Fin mai, une enquête préliminaire du parquet d’Évry à l’encontre de Georges Tron débute, provoquant son départ du gouvernement le 29 mai dernier. Il est accusé par deux ex-employées de la mairie de Draveil d’agression sexuelle. Daphné Ract-Madoux, la présidente du MoDem 91, témoigne elle aussi de ce qui s’est déroulé avec le Député-Maire de Draveil.

Daphné Ract-Madoux, Présidente de la fédération de l’Essonne du Mouvement Démocrate.

Georges Tron est un homme aux multiples casquettes, de nouveau député très prochainement après sa démission du gouvernement, Maire de Draveil, également président de la fédération UMP essonnienne. Avec son avocat, il se prépare et jure qu’il fera « une affaire personnelle » de prouver son innocence. Cette affaire, quelle qu’en soit l’issue, met dans la tourmente l’élu, et dans le même temps, libère la parole autour de la situation. François Joseph-Roux, conseiller municipal de Courcouronnes, et directeur des ressources humaines à la Mairie de Vigneux, a été un des proches collaborateurs de 2001 à 2009 du Maire de Draveil. À son tour, ce dernier a confirmé des agissements pour le moins étrange à nos confrères du Parisien : « Je suis parti à cause de ça. Georges Tron savait que je savais [ndlr à propos d’Éloise, l’une des deux plaignantes]. Il m’a demandé de quitter la mairie, disant ne plus avoir confiance en moi« . Daphné Ract-Madoux, la présidente du MoDem 91, qui joue sa place cette semaine à la tête de l’instance départementale du parti centriste, nous a confié avoir également eu droit à sa « propre expérience « de massage de pieds sous couvert de réflexologie »« . Entretien.

« Vous ne savez pas vraiment comment vous extirper »

Essonne Info : Que pensez-vous de manière générale des accusations portées à l’encontre de Georges Tron ?

Daphné Ract-Madoux : Des plaintes ont été déposées par des plaignantes et une procédure judiciaire est en cours. La justice doit faire sereinement son travail et s’attacher à la recherche de la vérité. Tout ce que je peux dire, c’est que depuis que l’affaire a été rendue publique et que je parle de ma propre expérience « de massage de pieds sous couvert de réflexologie » par monsieur Georges Tron, je n’ai de cesse de rencontrer des femmes à qui c’est aussi arrivé.

Essonne Info : Vous dites dans un communiqué de presse avoir été victime d’un massage de pieds sous couvert de réflexologie de la part de Georges Tron. Pouvez-vous développer sur la manière d’agir du maire de Draveil? Que s’est-il passé en 2005 exactement ?

Daphné Ract-Madoux : Je ne peux parler que de mon expérience personnelle en 2005. C’était lors d’un rendez-vous dans son bureau au moment de la campagne pour le « oui » au référendum sur la constitution européenne. Tout d’abord, il m’a offert un petit livre (La réflexologie pour tous du Docteur Denis Lamboley aux éditions Marabout) sur la réflexologie, en expliquant qu’il avait participé à la préface avec le docteur Lamboley. Puis il a exposé savamment les principes de la réflexologie et ses bienfaits sur l’être humain. De fil en aiguille, il dit avoir mis au point avec le Docteur, un prototype de chaussette bas qui masserait les points de réflexologie et vous propose de l’essayer. Ainsi vous vous retrouvez projetée dans un moment décalé et déplacé auquel, interdit, vous ne savez pas vraiment comment vous extirper. J’ai mis rapidement fin à l’entretien.

« Briser une certaine forme de silence sur le harcèlement moral ou sexuel »

Essonne Info : Pensez-vous que cette situation révèle quelque chose de plus profond dans le monde politique et la société en général sur la question des relations hommes-femmes ?

Daphné Ract-Madoux : Au-delà du caractère juridique de cette affaire, elle est symptomatique de la condition et de la place de la femme dans notre société. Les témoignages comme les commentaires ont permis de briser une certaine forme de silence sur le harcèlement moral ou sexuel dont des milliers de personnes, hommes ou femmes sont victimes dans tous les milieux de pouvoir et de hiérarchie. La politique n’échappe sûrement pas à ces abus de position dominante, mais plus qu’ailleurs, les Hommes sont élus par le peuple et ils ont des devoirs avant toute chose. Ils doivent par le fait même se montrer exemplaires. Les femmes sont encore trop souvent absentes ou en nombre réduit dans les Conseils d’administration ou à l’Assemblée Nationale, lieux symboliques de la société civile et de l’Etat. En apportant mon soutien à ces femmes qui témoignent, c’est avant tout le respect de l’écoute et la prise en considération de la parole que je souhaite encourager.