18h30, la pluie n’aura pas suffi à faire reculer les militants anti-FN du jour. « FN parti pourri ! FN parti voleur ! » peut-on entendre devant la salle des fêtes Jean Lurçat d’Etampes, au rythme du fracas des casseroles qui s’entrechoquent. De la route, les automobilistes arrêtés au feu rouge peuvent lire « Le Pen doit rendre des comptes » sur la pancarte que brandissent deux citoyens anti-FN. La manifestation s’est organisée quelques jours plus tôt, à l’annonce de la venue du sénateur frontiste et maire de Fréjus, David Rachline, à Étampes. Mathieu Hillaire, conseiller municipal d’opposition, venu manifester ce mercredi soir, déplore la nette « fascisation » du parti frontiste : « Ils remettent notamment en cause l’indépendance de la justice et font pression sur les fonctionnaires de la justice et, dans une démocratie, c’est inacceptable ». À quelques minutes du meeting, l’objectif est simple pour les manifestants. Ils cherchent non seulement à montrer leur mécontentement, à indiquer à David Rachline qu’il n’est pas le bienvenu dans la commune, mais ce ne sont pas les seules raisons de leur présence sous la pluie : « On demande à Marine Le Pen de rendre l’argent, tout ce qu’elle a pris, ce qu’elle a volé pour financer son parti politique. On est là pour montrer qu’on ne baisse pas la garde », indique Mathieu Hillaire.

Il est 18h45, le meeting de David Rachline devrait commencer dans une petite vingtaine de minutes. La pluie tombe toujours et d’immenses flaques se créent devant la salle des fêtes étampoise. Pourtant, les manifestants sont bien décidés à rester sur place, à attendre de pied ferme l’arrivée du cadre du FN. À défaut de voir la voiture de ce dernier arriver, les militants anti-FN ne manquent pas d’accueillir les citoyens se rendant à l’événement frontiste à coup de huées et d’apostrophes peu accueillantes, parce que «  ce n’est pas le monde que l’on veut pour nos enfants », indique une des militantes anti-FN. Pour une autre manifestante du collectif, enseignante de profession, le Front national doit impérativement rendre des comptes : « Quand j’apprends à mes élèves à ne pas voler, à respecter les autres et le matériel… Je me demande quelle image du monde on peut donner à ces enfants lorsque l’on voit que des gens comme Marine Le Pen, François Fillon et beaucoup de politiques profiter de leur statut et de leur immunité. On ne peut pas faire bâtir un monde sur ces valeurs-là  », s’indigne-t-elle. Pourtant, si l’intensité sonore des coups de casseroles ne faiblit pas, le groupe n’a pas pour objectif de perturber le rassemblement politique qui va suivre : « On montre juste un mécontentement. Nous ne sommes pas comme eux, on n’empêchera pas un meeting de se dérouler parce que justement nous sommes démocrates, contrairement à eux », ne manque pas d’ajouter Mathieu Hillaire. Yann, venu assister au « grand concert de casseroles démocratiques », comme le collectif l’appelle, pointe du doigt l’aspect financier autour de la protection du parti lui-même : «  Nos impôts partent dans la sécurité du Front national  », indique-t-il, en parlant même de « débauche policière ». Un collectif anti-Front national auquel Audrey Guibert, secrétaire départementale du Front national en Essonne, n’accorde pas vraiment de légitimité : «  Ils se disent anti-système mais ils le cautionnent en faisant cela. Le FN est victime d’attaques politico-judiciaires et il y a une instrumentalisation de la justice par ces gens qui viennent manifester ».

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19h10 : ils sont environ une centaine à avoir répondu à l’appel du Front national. Un petit badge Marine Le Pen placé sur la veste, Thierry, un des partisans du Front national venu assister au meeting pointe du doigt l’Europe, dont il aimerait bien que l’Hexagone se sépare : «  On ne veut plus payer pour l’Europe  », déclare-t-il. Une dizaine de militants frontistes veillent à la bonne tenue du meeting. La salle des fêtes Jean Lurçat revêt un nouveau décor ce mercredi soir. Marine Le Pen n’est pas présente, mais c’est tout comme. De nombreuses affiches à l’effigie de la candidate FN à la présidentielle ornent les murs et mobiliers de la grande salle. Le meeting débute, les discussions cessent quasi-immédiatement. C’est Valérie Girard, conseillère municipale FN à Mennecy, qui ouvre le bal. Debout devant son pupitre, face à un auditoire très attentif, Valérie Girard rappelle alors l’histoire de la commune étampoise, avant de céder la parole à Audrey Guibert. Cette dernière entre dans le vif du sujet. Elle ne manque pas d’énumérer un par un les derniers faits de violences recensés dans le département : commissariat attaqué, pompiers pris à partie, pompiers « caillassés », policiers victimes de jets de projectiles, «  bref la racaille s’en donne à cœur joie », finit-elle par conclure. Audrey Guibert met l’accent sur «  l’insécurité permanente  » dans laquelle vivent les Français, et notamment les Essonniens, avant d’ajouter qu’il « n’y a plus d’endroits épargnés et cette situation ne cesse de s’aggraver ». L’auditoire est toujours aussi concentré, réactif aux dires de la jeune femme pleine d’énergie. Finalement, après un discours mobilisateur et plein d’entrain donné par la militante FN, la parole est donnée à celui tant attendu par la foule présente, David Rachline. Le sénateur et maire frontiste capte immédiatement l’attention et s’autorise quelques plaisanteries, notamment au sujet de l’un des événements du jour : « Emmanuel Macron a reçu un œuf sur la tête et, contrairement à son programme, la coquille n’était pas vide ». Les rires et les applaudissements se font entendre dans l’assemblée. S’ensuit alors un discours reprenant les grandes lignes du programme de la candidate à la présidentielle, «  candidate du réel  », selon l’élu menant le meeting.

Finalement, Audrey Guibert tient à reprendre la parole, à rappeler l’objectif de leur venue à tous et se montrent très optimistes quant à l’avenir du parti : « On va gagner. Oui, Marine va devenir présidente !  », affirme-t-elle, pleine de verve.