« Faire réussir tous les enfants de la République », c’est le mot d’ordre des mesures qui seront menées à Grigny jusqu’en 2020, date objectif de ce « Grand projet éducatif ». « Nous avons quatre ans pour mettre en place ce processus encore expérimental, qui devrait s’enrichir en 2018 », explique Daniel Filatre, recteur de l’Académie de Versailles.

Financé à hauteur de 1,3 millions d’euros par l’Éducation nationale, le projet qui implique aussi l’agglo Grand Paris sud et la préfecture, devrait voir naître plusieurs actions de la maternelle jusqu’au collège, et toucher les 6 500 élèves de Grigny. Parmi les mesures plus significatives, une vingtaine de créations de postes dès la rentrée 2017 (du formateur à l’assistante sociale en passant par l’infirmière scolaire et le psychologue), la création d’un « médiapôle » où sera enseigné le numérique, la création d’espaces parents dans les écoles et la spécialisation des collèges de la ville, pour mieux orienter les élèves et « diversifier » leur éducation. Enseignements dédiés aux arts, au théâtre, à l’éducation aux médias, ou aux sciences et techniques : les trois collèges de la ville vont ainsi proposer chacun une spécialité. « Une ouverture vers l’extérieur », se réjouit Josiane Chevalier, préfète de l’Essonne.

Et pour lutter contre le décrochage scolaire du collège au lycée, une « classe passerelle » doit aussi être créée. Il s’agira de suivre le parcours d’élèves en difficulté, dès la 4e et jusqu’à la seconde, avec soutien des familles et moyens pédagogiques spécifiques. Cette mesure ne concernera cependant que les élèves les plus « motivés » à suivre ce programme.

267 000 euros d’équipements numériques

Dans une ville où seulement 25 % des lycéens sont bacheliers, où seuls 6 % des élèves du collège Jean-Vilar se dirigent vers un bac S, où les moins de 25 ans représentent 30 % de la population et où la part des jeunes qui n’ont pas le français comme langue maternelle oscille entre 38% et 64 %, des mesures urgentes se devaient d’être prises.

Il s’agit aussi, pour Grigny, d’adapter ses écoles aux spécificités de sa population. Par exemple, en scolarisant les enfants de moins de trois ans, avec dans chaque école un espace dédié aux parents, qui devraient à terme être « mieux impliqués » dans l’éducation de leurs enfants. « Leur donner une place nouvelle, car il n’y a pas de réussite sans présence des parents », assure Philippe Rio, maire (PCF) de Grigny.

« Je crois beaucoup aux politiques complètes, avec des moyens », déclare quant à elle Josiane Chevalier lors de la signature de la convention. « C’est une démarche inédite en France, qui servira peut-être de modèle. C’est un vrai défi éducatif qui se pose à Grigny : avec des familles en précarité, une ville si jeune, l’éducation est vraiment la priorité. »

Ce matin-là, la préfète insiste aussi sur le « caractère novateur » de certaines mesures, notamment dans le numérique. 267 000 euros sont en effet prévus pour doter Grigny d’espaces et équipements numériques. Parmi eux, un espace studio webradio – webtélé pour les collégiens, chiffré à 12 000 euros (4 000 euros par collège), ou encore un « Mediapôle Grigny digital éducatif » d’un coût de 70 000 euros. L’équipement numérique lié à la future spécialisation des collèges est quant à lui évalué à 90 000 euros.

Ce projet éducatif à grande échelle a, évidemment, de quoi réjouir la municipalité. Dans un discours empreint d’émotion, Philippe Rio évoque « une République en échec » et « des chiffres insupportables ». Il y a deux ans, l’élu interpellait déjà François Hollande sur « la jeunesse et l’éducation, ces grandes causes nationales ». « A Grigny, déplore-t-il, les chiffres sont insupportables. Nous savons pourtant que les parents veulent la réussite de leurs enfants. Le projet n’est pas une baguette magique, mais il permettra de faire différemment. »

Du côté des parents, on salue aussi l’initiative. « C’est une réussite, on attendait vraiment un engagement de l’État. Ça donne de l’espoir, tout cet engagement financier », exprime Fouzia, maman grignoise de trois enfants.
« Aujourd’hui la République reprend ses responsabilités, rebondit Fatou, elle aussi maman grignoise, qui a participé à l’éclosion du projet. On sait innover, on est motivé à Grigny. On parle souvent de nous de manière négative, mais on sait faire ! »


Éducation prioritaire : j’ai souhaité rétablir… par Najat-Belkacem