Prenez le principe du trail, ces courses en pleine nature, forêts ou montagnes qui rencontrent un succès grandissant, et adaptez-le à un environnement urbain particulier, celui de la ville d’Évry. Vous obtenez une course qui en seulement quelques éditions, s’est installée dans le paysage Francilien de cette récente discipline du ‘Trail urbain’.

Au sortir de l’hiver, le ‘Evry trail urbain‎’ a réuni cette année quelques 700 participants, ce dimanche 12 mars, au départ du parvis de la mairie d’Évry. Trois parcours au programme, un itinéraire « découverte » de 6 km, ouvert à la marche nordique, et deux parcours de 13 ou 24 km à travers les rues, parcs, lotissements et curiosités d’Évry.

Un challenge porté par l’université et ses filières sportives, avec le soutien des collectivités. Succès sportif s’il en est, avec une participation toujours en hausse, mais aussi moment de sensibilisation, avec par exemple la présence d’associations œuvrant sur le handicap, le trail urbain est aussi l’occasion de (re)découvrir les spécificités des quartiers de la ville nouvelle.

Quelques minutes avant le départ, prévu à 10h, le parvis de la mairie transformé en village départ‎ se vide peu à peu, tandis que la foule se presse dans la petite allée située côté cathédrale. Des visages familiers apparaissent parmi les t-shirts bleus et roses offerts par les organisateurs. « Tu fais le 13 toi ?, moi le 6 km, pour essayer vu que c’est ma première » ‎me lance un voisin rencontré là avec ses proches venus l’encourager.

Au moment du top départ, il me faut plusieurs dizaines de seconde pour m’élancer, le temps que partent les nombreux coureurs. Je m’installe dès le début en queue de peloton, préférant me lancer dans l’aventure tranquillement et laisser batailler les plus rapides devant. C’est qu’on ne boucle pas 13 km comme ça ! Pour ma part, faute de temps, mon « entraînement » pour le jour J s’est réduit à quelques footings ces dernières semaines. Pas de quoi partir totalement serein.

De parcs en parcs

Mais les premières encablures au petit trot me rassurent, et un beau soleil s’est invité en cette matinée. Le cortège de coureurs s’étire peu à peu, le long des artères du centre, devant quelques automobilistes arrêtés là le temps que passent les quelques 700 participants. Puis direction le grand parc des Coquibus, paradis des aficionados de la course à pied des quartiers alentours. Les grandes allées du parc voient de petits groupes de coureurs se former, à mesure que chacune et chacun prend son rythme de croisière pour la course. Quelques groupes d’amis se rassemblent aussi, tandis que les passants et enfants saluent les coureurs.

Au sortir du parc, et d’un premier escalier à passer, on traverse les Epinettes, par une série d’allées piétonnes qui passent au milieu des résidences. C’est au milieu du mail du Temps des cerises que les coureurs du « petit parcours » de 6 kilomètres sont invités à se séparer du reste des traileurs partis pour le « grand tour ». Derrière la N7 se trouvent les principales difficultés avec deux descentes puis remontées de la vallée de la Seine, qui s’annoncent périlleuses.

Sur les bords des routes ou embranchements du parcours, les étudiants bénévoles orientent avec le sourire les coureurs, ou bien stoppent les véhicules. Les encouragements sont aussi de rigueur, surtout pour celles et ceux qui rencontrent des difficultés à partir de la mi-parcours : « allez, allez, tu vas y arriver », « lâche pas, c’est bien ça va le faire » en guise de soutien de leur part. De mon côté, la première partie du parcours est réalisée à petite vitesse, pour éviter de connaître une fin de course délicate.

Un trail aux multiples visages

Squares et jardins sont mis à contribution pour le passage de la course, et l’on rencontre à de multiples reprises des habitants sur le pas de leur porte. A mi-course, on commence les hostilités dans le parc des Tourelles, où nous devons crapahuter entre deux chemins, le tout en descendant du plateau jusqu’en vallée. Le premier ravitaillement attend les courageux en bas de ce parc majestueux et méconnu d’Évry. 6 km sont affichés sur le petit panneau rencontré à chaque borne passée. Nous prenons ensuite le chemin de Ris à Corbeil, le long de la voie de chemin de fer, et une participante essoufflée relève l’odeur dégagée des stations d’épuration proches.

Au bout, une surprise nous attend. Pour l’occasion, le cortège de coureurs fait un passage dans les jardins du château de ‎Beauvoir, le centre de réadaptation professionnelle habituellement fermé au public. Promenades fleuries, haies, et bosquets font désormais office de paysage, pour cette course décidément aux multiples visages. C’est aussi la première « remontée » de la vallée au plateau à effectuer, ce qui fait mal aux jambes et aux genoux pour beaucoup de coureurs situés en fin de course. Certains commencent à marcher pour reprendre leur souffle.

Arrivés au Bonhomme en Pierre, la suite du ‎tracé nous fait longer les petites résidences. Quelques riverains lancent des « allez, bon courage » voyant nos traits marqués par l’effort, tandis qu’une petite fille nous fait des coucous de sa fenêtre. « On redescend » ‎lance une coureuse à son amie, avec laquelle elle partage les 13 km, « eh oui, et tout ce qu’on descend il va falloir le remonter » lui repond-elle entre deux foulées. Nous longeons dans l’herbe l’avenue Patton qui nous conduit jusqu’au pont.

« En bas », c’est la Seine, et les coureurs sont invités à longer le club d’aviron, en passant par un ou deux buissons, avant d’être dirigés vers la gare du vieil Évry, avec passage des escaliers du souterrain à la clé. La « remontée » ‎est rude à travers le parc Élisabeth et ses allées, mais un ravitaillement est judicieusement installé en haut de l’épreuve. Un petit verre d’eau au passage et le parcours se poursuit dans les rues – et une cours d’école ! – d’Evry-village. Petite bifurcation dans la très jolie et cachée ‘ruelle des Jardins’ qui offre une vue saisissante sur les terrasses fleuries, avant de repartir vers le centre de la ville.

Une « balade de santé » ?

Les douleurs aux jambes et un léger brouillard dans la tête me font perdre le fil de la distance parcourue, jusqu’à ce qu’un bénévole situé devant le collège du Village me montre le panneau « 11 km » à quelques pas devant la médiathèque. La coulée verte s’ouvre à moi à moins de deux kilomètres de la ligne, et le moment est bien choisi pour allonger un peu la foulée, dans ce parc propice à la balade qui traverse Évry d’est en ouest. Arrivés dans le centre par le square de la Résistance, les dernières difficultés s’annoncent à l’approche du secteur Jean-Rostand, ses passerelles et nombreux escaliers.

C’est le lieu choisi par les organisateurs pour le sprint final, en nous faisant traverser les allées piétonnes jusqu’au parc des Coquibus, puis à travers une dernière série d’escaliers à gravir pour revenir derrière la mairie. La ligne d’arrivée se situe juste derrière. Ceux qui ont opté pour le 24 km repartent pour une seconde boucle, dans d’autres secteurs de la ville. Au bout d’environ 1h30, je franchis donc la ligne, à peu près en même temps que les premiers du 24 kms. Pas trop de douleurs ni de courbatures (elles viendront le lendemain), mais un plaisir d’avoir réussi à boucler cette première. Un enthousiasme partagé par ceux qui arrivent à peu près en même temps que moi.

Les lauréats de chaque distance et catégories ont été récompensés à l'arrivée du trail urbain d'Evry

Les lauréats de chaque distance et catégories ont été récompensés à l’arrivée (JM/EI)

Plus tard, je croise un camarade d’enfance, qui lui, termine la boucle de 24 km. De quoi relativiser grandement ma « performance » du jour lorsqu’il me résume sa course : « la deuxième partie est vraiment beaucoup plus hardcore que la première, à côté c’était une balade de santé ».