La scène se déroule les 26 et 27 novembre, les militants communistes étaient appelés à s’exprimer sur le rôle du Parti communiste (PCF) dans la campagne présidentielle. Deux choix se présentaient alors à eux. Soit une candidature indépendante, soit un ralliement en faveur de Jean-Luc Mélenchon, le leader du jeune mouvement de la France insoumise (FI). Malgré l’avis défavorable des cadres du parti qui avaient opté deux semaines plus tôt pour une candidature estampillée « PCF », les militants ont décidé d’apporter leur soutien à 53,6% à Jean-Luc Mélenchon. Une décision qui avait alors ravi le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, lui qui avait à maintes reprises exprimé son vœu d’en arriver à ce cas de figure.

Depuis cette date, FI et PCF font donc campagne ensemble en vue de l’élection présidentielle. Sur le plan national, c’est une chose, mais sur le plan local, la donne est clairement différente. En effet, pour les législatives, les deux forces politiques n’arrivent pas à s’entendre. L’Essonne ne déroge pas à cette règle.

La charte des Insoumis dans le collimateur du PCF

« C’est illisible. Ça devient vraiment incompréhensible ». Par ces mots, Mounia Benaili, représentante du mouvement de la France insoumise en Essonne ne cache pas son incompréhension. « Sur le fond, nous sommes quand même assez proches », lâche la représentante FI. Des propos que le chef des communistes en Essonne confirme. « Oui, il y a des convergences entre nos programmes », reconnaît pour sa part Amadou Dème. Mais alors, pourquoi font-ils bande à part ?

Cette question est au cœur des débats depuis quelques semaines maintenant, tant sur le plan local, qu’à l’échelon national. Mais un élément revient toujours sur la table des négociations : la fameuse charte des candidats présentée par la France insoumise. Ce document est en quelque sorte le modèle à suivre pour quiconque souhaiterait obtenir l’investiture du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Au sein de cette charte figure notamment le fait de soutenir le candidat Mélenchon à l’élection présidentielle, de faire campagne sur le même programme national, de renoncer aux mandats locaux en cas d’élection comme député, ou encore de se rattacher à l’association de financement « La France insoumise » lors du dépôt de candidature. Bref, de nombreux points qui fâchent au niveau national, mais aussi local. « En signant la charte, nous pourrions être investis par la France insoumise. Mais globalement, la plupart des candidats investis sont des membres du Parti de Gauche (PG) », râle Amadou Dème, qui ne souhaite pas que son parti ne soit « assujetti » à la France insoumise. « Faux ! rétorque Mounia Benaili. La plupart des candidats investis par notre mouvement viennent directement de la société civile », lance celle qui est aussi la leader du PG 91. « Farida Amrani, militante PCF est d’ailleurs investie sur la 1ère circonscription de l’Essonne », indique cette dernière (une investiture qui fait d’ailleurs polémique). Celle-ci va même plus loin dans son analyse. « Le Parti communiste est dans une logique de conserver des élus, alors que nous sommes dans la construction d’un mouvement qui ne veut pas retomber dans les travers des autres partis », relance Mounia Benaili. « La France insoumise est déjà en train de devenir une force politique comme les autres », constate pour sa part Amadou Dème.

Vraiment irréconciliables ?

Les deux mouvements politiques ont ainsi investi chacun de leur côté des candidats dans les différentes circonscriptions de l’Essonne. Le PCF a mis en dynamique des candidats sur toutes les circonscriptions, hormis la huitième (Montgeron-Yerres) (1). Sur la septième (Juvisy-Savigny), ceux-ci pourraient d’ailleurs soutenir la députée écologiste sortante, Eva Sas. « Nous faisons des efforts. Nous n’avons jamais dit : ’10 circos, 10 candidats PCF ‘ », tacle Amadou Dème. Car pour leur part, les instances de FI ont déjà investi leurs dix binômes (2) – titulaires et suppléants.

Sauront-ils s’unir avant le premier tour des élections législatives ? C’est la question ! Les deux leaders politiques s’accordent pour dire que ce sera compliqué. « Ce sera sans doute impossible », soupire-t-on dans les rangs des Insoumis. Une situation ubuesque qui propage dans de rares cas quelques tensions, comme sur le marché de Brétigny, où des militants des deux mouvements se sont pris le bec fin février. « Les militants France insoumise ont des méthodes agressives, c’est inadmissible », lance ainsi Amadou Dème, quand Mounia Benaili assure que dans la majeure partie des cas, « tout se passe très bien ».

Une union difficile, voire utopique. Pourtant, sur la 5e circonscription (Gif-sur-Yvette), on veut croire à une union large. Début mars, une rencontre réunissant environ 50 personnes a rassemblé toutes les composantes de la gauche (EELV, FI, PCF, gauche du PS). Une réunion qui avait notamment pour but « de créer un groupe de travail pour définir les thèmes de convergences nationales et locales », rapporte un militant associatif du secteur. Reste maintenant à savoir si le rapprochement redouté par certains et attendu par d’autres aura lieu…

(1)Les candidats investis par le PCF :
1ère circo : Michel Nouaille et Mina Fayed
2e circo : Michèle Kauffer
3e circo : Laurent Gaboriau
4e circo : Sarah Muller
5e circo : Annick Le Poul
6e circo : Joëlle Pina
7e circo : Saïd Seddouki
8e circo : à déterminer
9e circo : Laïd Amrani
10e circo : Philippe Rio

(2)Les candidats investis par France Insoumise :
1ère circo : Farida Amrani et Ulysse Rabaté
2e circo : Michael Goasdoué et Maelle Vaupré Vincensini
3e circo : Ghislaine Cressely et Vincent Vergeron
4e circo : Christophe Argento et Joëlle Ghirlanda
5e circo : Sylvère Cala et Frédérique Dumont
6e circo : Philippe Juraver et Cécile Cohen
7e circo : Mounia Benaili et Vivien Rebière
8e circo : Mai Ly Khan et Jérôme Flament
9e circo : Mathias Rodriguez et Anne Journel
10e circo : Charlotte Girard et Pascal Troadec

Des jeunes socialistes passent l’arme à gauche