Sur la grande esplanade devant la gare ferroviaire TGV de Massy, les voyageurs vont et viennent au fil des trains qui partent et arrivent. Pourtant, un petit camion au logo amusant et surtout très girly reste immobile sur le sol fait de pavés. C’est en fait le food-truck de Ma’Mijote, qui attend patiemment l’arrivée des premiers clients. Trois hommes ouvrent le bal : « Qu’est-ce que vous voulez ce midi ? Vous savez ce qu’il y a ! », plaisante-t-elle. Véronique, 56 ans, se réjouit de voir certains de ses clients la suivre à ses différents emplacements : « Ce sont mes clients du mardi ! », lance-t-elle. Car si Véronique tente d’installer une certaine régularité, une constance dans ses rendez-vous hebdomadaire pour fidéliser les clients, elle se tient tout de même prête à toutes les éventualités : « Je m’adapte », indique-t-elle avec le sourire.

Ma’Mijote, c’est un ensemble de plats frais, faits maison et surtout un menu équilibré. Ce côté « healthy », elle l’instaure naturellement dès la préparation de ces plats, mais également lors de la vente des formules : « Depuis ma création, j’offre la bouteille d’eau car je veux que les gens mangent équilibré et qu’ils arrêtent de boire des sodas  ». Le food-truck de Véronique, les habitués le savent, c’est aussi une expérience culinaire. Si tout est fait des mains de la food-truckeuse, elle n’hésite pas à bousculer les habitudes gustatives de ses clients : « Je fais systématiquement goûter des choses aux gens qui ne connaissent pas comme mes confitures par exemple. Mon principe, c’est aussi un peu d’éduquer le palais des gens, ça doit être mon côté maman  ». Une maman aussi généreuse que structurée ! Car si Véronique se plaît à changer le menu toutes les semaines, derrière, c’est toute une organisation. Par exemple, au menu du jour, les gourmands peuvent déguster un succulent sauté de porc, dont la cuisson a été lancée la veille. Les légumes, le riz, le gratin dauphinois et le poulet, eux, ont été préparés le matin même.

Un parcours mouvementé

Ma’Mijote, c’est un menu hebdomadaire. Deux entrées, deux plats et deux desserts différents sont proposés chaque semaine : « C’était mon angoisse… J’avais peur de ne pas savoir quoi faire. Finalement, ça vient tout seul  », se réjouit-elle. Au fil des clients qui défilent devant les roues du camion, Véronique garde cette bonne humeur constante, ce sourire « contagieux ». Pourtant, les années précédentes n’auront pas été si simples. Ancienne comptable, Véronique aura occupé les bureaux de deux cabinets d’expertise comptable avant de choisir des entreprises plus conséquentes. Après quatre licenciements économiques en 10 ans, Ma’Mijote a choisi de se « tourner vers l’avenir ». Puisqu’il n’y a pas d’âge pour changer, comme elle se plaît à le dire, Véronique s’est mis en tête un projet de maison d’hôtes dans le Sud-Essonne après son dernier licenciement en novembre 2013. Déplorant le manque d’activité en soirée particulièrement durant ces jours-ci dans le sud du département, Véronique projette de cuisiner les dimanches soir et lundis soir. Elle débute alors une formation de cuisine durant plusieurs mois et dont elle ressort diplômée. C’est à ce moment-là qu’elle découvre le food-truck.

Les emplacements trouvés, le camion aménagé, le local de cuisine changé en laboratoire, Ma’Mijote commence officiellement sa nouvelle aventure en fin d’année 2015, après plus d’une année d’attente entre l’idée du projet et sa réalisation finale. Pas forcément encore très à l’aise financièrement, notamment du fait du manque d’emplacement le jeudi – jour pour lequel elle attend des réponses de la part des villes de Palaiseau et d’Evry – Véronique dit ne rien regretter : « Il faut du temps pour que ça fonctionne. Je tiendrais jusqu’au bout », affirme-t-elle. À ce jour, le food-truck vadrouille entre Orsay, Massy, Etampes et Dourdan, pour le bonheur de ses habitués et des nouveaux clients curieux !