A l’image de l’Ile-de-France plutôt urbaine, l’Essonne n’est pas toujours perçue comme une terre agricole. Et pourtant. L’agriculture représente 45% du territoire du département avec 82 367 ha de parcelles cultivables et 768 exploitations(1). Il n’est donc pas anodin de croiser chaque année à la même époque, des exploitants essonniens dans les allées de la porte de Versailles. D’autant que ces derniers n’ont pas hésité à s’adapter à l’évolution de leur profession.

Après la multiplication des réseaux AMAP sur le département, certains agriculteurs ont pris le virage des nouvelles technologies et se sont acclimatés aux nouveaux modes de consommation de leur clientèle. A Chauffour-lès-Etréchy, Edith Pigeon associe les deux. Sollicitée par le CERVIA (Centre régional de valorisation et d’innovation agricole et alimentaire) et la Chambre de l’agriculture d’Ile-de-France, elle sera au salon pour présenter son exploitation. Depuis deux ans, elle élève en plein air 3 000 poules pondeuses dont elle vend les œufs de manière originale.
En plus de la vente directe effectuée à la ferme, sur les marchés et à destination des boucheries, ses maraîchers ou encore des volaillers du secteur, elle a mis en place un distributeur d’œufs à la demande. Disponible 24h/24h, il permet aux consommateurs de s’approvisionner quand ils le souhaitent : « Les gens peuvent aussi y retirer du miel, des pommes de terre ou du jus de pomme, explique l’exploitante. L’idée est vraiment de faire venir les gens à la ferme. Et puis ça colle au rythme de vie de certains consommateurs qui passent parfois à 23h. Je crois que ça rend service à ceux qui ont des horaires décalés ».

A Chauffour-lès-Etréchy, Edith Pigeon a créé un distributeur automatique pour écouler ses produits 24/24h (DR).

A Chauffour-lès-Etréchy, Edith Pigeon a créé un distributeur automatique pour écouler ses produits 24/24h (DR).

Située derrière la ferme, à proximité de la route, la machine n’accepte pour le moment que les espèces et rend la monnaie. Elle écoule entre 1 800 et 2 000 œufs par semaine: « Le système est simple : le client choisi son numéro de casier, paie, et prend ses produits, précise Edith Pigeon. Nous réfléchissons prochainement à installer le paiement par carte  ».
Pour son premier salon de l’agriculture en tant qu’exposante, elle espère profiter de l’occasion pour échanger, faire des rencontres mais aussi de la pédagogie : « Je vais rencontrer d’autres agriculteurs et des consommateurs parisiens. Ça sera peut-être l’occasion de discuter avec un public qui a parfois des aprioris sur la ruralité et sur nos modes de production  ».

Favoriser une production locale et éco-responsable



Quelques kilomètres plus à l’Ouest, à Corbreuse près de Dourdan, Ludovic Joiris a lui aussi privilégié le circuit court pour s’adapter à la demande. Tout en misant sur une agriculture éco-responsable. Propriétaire de l’Huilerie de l’Orme Creux créée en 2009, il produit de l’huile de lin industrielle et alimentaire, riche en oméga 3 : « Je fais aussi du savon noir mou et liquide, ainsi que de la farine sans gluten  », confie-t-il.
A l’image d’Edith Pigeon, il exposera cette année pour la première fois porte de Versailles, avec un stand de 6m2 sur lequel les visiteurs pourront venir découvrir et acheter ses produits : « C’est aussi une façon pour nous de valoriser le modèle direct producteur-consommateur et l’agriculture de conservation des sols, poursuit l’agriculteur. Ça garantit la transparence de fabrication et la traçabilité des produits ».

Son huilerie artisanale s’appuie en effet sur une exploitation agricole qui s’étend sur 30 km autour de Corbreuse et rassemble ainsi au même endroit la production, la transformation et la vente. Sans oublier la lutte contre le réchauffement climatique et l’appauvrissement des sols : « Nous vendons aussi sur internet partout en France, mais l’idée de l’agriculture de conservation est de retrouver la fertilité naturelle du sol par l’augmentation de la matière organique  », ajoute l’agriculteur. Comprenez aucune perturbation des sols et un maximum de culture sur l’exploitation pour que les parcelles ne soient jamais à nu, même l’hiver.
Après la moisson, le couvert végétal est donc laissé sur la culture de façon à ce qu’il se dégrade naturellement et vienne enrichir le sol et sa microfaune : « C’est une méthode pleine de bon sens qui évite le recours massif aux produits phytosanitaires et qui permet de capter un maximum de CO2, s’enthousiasme Ludovic Joiris. La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture ndlr) l’a d’ailleurs qualifié de méthode la mieux à même de nourrir les générations futures, tout en préservant les cultures et l’environnement ».

Sur son exploitation de Corbreuse, Ludovic Joiris produit, transforme et vend de l'huile de lin industrielle et alimentaire (DR).

Sur son exploitation de Corbreuse, Ludovic Joiris produit, transforme et vend de l’huile de lin industrielle et alimentaire (DR).

Toujours dans le secteur céréalier, la diversification apporte aussi son lot de progrès. Et les agriculteurs essonniens innovent par leur choix de culture. Il y a presque 5 ans, Nicolas Dufour s’est par exemple lancé dans la récolte du chanvre en complément de ses cultures céréalières. Associé à six autres agriculteurs, il alimente ainsi, du côté de Champmotteux, une filière locale destinée au secteur de l’habitat responsable. De quoi joindre l’agricole à l’industriel.

Les innovations technologiques ont le vent en poupe



Autre transformation de la profession, et pas des moindres : la numérisation et la robotisation agricole. Cette dernière devrait générer en 2024 un chiffre d’affaire mondial de 73,9 milliards de dollars contre seulement 3 milliards en 2015(2). A tel point que certains n’hésitent pas à parler de « 3e révolution agricole ».
Rien que pour internet, les chiffres parlent d’eux même : 79% des agriculteurs utilisent le web 2.0, soit plus que la moyenne française(3). Et ce, dans une proportion importante dans le cadre de leur travail. Lorsqu’on regarde les contenus consultés au moins une fois par semaine, les données d’exploitation représentent 40%. Sur le terrain, 46% des exploitants français étaient équipés de GPS en 2013(4). Et là encore, l’Essonne ne fait pas exception.

Installé à Boutigny-sur-Essonne, Nicolas Hottin a par exemple installé un GPS embarqué sur son tracteur de manière à guider automatiquement sa machine. Associé à d’autres technologies, cette technique permet au céréalier de gagner du temps dans un quotidien toujours plus rempli.

A l'image de ce drone présenté il y quelques années au salon de l'agriculture, les exploitants essonniens ont de plus en plus recours aux nouvelles technologies (MB/EI).

A l’image de ce drone présenté il y quelques années au salon de l’agriculture, les exploitants essonniens ont de plus en plus recours aux nouvelles technologies (MB/EI).

Près d’Etampes, Christophe Vincent a lui préféré prendre de la hauteur. Depuis deux ans, il utilise un drone pour survoler ses champs de blé et de colza, situés sur la commune de Morigny-Champigny. Les données récoltées servent ensuite à cibler les parcelles qui ont besoin d’être traitées : « Il y a un réel avantage au niveau environnemental, les zones d’application d’azote sont nettement plus précises  », se réjouit l’agriculteur, qui espère maintenant pourvoir utiliser les données récoltées par son drone pour le désherbage.

Si Christophe Vincent ne sera pas sur le salon cette année, ses collègues Edith Pigeon, Nicolas Hottin, Ludovic Joiris ou encore ceux de l’Herbier de Milly-la-Forêt seront eux bien présents la semaine prochaine, porte de Versailles, à l’occasion de l’édition 2017 du salon de l’agriculture. L’occasion de représenter le département de l’Essonne mais surtout l’avenir de l’agriculture française.

(1) Chiffres de la chambre d’agriculture d’Ile-de-France
(2) Source : Agence Tractica
(3) Source: Alim’Agri-Les défis de l’agriculture connectée dans une société numérique / Renaissance numérique nov 2015
(4) Source : Rapport agriculture Innovation 2025