Opération explication, ce lundi matin à l’Ifsi de Longjumeau, pour les dirigeants du Groupement hospitalier de territoire (GHT) nord-Essonne, qui comprend les deux groupes hospitaliers d’Orsay et des Deux vallées (Longjumeau-Juvisy). En présence de l’Agence régionale de santé (ARS) et des élus du territoire, une conférence de presse était organisée à l’initiative du directeur des hôpitaux Guillaume Wasmer, pour décrire le processus bien entamé d’hôpital unique à Saclay, qui doit remplacer en 2023 les trois actuels sites de Juvisy, Longjumeau et Orsay.

Car ce projet dans les cartons depuis plusieurs mois vient de franchir une nouvelle étape, avec le passage concluant au jury Copermo, qui l’a déclaré éligible aux financements du ministère de la Santé. Les équipes du GHT vont donc affiner le projet durant les prochains mois, en lien avec les acteurs concernés (villes, communauté médicale..), avant d’espérer une validation définitive fin 2017. Si tout se passe comme prévu, « nous ferons l’acquisition des terrains en 2019 pour le début des travaux en 2020, et l’ouverture du nouvel hôpital de Saclay en 2023 » indique Guillaume Wasmer.

C’est sur le secteur de Corbeville, avec 3,5 hectares réservés à proximité du centre EDF lab, que le nouvel hôpital devrait voir le jour. Il offrirait une capacité de 416 lits, pour une surface de 41000 mètres carrés sur 5 niveaux. Pendant ce temps, les soins de suite seraient regroupés à Orsay et une unité de psychiatrie serait maintenue à Bures. Le projet comprend, outre la fermeture de Juvisy dès 2022, puis le transfert en 2023 des activités sur le site unique, le maintien des trois Smur à Orsay, Longjumeau et Juvisy, ainsi que la création de trois Centres de consultations et de soins urgents (CCSU), à Longjumeau (2017), Sainte-Geneviève-des-Bois (2018) et Juvisy (2021). Dans ce grand chambardement, 600 emplois hospitaliers seront supprimés, ou plutôt, « ne seront pas remplacés ».

Le paysage hospitalier dans le nord Essonne (JM/EI)

Le paysage hospitalier dans le nord Essonne (JM/EI)

La promesse est celle d’un hôpital ultra moderne, inclus dans le projet de cluster scientifique et technologique du Plateau de Saclay, donnant la priorité à l’ambulatoire et offrant les actuels services de médecine, chirurgie, ainsi que la maternité. Des médecins en formation de l’AP-HP devraient intégrer le nouvel hôpital, même si l’ambition n’est pas de devenir un centre hospitalier universitaire. Les initiateurs du projet entendent y délivrer des soins à la pointe de la modernité, et en faire un lieu d’expérimentation, à travers notamment la médecine connectée.

« La seule solution » pour les tenants de l’hôpital unique

Après la description des atouts et fonctionnalités du nouvel hôpital, le directeur du GHT, aidé des responsables de l’ARS et des maires, a tenu à dérouler ses nombreux arguments pour justifier cette profonde modification de l’offre de soins sur l’ensemble du nord de l’Essonne. A commencer par les plans B, c’est à dire les « scenarii alternatifs » étudiés par l’équipe du GHT. C’est une raison invoquée depuis plusieurs mois : la réhabilitation des anciens sites serait trop onéreuse, ‎vu la vétusté des hôpitaux actuels. Le groupement hospitalier chiffre à 300 millions d’euros le prix de rénovation des bâtiments, dont « 250 millions pour Longjumeau, avec des travaux qui dureraient 15 ans » détaille Guillaume Wasmer.

Le directeur des hôpitaux met ainsi en avant qu’avec la construction du nouvel hôpital, estimée à 200 M€, s’ajouteraient « 40 millions d’euros d’investissements sur les trois sites pour la période intermédiaire ». « Si on ne fait rien, l’hôpital de Longjumeau fermera dans 5 ans, les médecins ne veulent plus travailler dans ces conditions, et puis, sans le nouvel hôpital, on n’aurait pas eu ces 40 millions supplémentaires » ajoute la maire de Longjumeau et présidente du conseil de surveillance des Deux vallées Sandrine Gelot.

De plus, l’offre hospitalière actuelle est décrite comme « dispersée » et « fragile » par Guillaume Wassmer : « il y a la concurrence, à 15 ou 20 minutes, et nous sommes avec trois hôpitaux sur une bande de 17 kilomètres, où coexistent deux blocs, deux réanimations, deux maternités… et des unités très petites », d’où à l’en croire, le risque d’une « inexorable dégradation du service public hospitalier si on ne change pas ». Outre la concurrence mise en avant avec les hôpitaux parisiens ou celui d’Evry-Corbeil, le besoin « d’attractivité » est revenu plusieurs fois dans les présentations. « Il y’a cet objectif de réaliser une structure innovante, avec une bonne desserte des équipements » développe Michel Bournat, le maire de Gif et président de l’agglo de Saclay, projetant l’arrivée du métro sur le Plateau, dont une station se trouverait à 10 minutes pied.

Les maires Richard Trinquier (Wissous), Michel Bournat (Gif-sur-Yvette), Sandrine Gelot (Longjumeau) et David Ros (Orsay), lors de la conférence de presse du GHT nord-Essonne

Les maires Richard Trinquier (Wissous), Michel Bournat (Gif-sur-Yvette), Sandrine Gelot (Longjumeau) et David Ros (Orsay) (JM/EI)

Cette belle unanimité des élus a néanmoins été douchée par la non-présence d’un des maires à cette conférence de presse, et non des moindres, puisqu’il s’agit de Robin Reda, maire de Juvisy. Concerné au premier chef par ces « transformations » du paysage hospitalier, il a suspendu depuis le début de l’année sa participation au processus de fusion des établissements. Il estime en effet que sa commune est « la grande oubliée du projet et qu’aucune contrepartie crédible n’est proposée ». Si il rappelle son accord avec « l’embryon du projet », il refuse maintenant de soutenir son avancée sans « que l’on installe un hôpital d’urgence à Juvisy, et pas cet espèce de dispensaire ». Il plaide ainsi sur son bassin pour « la continuité des services d’urgences ».

Quels besoins sur les territoires ?

Précédemment annoncés comme des « unités de proximité, idéalement de médecine de ville, sinon hospitalières » (lire notre article – juillet 2016), puis des « centres de soins non programmés », ce seront finalement des « Centres de consultations et de soins urgents » ou CCSU, qui doivent ouvrir sur les territoires, à Longjumeau dès 2017 puis à Sainte-Geneviève et Juvisy. « Ils comprendront au moins 2 médecins, dont un urgentiste et un généraliste, avec une amplitude horaire élevée, sûrement 9h-22h » indique Guillaume Wasmer, prévoyant une prise en charge « de 20 000 à 30 000 patients par an » dans chacun des centres. « Les urgences vitales seront traitées par le Samu, en lien avec le plateau technique, ça rendra ces structures attractives, notamment aux jeunes médecins » ajoute Romain Hellman, le référent Urgences de l’ARS Ile-de-France, qui prévoit lui « de 15 000 à 20 000 patients » accueillis par an dans un CCSU.

En décembre, le directeur des hôpitaux décrivait à Essonne Info ces futurs lieux comme des « quasi mini-urgences » qui prendraient au total en charge « 60 000 personnes par an avec des médecins urgentistes, de l’imagerie et de la biologie » (lire notre article – abonnés). Pas de quoi rassurer les détracteurs du projet, comme Gilles Rémignard, conseiller municipal à Viry-Chatillon et l’un des initiateurs de la pétition contre la fermeture des hôpitaux signée par « 18 000 personnes en ligne et sur papier ». Selon lui, « on ne sait pas ce qu’il y a dans ces CCSU, on prend des médecins libéraux pour assurer les gardes, mais comment on fait, on en manque » se demande-t-il. Le projet ne reviendrait ainsi qu’à « clouer sur place les malades qui ne peuvent se déplacer, dans des services de seconde zone ».

Plus globalement, on prend le problème à l’envers pour Gilles Rémignard, qui prend l’exemple de la Suède : « quand ils ont restructuré leurs hôpitaux, ils ont d’abord commencé à régler tous les problèmes territoriaux, et une fois ce travail réalisé, ils ont fermé les lits d’hôpitaux en trop ». Il ne s’agit donc pour lui que « de faire des économies » sur l’organisation hospitalière, « alors qu’il n’est déjà pas possible de traiter toutes les maladies, c’est absurde de dire qu’on fera mieux avec moins de lits ». « Il y a une question d’efficacité administrative certes, mais la question est celle de l’équilibre de l’offre de soins » abonde Robin Reda.

Au contraire pour la direction des hôpitaux, l’organisation de l’offre hospitalière sera « plus efficiente » avec l’hôpital unique et ses connexions avec les territoires, alors qu’à l’heure actuelle « sept Longjumellois sur dix se font par exemple hospitaliser ailleurs que dans leur hôpital » ont souligné plusieurs intervenants de la conférence de presse. « Rien ne dit qu’ils iront au nouvel hôpital » rétorque Gilles Rémignard, qui préfère lui rappeler une autre donnée : « pour 500 000 habitants dans le nord de l’Essonne, ça nous fait 3 fois moins d’hôpitaux qu’un arrondissement de Paris ». Les besoins spécifiques au département de l’Essonne ont pourtant été bien pris en compte selon les porteurs de projet, qui se basent sur « des études sur les demandes de soins hospitaliers, la démographie, les caractéristiques de la population ». De quoi suffire à prévoir réellement les besoins et attentes des populations essonniennes ?