« Compte tenu de l’ampleur et de la nature financière des faits reprochés par la Justice, de cette condamnation en première instance, et de l’importance de la Présidence de la Commission des Finances, la présomption d’innocence ne peut plus être invoquée pour maintenir cet élu à cette fonction éminente  ». Par ces mots, les membres du groupe d’opposition Rassemblement de la gauche et des écologistes (RGE) ont réclamé, jeudi 17 mars, la démission de Serge Dassault du poste de président de la commission des finances qu’il occupe depuis le 5 octobre 2015.

À 91 ans, l’avionneur, troisième fortune de France*, a été condamné le 2 février 2017 à deux millions d’euros d’amende et à cinq ans d’inéligibilité pour « fraude fiscale et dissimulation d’avoirs ». Une peine complétée par de la prison avec sursis, annulée par le tribunal du fait «  de son grand âge  ».
« L’éthique politique est écornée, et en terme d’image symbolique, c’est ce qu’il y a de pire », estime David Ros, président du groupe RGE. Lui et ses collègues ont donc demandé aux élus de la majorité départementale de réclamer la démission du sénateur et de mettre l’élection d’un nouveau président ou d’une nouvelle présidente à l’ordre du jour de la commission des finances du 20 mars 2017.
Mais ce lundi, non sans provocation, l’industriel a refusé de céder sa place expliquant « ne pas être condamné » : « Il a dit qu’il avait fait appel et donc qu’il n’était pas condamné, ce qui est une manière de déformer la réalité, raconte David Ros. Et quand nous sommes partis en guise de protestation, il a rajouté ‘’bon débarras !’’. Ça montre bien la manière dont il considère la chose publique et la gravité de sa situation  ».

« M. Dassault n’est pas au-dessus de la loi »

Le 27 mars prochain, lors de la séance publique de l’Assemblée départementale, l’opposition compte donc interpeller directement le président du Conseil départemental dont elle n’a toujours pas eu de réponse officielle : «  Ensuite, nous allons nous adresser à l’ensemble des élus de la majorité dont certains, je pense, sont un peu mal à l’aise, précise David Ros. Nous allons leur demander s’ils veulent bien s’associer à nous pour signer une demande de démission de l’ensemble des membres de la commission des finances. Si c’était le cas, cela entraînerait la réélection de la commission au sein de l’assemblée départementale, et donc celle de son président  ».

Contacté par Essonne Info, le président du Conseil départemental reste prudent : « M. Dassault n’est pas au-dessus de la loi. Mais son jugement n’est pas définitif, il a fait appel, donc c’est suspensif, et la présomption d’innocence s’applique toujours, estime François Durovray. Concernant son statut de président de commission, il ne résulte pas d’une délégation de ma part. Il a été élu par la commission des finances, c’est donc à elle de décider ou pas de le maintenir à son poste ».

S’il refuse pour le moment de se prononcer personnellement, François Durovray pourrait néanmoins avoir à prendre position en cas de vote. Il fait en effet partie des 42 membres que compte la commission des finances. De leur côté, les élus RGE ont décidé de ne plus y siéger tant que l’ancien maire de Corbeil-Essonnes ne se sera pas mis en retrait.

*Classement Forbes 2017.

A Corbeil, les opposants à l’Avenue Dassault ne désarment pas