Le vote du budget 2017 à Savigny-sur-Orge, le 30 mars prochain, rouvrira-t-il les plaies de la commune ? Deux ans après l’approbation d’un budget décrié, qui aura vu 10% de coupes dans les dépenses avec la fermeture du centre de vacances vendéen, la fin des subventions à la MJC ou aux activités jeunesse et la fermeture de la crèche familiale, de nombreux habitants n’ont pas oublié les douloureuses mesures prises, qui ont suscité de vifs débats sur cette première partie de mandature de l’équipe conduite par Eric Mehlhorn (LR).

L’an dernier, la municipalité annonçait une hausse du taux communal de la taxe foncière (+ 3,86 points), ainsi qu’une baisse des abattements de la taxe d’habitation pour 2017. Cette mesure doit apporter 1,2 millions de recettes supplémentaires dans les caisses de la ville en 2017 (1,27 millions annoncés l’an dernier – lire notre article). Dans le détail, le calcul de la taxe d’habitation se trouve modifié pour les Saviniens en 2017. L’abattement général est abaissé de 16% à 10% cette année, tandis qu’un abattement handicap de 10% est créé, ce qui apparaîtra sur les feuilles d’impôts locaux à l’automne prochain.

Parmi les autres mesures décriées qui sont soulevées à travers ce budget 2017 de Savigny, la vente à venir de la Savinière. Le principe de sa cession est acté par l’équipe municipale. L’ancien centre de vacances de Vendée fermé par la ville en 2015, voit le déclassement de ses parcelles et une première délibération « qui permet de rapatrier les documents pour estimer le prix de vente » précise Sébastien Beneteau. Ce sera par adjudication que la vente aura lieu. Pour le moment, 600 000 euros sont inscrits dans les documents budgétaires comme prévisions de recettes de cette cession de la Savinière, même si selon l’élu, ce prix correspond à une certaine « prudence budgétaire ».

24 millions d’investissements annoncés

Adjoint aux finances depuis qu’il a remplacé Jacques Pataut à ce poste exposé fin 2015, Sébastien Beneteau a présenté le rapport d’orientation budgétaire le 2 mars dernier en conseil municipal, donnant ainsi devant les élus des éléments sur le budget 2017 et la suite des choix opérés par la municipalité depuis 2015. Il a aussi détaillé le plan d’investissement de la commune jusqu’à 2020, avec 24 millions d’euros inscrits pour plusieurs travaux de réhabilitation et de rénovation des équipements scolaires, sportifs ainsi que la rénovation urbaine.

L’adjoint a déroulé une présentation de l’état des finances et des décisions ‎budgétaires de la commune. Dans un contexte où « la ville perd cette année 630 000 euros de dotations de l’Etat » présente l’élu, « on s’emploie à stabiliser les dépenses de fonctionnement ». Recettes et dépenses de fonctionnement s’établissent à 51,9 millions d’euros cette année, et les investissements se montent à 9,05 millions d’euros, avec une dette en baisse de 2,9 M€ (elle s’établit à 32,7 millions au 1er janvier 2017). Il en a profité pour justifier ainsi les choix contestés des exercices précédents en vantant les investissements prochains, rendus possible par trois années de serrage de ceinture dans la ville.

Le plan d'investissements présenté par la municipalité de Savigny-sur-Orge qui totalise 24 millions d'euros investis d'ici la fin du mandat

Le plan d’investissements présenté par la municipalité qui totalise 24 millions d’euros d’ici la fin du mandat (JM/EI)

Ces questions n’ont en tout cas pas manqué d’agiter les membres du conseil municipal, auquel l’élu a demandé quelles « autres solutions » ceux-ci proposeraient pour améliorer les comptes de la commune. Son argumentaire chiffré a été remis en cause par plusieurs membres de l’opposition, comme Pierre Guyard (PS), Audrey Guibert (FN) Eva Sas (EELV) ou Bernard Blanchaud (Dvd), qui ont chacun leur tour relevé les « services supprimés », une population en attente « d’investissements dans les commerces, la culture, la jeunesse » ainsi qu’un « échec » dans la limitation des dépenses de fonctionnement. A l’image de Jacques Sénicourt, élu d’opposition (PS).

« Impôts en plus, services en moins »

‎Celui-ci reprend des éléments de la présentation budgétaire, qu’il décrit comme « analytique » et propose sa description « comparative ». Selon lui, « sur les 2,5 M€ de recettes supplémentaires, 1,5 proviennent des hausses d’impôts », et côté dépenses, « il y a 700 000 euros d’augmentation des charges de personnes, dont beaucoup pour les frais de la Savinière, 600 000 des charges générales, et 600 000 virés en section investissement ». En prenant en compte le produit de la vente de la Savinière, Jacques Sénicourt dresse « le constat que la hausse d’impôts sert à financer les charges de personnels, la gestion courante et générale, sans autres services ». Selon lui, la municipalité « ne sait pas faire d’économies sans suppression massive des services publics » et il se demande ainsi si « en annonçant maîtriser les dépenses pour 2018–2020 sans maîtriser cette année, ce ne sera pas le même discours l’an prochain ».

Dans sa réponse en séance, l’adjoint Sébastien Beneteau préfère calmer les ardeurs de son opposant, et lui répond « Monsieur Sénicourt, là ce n’est pas le vote du budget primitif, patience, ce soir on parle de la gestion d’une ville », puis plus globalement à destination de ses détracteurs, qu’un budget, « cela demande plus de positions terre-à-terre que de grandes idées » . Il revient un peu plus tard sur les critiques en matière de gestion à l’encontre de sa majorité : « M. Sénicourt, merci d’ajouter des chiffres aux chiffres, on va avoir le fruit des réorganisations de services en 2018–2020‎ ». Interrogé le lendemain par Essonne Info, il tient à préciser en ce qui concerne cette première partie de mandat, « quand on a récupéré la ville en 2014, la situation était catastrophique ».

Pour contrer les critiques de ses opposants, la municipalité de Savigny s'est dotée de moyens vidéos pour retransmettre les séances de conseil municipal

Pour contrer les critiques de ses opposants, la municipalité s’est dotée de moyens vidéos pour retransmettre les séances de conseil municipal (JM/EI)

La dotation versée par l’Etat est également passée de « 9,44 millions d’euros à 6,16 » entre 2014 et 2017 argumente l’élu. David Fabre, autre membre de l’opposition (UDI), attaque quant à lui sur « ce qu’il restera de ce mandat », en termes « de services rendus et de coûts », ‎et de s’interroger à la moitié de ce mandat ‎: « fait-il mieux vivre à Savigny ? La réponse est non ». Il déroule ensuite une batterie de reproches sur l’action municipale, parlant « des personnes âgées obligées de vendre » à cause de la taxe foncière, de la hausse de la taxe d’habitation « qui augmente de 20% cette année » ou encore de Grand Vaux, qui pour lui « est en situation d’abandon. Où en est la prévention ? » demande-t-il, ajoutant que « les jeunes demandent à travailler, et vous ne mobilisez pas assez l’insertion ».

Elus de Savigny sous tension

Plus globalement, certains élus d’opposition pointent le manque d’attractivité de la ‎commune et la « faiblesse endémique de ces recettes » selon les mots de Jean-Marc Defrémont (EELV), qui veut un travail « pour sortir la ville de Savigny de son atonie, pour arriver à fonctionner de manière plus dynamique ». Sa collègue de l’opposition Michèle Plotu (PCF) remet sur la table le projet de mutualisation évoqué pour la Savinière, ce afin d’éviter de céder le site : « on avait proposé un projet de mutualisation, des villes recherchent des lieux comme celui-la ». De plus selon l’élu EELV (qui a mis en ligne une pétition), une « gabegie financière » accompagnerait la vente de la Savinière : « on paye le prix de leurs erreurs de gestion, les agents coûtent 250 000 euros par an, sur estimation à 600 000 euros du produit de vente, cela correspond presque aux salaires que nous versons depuis 2 ans, alors que le site est fermé ».

Des remarques balayées de la main par Sébastien Beneteau : « il fallait redresser les finances, on a retrouvé une capacité budgétaire » se défend-il, ajoutant que « chacun est bien arrangé par les décisions prises ». Sur la Savinière, enfin, le maire Eric Mehlhorn prend la parole pour indiquer que « ce n’est pas la compétence de l’EPT » de travailler à des projets de mutualisation de centres de vacances, tandis que son adjoint aux finances parle d’une vente inéluctable de l’ancien centre de vacances, « on a réfléchis à des mutualisations, mais ça n’a pas marché car c’était un repoussoir ». Sur le produit de la vente, il parle enfin « d’arguments fallacieux de l’opposition, car il sera affecté à la section investissement ». Il finit par tacler ses détracteurs en séance : « M. Fabre vous êtes très en forme, si vous voulez revoir la fiscalité, dites-nous quelles dépenses en moins feriez-vous? »

Sur la forme, si les échanges étaient vifs pour cette séance d’orientations budgétaires, ils sont restés la plupart du temps courtois. L’ambiance était tout de même pesante dans le public avec quelques sifflets lancés et le maire parfois contraint de rappeler à l’ordre les spectateurs, sous la vigilance d’une escouade de la police municipale. Il aura également du calmer les ardeurs d’un conseiller municipal membre de sa majorité, lorsque, en pleine intervention de l’élu d’opposition David Fabre, celui-ci se lève pour lui crier dessus : « si vous n’êtes pas contents, quittez la ville ! « , provoquant des réactions en chaîne chez les élus et une demande d’excuses de la part de David Fabre. Prochain rendez-vous au vote du budget primitif.