Suite à l’article 114 de la loi Alur de 2014 mettant fin aux offices interdépartementaux, L’OPIEVOY (Office public interdépartemental de l’Essonne, du Val-d’Oise et des Yvelines) a été démantelé au 31 décembre dernier. Après 96 ans d’existence, l’office HLM a laissé place à SA HLM de l’agglomération parisienne (Sahlmap), une société rattachée à Action Logement qui a pris le nom de ‘Les résidences’ (lire notre dossier). Ainsi, c’est à la tête d’un ensemble comprenant plus de 50 000 logements en région parisienne que s’est placé le nouveau groupe de logement social. Si à l’annonce de ce changement, François Durovray, le président (LR) du département, a tenu à rassurer les résidents concernés en indiquant qu’il n’y aurait « aucun changement pour les locataires comme pour les gardiens », certaines situations locales semblent plus complexes.

« Protocole de préfiguration de l’opération de renouvellement urbain du quartier de l’ancien Guinette » : en clair, ce protocole annonce un nouvel avenir pour un certain nombre d’habitants du quartier de Guinette. C’est en septembre 2016 que le député-maire d’Etampes Franck Marlin a signé ce fameux protocole qui est inclus dans le contrat de ville 2015–2020. Guinette concentre une grande partie de la population étampoise, c’est d’ailleurs le quartier qui compte le plus grand nombre d’habitants. Aujourd’hui reconnu quartier prioritaire, le quartier de la ville royale date de 1963 et se compose de treize bâtiments de cinq niveaux dont quatre barres. Ces fameuses barres, ce sont en fait les « Bâtiments rouges », aussi connus sous le nom de « l’ancien Guinette », qui regroupent pas moins de 225 logements et environ 700 personnes. Les plus anciens bâtiments du groupe OPIEVOY ne sont plus au goût du jour et cela va même bien au-delà. L’objectif principal du projet de démolition, c’est surtout de reconstruire par la suite : « Le contrat de ville parle de reconstruction du patrimoine. Je souhaite offrir aux habitants une qualité de vie, un confort dans leur quotidien », indique le maire de la ville Franck Marlin. Des ascenseurs pour monter les nombreux étages, un rafraîchissement de l’infrastructure… « Il y a des contraintes pour accorder ce confort », ajoute-t-il en mentionnant le projet de démolition.

Mission information pour le comité

Pourtant, s’il projette d’améliorer le quotidien des habitants du quartier, c’est un projet qui semble attirer la méfiance de certains riverains, avec un comité qui s’est récemment formé à l’occasion de l’annonce de la possible démolition. Créé à l’initiative du mouvement Nuit Debout en Beauce et Sud-Essonne, en partenariat avec l’Amicale des locataires de l’OPIEVOY de Guinette, de Françoise Brideron du groupe local Solidarités Nouvelles pour le Logement, du collectif OPIEVOY, de Jean-Baptiste Eyraud – le fondateur de Droit au Logement -, du PCF, ATTAC Sud-Essonne, de l’UL CGT d’Etampes ainsi que du sénateur PCF Bernard Vera, ce comité de soutien aux habitants se veut rassurant et solidaire : « L’objectif premier c’est de faire connaître leurs droits aux habitants et de les tenir au courant des événements, de ce que la mairie projette de faire », indique l’un des membres. Ce collectif, dont le noyau dur se compose d’une vingtaine de personnes, s’inscrit comme un mouvement citoyen au sein duquel « il n’existe pas de prédominance. Ce qui nous réunit, c’est le projet  ». Projet qui divise, qui fait débat face aux élus : « Certains quartiers ont très mauvaise réputation. Les élus s’accommodent de la situation, laissent les problèmes se répandre pour mieux justifier la démolition », s’indigne Geneviève, membre du comité, qui parle d’« une politique sécuritaire » mise en place à Etampes.

Quelles sont les vraies finalités du projet d’envergure ? L’objectif, selon la mairie, c’est de s’inscrire dans une démarche de renouvellement, d’amélioration mais aussi de favoriser la mixité sociale au sein des quartiers. Pourtant, c’est un argument qui ne manque pas de faire bondir Geneviève et Claude, tous deux membres du comité de soutien aux habitants : « On parle de mixité sociale, de lien entre les quartiers mais ils cherchent simplement à attirer d’autres personnes avec des profils sociaux différents à Guinette, tout comme ils l’ont fait auparavant dans le centre-ville. Ils cherchent à rendre le quartier plus attractif mais ils n’hésiteront pas à chasser les plus démunis, plutôt que de créer du logement social en centre-ville par exemple ». Franck Marlin a son idée bien en tête et dit vouloir porter le quartier et ses habitants vers des jours meilleurs. Et, ce, malgré les contestations de ceux qu’il qualifie comme étant un « collectif bourgeois » et « des agitateurs publics ».

225 logements, 700 personnes « dont 30% sont des personnes âgées qui habitent les HLM depuis 1963 », s’inquiètent les membres du collectif, « c’est comme un village dans la ville, les habitants y sont bien. Ils ont leurs commerces à proximité, leurs habitudes, les transports en commun… ». La principale crainte soulevée par le comité ne réside pas dans le projet de démolition mais bien dans la reconstruction et le relogement : « La mairie veut détruire pour reconstruire à la Croix de Vernailles. Les habitants ont peur d’une rupture », indique-t-il. En effet, la mairie indique dans son contrat de ville que dans le cadre de l’inscription au « nouveau programme nationale de rénovation urbaine » des « bâtiments rouges » devenus emblématiques dans le quartier, la reconstruction pourra s’effectuer sur le site de la Croix de Vernailles « de sorte de travailler dans un même mouvement, la diversification de l’habitat, la mixité sociale et le désenclavement de cette cité ». Parmi les résidents approchés par le comité de soutien, l’idée n’est pas aussi bien accueillie qu’auraient pu l’espérer les responsables du projet : « Dans le panel de gens auxquels nous avons parlé, deux seulement souhaitent la démolition mais ils ne veulent pas pour autant quitter le quartier », indique Geneviève.

Les inquiétudes, Franck Marlin les entend. Le député et maire étampois n’a pas manqué de répondre aux craintes soulevées et aux quelques questions restées en suspens. Ainsi, il n’y aura pas « d’histoire de relogement dans les villes environnantes comme ce qui a été entendu et il n’y aura pas d’augmentation des loyers ». Mais surtout, pour ce qui concerne la délocalisation des habitants majoritairement attachés à leur quartier, le maire répond un simple « leur choix sera le mien s’il s’appuie sur la majorité ». Voilà le deal. La démolition ne se fera que sur accord majoritaire des principaux concernés : « Je connais ceux qui y habitent mais je n’y habite pas moi-même, je ne suis pas dans leur tête, je ne peux pas penser à leur place donc je leur demande ce qu’ils veulent pour leur avenir », ajoute-t-il. Car, en effet, le comité et le maire s’accordent au moins sur ce constat : les habitants ne veulent pas quitter le nid qui leur est cher. Selon les chiffres de la mairie, 92 % des 225 locataires souhaitent rester à Guinette. La solution ? Proposer une reconstruction de bâtiments dans le quartier, « pour répondre aux besoins des gens », selon Franck Marlin, qui indique continuer de faire son « porte-à-porte » auprès des résidents. De son côté, le comité a longtemps déploré la « main mise politique » exercée sur les habitants et surtout l’absence des conseils citoyens alors même que le contrat de ville en demande la mise en place : « Notre démarche s’inscrit dans le respect de la parole des habitants du quartier en question », parole qu’il manquait au début de la mise en place du projet selon les membres du collectif.

« C’est mon combat »

Pour autant, la mairie indique aujourd’hui être entrée dans la phase de concertation avec les résidents, « pour connaître leur volonté de démolir ou non ». Pour la ville, la décision est maintenant dans les mains des concernés : « J’avance les pions et ce sont eux qui décideront de leur sort. Faire en sorte qu’ils vivent dans de meilleures conditions, c’est mon combat pour l’avenir de ce quartier auquel je crois », déclare fièrement Franck Marlin. En mars prochain, le maire appelle d’ailleurs au rassemblement. Tous les résidents concernés par la possible démolition des bâtiments ABCD du quartier de Guinette seront réunis un soir de mars à la maison de quartier pour débattre d’une question importante posée par le maire : « Comment concevez-vous votre avenir ? ».

Le comité de soutien émet toutefois des doutes sur le relogement de l’intégralité des habitants dans le même quartier et s’inquiète des conséquences d’une possible migration des résidents vers un autre quartier que Guinette. Le soutien et la solidarité semblent de toute façon être au coeur de l’action des membres du comité, animés par un désir de compréhension et de partage. Franck Marlin, de son côté, se montre confiant et rassurant quant au projet de grande envergure pour lequel il dit grandement s’investir.