La sanction est tombée. Jugée pour achats frauduleux, Fatoumata Koïta, ex-adjointe au maire à la mairie d’Evry, a été condamnée fin février, au tribunal correctionnel d’Evry, à deux mois de prison avec sursis. Pour rappel des faits, Mediapart suspectait l’élue dans ses colonnes au mois de mars 2016, d’avoir détourné l’argent de Saïd Boinali, député PS de Mayotte dont elle est l’attachée parlementaire à l’Assemblée, à des fins pleinement personnelles. Si elle a dans un premier temps joué la carte de la présomption d’innocence, Fatoumata Koïta, par ailleurs Conseillère départementale, a ensuite reconnu les faits avant de plaider coupable lors de son jugement.

Une affaire qui lui a coûté

Un accord a rapidement été passé entre le député et son assistante parlementaire afin que celle-ci lui rembourse les 13 000 euros dérobés. Du côté du département, cette faute n’est bien évidemment pas restée sans conséquence. Francis Chouat, maire d’Evry, n’avait d’ailleurs pas attendu la décision de la justice pour prendre les mesures nécessaires. « Au moment des accusations, je lui ai demandé de se mettre en retrait et je lui ai enlevé ses délégations », rappelle celui qui est aussi président de Grand Paris Sud. Egalement élue au Conseil départementale, Fatoumata Koïta s’était immédiatement faite discrète suite aux accusations et avait quelque peu été mise en retrait du groupe « Rassemblement de la gauche et des écologistes » présidé par David Ros, maire d’Orsay.

Un an après et le verdict de la justice tombé, l’élue pourrait ne pas avoir tout perdu, du moins en ce qui concerne le Conseil départemental. Le maire d’Evry est quant à lui un peu plus ferme sur le sujet. « Elle a reconnu ses fautes, elle a été condamnée, elle a remboursé ce qui avait été détourné. La justice s’est prononcé, je n’ai ni à en rajouter, ni à en rabattre », répond Francis Chouat. « Je ne suis pas pour la double peine. Si elle veut venir me parler, la porte est ouverte, mais je ne reviendrai pas sur les décisions que j’ai prises », poursuit l’édile.

Koïta/Dassault, et maintenant ?

Président du groupe « Rassemblement de la gauche et des écologistes » au Conseil départemental, David Ros n’est lui, à priori pas contre un retour de l’élue dans son groupe à l’assemblée départementale. « J’aurais mis mon veto directement s’il y avait une inscription sur le bulletin n°2 du casier judiciaire, il n’y en a pas eu. Je ne ferme pas la porte », lance-t-il dans un premier temps avant de nuancer. « Ce n’était pas lié avec ses activités d’élue. Elle a été jugée, mais pas déchue. On va en discuter avec le groupe. La question mérite d’être posée, je ne suis pas le seul décideur », poursuit-il tout en indiquant avoir discuté avec l’intéressée.

Si David Ros attend de recevoir le délibéré exact du procureur pour prendre une décision avec les membres de son groupe, ces derniers n’ont quant à eux pas hésité longtemps avant de réagir à la condamnation de Serge Dassault le 2 février dernier pour « blanchiment de fraude fiscale et dissimulation d’avoirs ». C’est par un communiqué adressé aux élus du Conseil départemental qu’ils ont demandé la démission de l’ancien maire de Corbeil-Essonnes de la présidence de la commission des finances, menaçant de ne plus siéger à cette même commission. « L’éthique politique est écornée, et en terme d’image symbolique c’est ce qu’il y a de pire », insiste David Ros.

Une requête au timing délicat qui ne devrait pas aboutir si l’on en croît les dires du président du Conseil départemental. « J’ai reçu le communiqué en même temps que j’ai appris la condamnation de Fatoumata Koïta », explique-t-il. « M. Dassault n’est pas au-dessus de la loi. Mais contrairement à Madame Koïta qui a elle été définitivement condamnée, le jugement de M. Dassault n’est pas définitif, il a fait appel, donc c’est suspensif, et la présomption d’innocence s’applique toujours », conclut-il tout en indiquant que la condamnation de Fatoumata Koïta n’entraînait pas la moindre conséquence quant à son mandat d’élue. « La question de son maintien n’est pas une question juridique, mais éthique. C’est à elle de décider si elle est encore en capacité de siéger ou pas ».

*Contactée à plusieurs reprises, l’intéressée n’a pas répondu à nos sollicitations.