Samedi 25 février dernier, les téléspectateurs de La chaîne parlementaire (LCP) ont vécu une expérience particulière. Au programme du soir, un Retour vers le futur politique nommé Benoît Hamon, chronique d’une victoire annoncée. Bien entendu, les journalistes de LCP ne sont pas plus doués du don de voyance que leurs collègues. Mais l’exercice interpelle.
À l’heure où le PS a des chances de se voir exclure du second tour de la présidentielle 2017, le documentaire revient sur le quotidien de Benoît Hamon, de janvier à juin 2012, lorsque que l’actuel candidat socialiste préparait les élections présidentielles et législatives marquées par la victoire de François Hollande et celle de la gauche. Un flash-back saisissant au regard des divisions actuelles.

Hamon pourrait-il créer la surprise et à son tour faire gagner la gauche en mai prochain ? Pour certains, la question ne se pose même pas : « Le bilan Hollande est indéfendable, tranche, net, Antoine Petitmangin. Il y a eu la loi travail, les coups de force des 49–3, le projet de déchéance nationale… C’est beaucoup trop ».

Ancien responsable des jeunes socialistes en Essonne, il a choisi de claquer la porte du PS en janvier dernier, à la vieille des primaires de la gauche. Et s’il juge la victoire de Benoît Hamon « positive puisque anti-Valls », il reste persuadé qu’aucun des candidats socialistes n’est sorti crédible de ces 5 ans d’exercice du pouvoir : « Les règles de la primaire ne pouvaient pas fonctionner car tous les candidats se sont engagés à soutenir le vainqueur, même si leurs convictions sont parfaitement opposées. C’est un sacré mélange des genres !  ».

Suivi par une vingtaine de jeunes socialistes de l’Essonne, il a donc rejoint la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Pourtant, c’est bien François Hollande et le PS qui l’avaient convaincu de s’engager en politique il y a maintenant cinq ans.

Le mirage du Bourget

« J’ai été séduit par le discours du Bourget, se souvient-il. C’est à partir de ce moment que s’est véritablement lancée la campagne de François Hollande. C’est sur cette ligne anti-finance que je suis entré au PS ». Il prend alors sa carte et rejoint le Mouvement des jeunes socialistes (MJS) pour lequel il va militer puis devenir le référent départemental en Essonne. Jusqu’au tournant social-démocrate (social-libéral ?) symbolisé par l’arrivée de Manuel Valls à Matignon en mars 2014 : « Notre prise de distance avec le PS s’est accrue avec le temps, confie celui qui, à 23 ans, est par ailleurs étudiant en master d’histoire à la Sorbonne. Il y a eu une série de ruptures inacceptables. L’émergence des députés frondeurs a été un espoir, mais nous avons été déçus par leur réaction face à l’utilisation massive du 49–3 par Manuel Valls. Ils ont quand même fini par se diviser au moment de déposer une motion de censure ».

Et le MJS n’échappe pas aux débats. En interne, des désaccords font jour, d’autant que, qu’à l’image du PS, le mouvement n’a cessé de voir ses adhérents s’éloigner ces dernières années. Allant même jusqu’à perdre plusieurs de ses animateurs fédéraux, comme celui du Rhône ou de la Seine-Saint-Denis, mais aussi le coordinateur régional de l’Ile-de-France et Yannis Zeghbib, secrétaire général national du MJS. Dans une tribune nommée « Insoumission, un choix de raison », publiée sur le blog de Mediapart le 15 janvier dernier, l’ancien chef de file des Jeunes socialistes explique pourquoi il a lui aussi choisi de quitter le PS pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.

Celui qui a rejoint le Parti socialiste et le MJS en janvier 2007 « face à la brutalité sociale que représentait la candidature de Nicolas Sarkozy  », a soutenu François Hollande après la primaire de 2011. Mais il a très vite déchanté : « (il) fut élu le 6 mai 2012, avec le concours de l’ensemble des forces de gauche. Et là, c’est l’hébétude. L’espoir de changement laissa la place aux doutes sur l’avenir de ce quinquennat  », observe-t-il. Cinq ans après, il a donc placé ses espoirs dans la France Insoumise pour « acter que le PS n’est plus un outil pertinent de transformation sociale, que la stratégie de l’intérieur a échoué et qu’il est indispensable qu’une alternative à gauche émerge lors des prochaines élections implique de rejoindre la France Insoumise  ».

En janvier dernier, Antoine Petitmangin et une vingtaine de jeunes socialistes ont rejoint la France Insoumise de Mélenchon (MB/EI).

En janvier dernier, Antoine Petitmangin et une vingtaine de jeunes socialistes ont rejoint la France Insoumise de Mélenchon (MB/EI).

« On nous a taxé de gauchiste »

En Essonne, les défections sont aussi légion. « Au congrès de 2015, la section essonnienne rassemblait 220 adhérents, résume son ancien secrétaire. Elle n’en comptait plus qu’une centaine lorsque je l’ai quittée en janvier dernier ».

Il y a eu les déçus du quinquennat, bien sûr, mais aussi ceux qui ne se sentaient pas pris en compte. C’est notamment le cas de Basile Renault: « L’aile droite du mouvement ne nous écoutait pas, explique-t-il. Du coup, il était impossible de faire entendre notre voix  ». Seulement 9 mois après l’avoir rejoint – lors de la mobilisation contre la loi Travail en avril 2016 – il a donc quitté le MJS en même temps qu’Antoine Petitmangin, et plusieurs cadres actifs et quelques militants.

Si la décision a été prise collectivement avant l’été lors d’un comité fédéral, Basile Renault retient une anecdote de l’époque où il militait contre la loi Travail : « Le MJS de l’Essonne était particulièrement mobilisé, probablement trop pour une ‘camarade’ du MJS de Sciences Po, qui m’a alors taxé de ‘gauchiste’, raconte-t-il. C’était révélateur de l’orientation qu’était en train de prendre le mouvement : il fallait suivre avant tout la ligne PS-MJS, peu importe les dirigeants ou les candidats, en attendant, si on n’était pas d’accord, que son courant ne devienne éventuellement majoritaire lors du prochain congrès socialiste  ».

« Gauchiste » le jeune militant ? Peut-être. En tout cas, son ralliement à la France Insoumise a apporté des arguments à ses détracteurs. Ironie du sort, pour celui qui, à 18 ans, a intégré cette année… Sciences Po.

« Ça va nous fragiliser »



« C’est toujours la même logique chez Mélenchon. Il fracture la gauche dans un moment où il faudrait au contraire la rassembler. C’est décevant, ça va nous fragiliser, surtout en Essonne  ». Nouveau responsable départemental du MJS dans le 91, Valentin Bodet regrette le départ de son prédécesseur et de ceux qui l’ont suivi. Quant aux critiques concernant le manque de liberté d’expression au sein du mouvement, il les balaie d’un revers de main : « Ils pensent qu’il faut aller toujours plus loin. C’est bien car ça fait avancer, mais ça ne peut pas suffire. C’est une erreur de jugement quand on connaît la gauche. Il y a suffisamment de courants au sein du PS pour faire entendre sa voix. La preuve, Hamon a bien remporté la primaire !  ».

Aujourd’hui âgé de 20 ans, il a soutenu Martine Aubry en 2011 et soutient aujourd’hui Benoît Hamon. Il se réclame donc de la gauche du PS « qui existe bien » : « Je peux comprendre les déceptions sur le ligne économique, reconnaît-il. Mais le bilan social est bon : la garantie jeune, le mariage pour tous, les créations d’emplois dans la fonction publique, notamment pour les profs et les forces de l’ordre… Il ne faut pas tout jeter ».

A ces arguments, ses anciens « camarades » préfèrent opposer le programme de Jean-Luc Mélenchon qu’il jugent plus concret : « Nous sommes d’accord avec 90% de son projet, confirme Antoine Petitmangin. Que ce soit la création d’une 6e République, la planification écologique ou encore l’augmentation du Smic à 1 700€ net mensuel. Si certains candidats peuvent payer 500 000€ en huit ans pour un emploi fictif, ne me dites pas qu’on ne peut pas revaloriser les bas salaires  ».

C’est donc deux visions de la gauche et de l’avenir qui s’opposent. D’un côté, les jeunes socialistes qui estiment qu’en dehors du Parti socialiste, aucun salut n’est possible : « Le PS a toujours été la maison maire de la gauche. Partir dès qu’il y a des difficultés, c’est empêcher la victoire, que ce soit en interne ou au niveau national, conclut Valentin Bodet. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous permettre de nous diviser face à Macron, l’extrême-droite et la droite qui représentent de réelles menaces pour notre avenir  ».

De l’autre, les militants sécessionnistes, désormais mélenchonistes, pour qui la rupture était souhaitable : « Il faut construire quelque chose de nouveau, réinventer un système à bout de souffle, estime Antoine Petitmangin. Hamon dit qu’il veut abroger la loi travail mais Madame El Khomri, qui l’a porté, est investie par le PS pour être candidate aux législatives dans le 18e arrondissement de Paris… Tout ça manque de clarification ».

La bataille des idées se fera donc sur le terrain entre des militants qui risquent de se croiser sur les marchés ou devant les lycées. « Nous sommes pour le rassemblement de la gauche et, s’il le faut, nous militerons ensemble », envisageait encore il y a quelques jours Valentin Bodet. Mais jeudi 9 mars, Alexis Corbière, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, a mis fin au suspense : « Je ne crois pas qu’après 5 ans de François Hollande, il soit possible aujourd’hui de se rassembler derrière un candidat PS », a-t-il déclaré sur BFM TV, dénonçant une guerre d’ego dans laquelle Benoît Hamon refuserait d’envisager un rassemblement sans en être la tête de proue. Comme s’il était encore nécessaire de prouver que ces deux gauches sont décidément… irréconciliables.

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