Il est plus de 23 heures, ce dimanche soir de début d’été. Pendant près d’une heure, une violente tempête a transpercé le ciel du centre Essonne. Des orages monstres ont surpris tout le monde, à commencer par ces dizaines de résidents étrangers venus passer la nuit devant la préfecture, pour obtenir le droit d’y entrer ce lundi.

Ils étaient plus de 200, dimanche soir à attendre sous la pluie, devant les grilles de la préfecture de l’Essonne.

Des files d’attente qui durent toute la nuit, et une situation qui s’éternise. Nous vous parlions il y a deux semaines de la situation subie par des milliers de résidents étrangers en Essonne, qui ont besoin de réaliser des démarches administratives en préfecture à Evry. Malgré l’annonce d’améliorations de l’accueil, par les services de l’Etat, ils étaient près de 200 ce dimanche soir sous les intempéries, à passer une nouvelle nuit dehors.

Ils sont toujours là, toujours plus nombreux, devant la préfecture, à faire cette queue interminable. Elle conduira les plus chanceux d’entre eux au précieux sésame, l’un des 150 tickets distribués chaque matin pour être reçu en préfecture. Renouvellement de titre de séjour, retrait de dossier pour un visa étudiant ou une demande de regroupement familial, la simple démarche administrative se transforme, depuis maintenant trois mois, en un véritable calvaire pour les résidents étrangers essonniens.

Une tempête qui attise les tensions

Lorsque ce dimanche soir, un orage venu de nul part déverse un torrent d’eau sur les rues évryennes, plus de 100 personnes sont amassées derrière les barrières censées réguler le flux des demandeurs. Chacun s’éparpille, tentant de trouver refuge sous un quelconque espace abrité. Grêlons, fortes pluies et vents violents n’aident pas à garder le moral. Et après l’orage, de petits groupes de personnes reviennent peu à peu devant la préfecture.

A ce moment, avec l’arrivée de plusieurs dizaines d’autres silhouettes dans la nuit, pas loin de 200 personnes se trouvent aux abords des grilles de la cité administrative. La tension est palpable chez ces hommes et femmes fatigués et trempés, et le ton monte lorsqu’il s’agit de répartir les places sur un bout de papier qui fait office de liste d’inscrits. Car ils seront une nouvelle fois seulement 150 à obtenir le droit d’entrer ce lundi matin. Les autres devront revenir. Pour accéder à l’intérieur et obtenir un entretien, il faut en effet s’armer de patience.

Depuis 8 heures du matin la veille

Tel cet homme, la cinquantaine, « arrivé à 8 heures du matin ce dimanche » pour être en bonne position dans la queue, et qui n’obtient pourtant que le quatorzième ticket. Ou son voisin, qui parle de « deux jours de travail manqués » à faire la queue. « Il y a des femmes, des enfants » s’étrangle cet autre homme, qui se joint à la discussion.

« J’ai mal au coeur » comme dirait cette dame arrêtée sur le côté de la rue, constatant la situation. Et quand, vers 23h30, un mouvement de foule précipite tous ceux qui étaient à l’écart à repartir derrière les barrières, on se dit que plus rien n’est impossible dans le traitement inhumain que subissent ces personnes.