », s’écrie joyeusement l’un des trente-trois Sentinelles au moment du déclenchement de la photo. Tous en rond sur la glace, les joueurs élaborent des stratégies offensives et défensives en vue de la rencontre amicale prévue en fin d’après-midi contre l’équipe loisir d’Orléans. Gregory, fondateur de l’association sportive, donne quelques conseils à mettre en pratique sur la glace avant le match du jour. 13h30, l’échauffement et l’entraînement terminés, l’heure de l’étirement collectif sonne. Finalement, les Sentinelles partent à la gendarmerie de la ville pour un repas bien mérité.

Il est 16h30. Dans les vestiaires, les 18 joueurs – 17 joueurs de champs et un gardien – écoutent attentivement Gregory et Vincent, les yeux rivés sur le petit tableau tactique. Patins aux pieds, équipement complet sur le dos, les Sentinelles se remémorent les dernières stratégies d’attaques et de défenses vues à l’entraînement : « Jouez simple », leur lance Vincent, avant d’ajouter un élément qui lui semble essentiel : « On se doit d’être disciplinés. S’il y a du contact, on encaisse et on ne dit rien, qu’il y ait faute ou qu’il n’y en ait pas, qu’elle soit sifflée par l’arbitre ou qu’elle ne le soit pas  ». Car si certaines « charges » sont autorisées au hockey sur glace, ce qui en fait l’un des sports réputés pour être parmi les plus violents, d’autres sont interdites mais ne sont pas systématiquement sanctionnées, pour diverses raisons : « Nous ne sommes pas juste un club. Les gens viennent voir la police jouer, donc la discipline est obligatoire  », poursuit Grégory. 17h05, les joueurs prennent place sur la patinoire orléanaise longue de 56 mètres sur 26 mètres de large. La surfaceuse, machine qui assure le polissage de la glace, effectue ses dernières rotations sur la glace avant le début de la rencontre amicale entre l’équipe locale et les Sentinelles. Les différents blocs de joueurs s’installent sur les bancs en bordure de patinoire, les cinq joueurs de champs et les gardiens de chaque équipe investissent l’aire de jeu, en attente du coup de sifflet significatif. Le filet de protection est tiré devant les spectateurs dans les gradins. Tout semble prêt.

Une équipe solide et efficace

17h10. Positionnés sur la ligne centrale, les joueurs attendent l’engagement. Coup de sifflet, le jeu est lancé. Les trois attaquants de l’équipe S1 des Sentinelles s’élancent, suivis de leurs deux défenseurs mais surtout de l’équipe adverse. 17h15, la première pénalité mineure du premier tiers-temps tombe du côté des forces de l’ordre qui se retrouvent contraints de jouer en infériorité numérique, soit à quatre, durant deux minutes. Coup de chance, ils parviennent finalement à « tuer la pénalité », c’est-à-dire à n’encaisser aucun but malgré le désavantage. « En prison !  » ironisent les collègues du haut des gradins. En effet, les bancs de pénalité, situés en bordure de patinoire à l’opposé du banc des joueurs, sont appelés « prison ». Ainsi, le fautif purge la peine dont il a écopé. 17h23 : François, numéro 78, ouvre le score et arrache un cri de joie parmi l’assemblée de collègues situés aussi bien sur le banc des joueurs que dans les gradins. « Let’s go Sentinelles, let’s go !  », chantonnent-ils en cœur. Le palet fuse et glisse sur l’aire de jeu. Le palet, tiré de la zone de défense, continue sa course au-delà du but adverse. Coup de sifflet. « Ising !  », indique l’arbitre. Les joueurs profitent de l’arrêt de jeu suite à la faute qu’ils nomment « dégagement interdit » pour effectuer un changement de ligne et renouveler le bloc de joueurs sur la glace. 17h34. À 3 minutes de la fin de la 1ère période, Orléans marque son premier but. Les Sentinelles mènent deux buts à un.

Dans les vestiaires, Vincent profite de la pause pour débriefer sur la première période et se montre satisfait de la qualité de jeu des Sentinelles. Dans les gradins, les collègues – habillés de polos et gilets floqués de leur numéro de joueur – s’occupent de vendre quelques goodies (palet, maillot, mug, tee-shirt, etc.) au public, à l’effigie de l’équipe. 17h54 : le deuxième tiers-temps débute. Alors que les joueurs s’affairent à diriger la « puck » vers les cages, le gardien de son côté, les mitaines, le bouclier et les jambières bien vissés, attend la confrontation. À l’issue des nombreux duels auxquels il fait face, le gardien des Sentinelle semble détourner un à un les palets sans trop de difficultés. D’énormes bruits se font parfois entendre : ceux causés par le fracas du choc des joueurs sur « la bande », la paroi de bois qui entoure et délimite la patinoire. Coup de sifflet de l’arbitre, « le head ». L’homme vêtu d’un haut à rayures noires et blanches et d’un pantalon noire siffle la faute qu’il nomme « mise en échec » et qui débouche sur une situation d’infériorité pour l’équipe fautive. Au fil de la rencontre, les changements de ligne rythment le match, aussi bien à la suite des divers arrêts de jeu qu’en plein déroulement de la rencontre. Dans ce dernier cas, cela s’appelle alors un changement volant. Quatrième et cinquième buts des Sentinelles, riposte de l’équipe loisir d’Orléans qui marque son deuxième point… 18h27 : l’annonceur au micro indique la fin de la deuxième période de jeu. Malgré plusieurs minutes passées en infériorité numérique à la suite de plusieurs pénalités mineures, les Sentinelles mènent sept buts à trois. 18h40 : l’arbitre siffle le début du troisième et dernier tiers-temps de la rencontre amicale. Les Sentinelles enchaînent les lancers et font grimper le score face à une équipe orléanaise tout de même solide et concentrée. 19h00, coup de sifflet final bien accueilli par les forces de l’ordre qui ressortent victorieuse de ce duel et l’emportent sur un score de 11 à 6. La journée à la patinoire s’achève sur un joyeux « clapping » orchestré par les maillots bleus, avant de filer aux vestiaires. Ce vendredi dans le Loiret, les Sentinelles ont imposé leur jeu et ont su manier la crosse avec agilité et efficacité. Le lendemain, samedi, c’est l’équipe S2 qui fera son entrée sur la glace pour affronter l’équipe d’Orléans jouant en Division 3. À l’issue du week-end de rassemblement, les 28 joueurs partant à Liberec n’auront plus qu’à patienter jusqu’au jour J, en espérant faire régner l’ordre en République Tchèque et ramener la coupe dans l’hexagone.

Découvrez leur journée en vidéo ci-dessous :