Il y a de ça 25 ans, l’Essonne posait sa candidature pour obtenir les deuxièmes Jeux de la Francophonie. Pas moins de 2 700 participants de 45 délégations francophones différentes devaient se réunir afin de permettre à la jeunesse de partager, et notamment d’échanger leurs différentes cultures autour d’un événement sportif de grosse ampleur. Afin de les accueillir au mieux, le département de l’Essonne, par le biais du Conseil général et de son président de l’époque, Xavier Dugoin, a entrepris des rénovations ainsi que des constructions aux montants faramineux. Le fait est qu’aucune de ces constructions n’ont été utilisées à cet escient. Parmi elles, le stade Robert Bobin de Bondoufle, le Stade nautique de Mennecy, ou encore le Grand Dôme de Villebon. Vingt-trois ans après, Essonne info vous propose de faire le point sur ces trois édifices. Premier de cette série : le Grand Dôme de Villebon.

« A l’époque, ça nous apparaissait une bonne chose pour le département d’accueillir les Jeux de la Francophonie », lance Dominique Fontenaille, maire de Villebon-sur-Yvette, et élu au Conseil départemental depuis les années 80. « On en avait assez que l’on parle de l’Essonne uniquement pour ses faits divers ». C’est un discours qui devrait se répéter tout au long de cette série pour justifier toutes ces constructions. Celle-ci, débutée en 1992, orne le département depuis 1994 pour une bagatelle d’environ 10 millions d’euros. Un coût  alors entièrement assumé par le Conseil Général de l’époque, un bien directement cédé à la commune peu après la non acquisition de ces Jeux, principalement organisés à Paris. « Il n’a pas du tout été utilisé pour les Jeux, c’est un échec », regrette le maire de la commune.

Dans l’attente de l’assemblée générale

Qu’importe, désormais sur le territoire, il fallait alors en faire bon usage. Un parking est construit par la ville, et diverses manifestations y sont organisées. Sportives dans un premier temps, puis autres, avec notamment des messes, des meetings, des expositions, et autres grandes manifestations. « Il a servi à des événements majeurs, mais pas du tout à ce à quoi il était destiné », rappelle Dominique Fontenaille. « Il faut savoir que c’est une salle de sport pas comme celle de Bercy. Celle-ci n’est pas du tout équipée en matériel audio, et donc c’est très compliqué pour les spectacles ».

Résultat, en 2014 la municipalité décide de fermer le Grand Dôme. Depuis, rien, mis à part des vagues de gens du voyage qui parfois dérangent. Mais après deux ans d’inactivité, un échappatoire pourrait être trouvé dans les semaines à venir. Depuis deux ans déjà, et la mise aux enchères du Dôme, la ville cherche un repreneur. Le favori : la Fédération Française de Judo. « On a plusieurs personnes intéressées, mais on donne la priorité à la FFJ », assure le maire de la ville. « Il manque un dernier feu vert. Si ça se passe bien, au mois d’avril on pourra signer une promesse de vente ». Si le montant de la transaction n’a pas été précisé, un « prix d’ami » est évoqué

Contactée par nos soins, la Fédération française de Judo n’a pas encore confirmé cette information et ne pourra s’exprimer qu’après son assemblée générale prévue début avril. Celle-ci devrait statuer sur le sort de l’édifice de la ville essonnienne. « Avoir un porte drapeau comme la Fédé dans ce coin qui bouge beaucoup ça pourrait être un énorme plus », se réjouit discrètement Dominique Fontenaille.

Un rachat cohérent ? A priori oui si l’on se penche quelque peu sur les arguments en faveur du projet. Cette salle de 6 000 places serait assurément un plus pour la fédération de judo, elle pourrait y accueillir de grandes compétitions nationales, comme internationales. S’il pourrait prendre relativement de temps à se mettre en place, le projet serait quant à lui de construire des gymnases et des salles de sport autour du Grand Dôme pour les entraînements, ainsi que des résidences pour les professionnels, à l’instar du Centre National du Rugby de Marcoussis par exemple.

Essonne, terre de judo

« On manque de belles et de grandes salles en France. Même si c’est un peu ex-centré de Paris, cette zone est amenée à se développer », ajoute Pascal Renault, président du club de judo de Sainte-Geneviève-des-Bois depuis 24 ans, et présent aux Assemblées Générales de la FFJ de part son statut. « En plus celle-ci serait centrale. Pour nous, se déplacer en province pour des compétitions ça va encore, mais aller de province en province c’est compliqué. Demandez aux Provinciaux », ajoute-t-il. Un avantage ô combien important économiquement donc, et notamment pour la FFJ qui bénéficierait de son propre espace de compétitions.

Un rachat vraisemblablement tout aussi positif pour un département qui pullule déjà de nombreux talents. « Quand on a une salle qui accueille de grands événements près de chez soi, c’est plus facile pour les jeunes de venir assister aux compétitions. Et si on apprend beaucoup en pratiquant, on apprend aussi en regardant », détaille le président du club entré dans l’histoire en 2012 en devenant champion de France de Judo. « A chaque événement organisé au Grand Dôme, on arrivait à réunir  environ 9000 personnes », se souvient Sébastien Nolesini, directeur général du FLAM 91, et ancien directeur des sports au Conseil départemental. « C’est une belle initiative, ça permettrait de valoriser le lien fort qu’il existe entre le judo et l’Essonne ».

Avec près de 14 000 licenciés, l’Essonne se classe en effet au premier rang national en terme de résultats, avec pas moins de deux clubs régulièrement à la lutte pour le titre de champion de France. Ses sportifs les plus connus ne sont autres que David Larose (Sainte-Geneviève Sport) ou encore Loïc Korval (FLAM 91), mais d’autres, moins connus du grand public, émergent eux aussi sur la scène internationale. Pas anodin s’ils étaient 3 judokas essonniens à représenter la France lors des Jeux Olympiques à Rio l’été dernier. Mais si le plus jeune de ces derniers, Walide Khyar (FLAM 91), récent champion d’Europe, a malheureusement déçu au Brésil, nul doute qu’il est l’un de ceux qui incarnent l’avenir du judo français. « Essonne, terre de judo », c’est bel et bien le slogan du Comité départemental de Judo de l’Essonne, et ce rachat très attendu pourrait de nouveau le confirmer.