A bord du bus des supporters ce samedi 7 janvier dès l’aube, l’ambiance est bon enfant. Les jeunes campent au fond du bus pendant que dirigeants et parents investissent l’avant du véhicule. Direction Le Poiré-sur-Vie pour un 32e de finale de France historique pour l’ES Viry-Châtillon. Après deux bonnes heures de route, c’est le moment de lancer les paris. Laquelle de ces deux équipes accédera aux 16 de finale de la compétition ? Un maillot de la Côte d’Ivoire en guise d’appât, tous s’adonnent à ce petit jeu. Et, excepté deux supporters, tous sont optimistes sur les chances de qualification de leur équipe.

L’enquête est ouverte

Qui aurait pourtant cru qu’un mois et demi plus tard, et une décevante élimination trois buts à un, une histoire de paris ferait les gros titres autour de cette rencontre ? Il ne s’agit bien évidemment pas de l’amusante qui s’est déroulée dans ce fameux bus, mais plutôt de celle qui aurait eu lieu en coulisses dans les jours précédant ce 32e de finale. C’est le très pointilleux journal Mediapart qui révélait ces soupçons dans son édition du 20 février. « Des joueurs de Viry sont soupçonnés d’avoir parié sur leur propre défaite », lance le journal dans l’en-tête de son article.

Les raisons de ces soupçons ? « La Française des Jeux (FDJ) nous a alerté sur l’atypisme des paris de cette rencontre, avec plus de 80% des paris sur la victoire du Poiré-Vendée qui n’était pas vraiment favorite », explique Eric Bérot, chef de la division judiciaire du Service Central des Courses et des Jeux (SCCJ), service faisant partie intégrante d’une plate-forme nationale de lutte contre la corruption sportive. « Le volume de paris était plus important que le volume de paris habituel pour ce type de match. En fonction de tout ça, on a décidé d’ouvrir une enquête », détaille-t-il ensuite à Essonne Info.

Deux semaines après l’ouverture de l’enquête, le flou règne toujours autour de cette sombre affaire. Si Le Parisien semble s’être déjà assuré de la culpabilité de certains joueurs de l’ES Viry Chatillon, la justice n’a, elle, pas encore tranché. Le coach castelvirois non plus, lui qui avait donné une deadline à ses joueurs pour se dénoncer. « Honnêtement, je doute que ce soit vrai », s’étonne toujours Walid Aïchou. « Aujourd’hui je n’ai pas de nom. Si des fautes ont été commises par mes joueurs, ce sont des excellents comédiens », poursuit-il tout en assurant l’innocence de son staff à 400%.

Quelles seraient les sanctions ?

A la peine en championnat après une première partie de saison bien plus que délicate, l’ES Viry Châtillon n’avait assurément pas besoin qu’une telle affaire viennent perturber ses troupes. Le coach castelvirois assure néanmoins que son groupe va bien, la lenteur de la justice devrait pouvoir lui permettre de se battre jusqu’au bout pour le maintien. Les Essonniens ne sont pas pour autant sortis d’affaire, et pourraient payer les frais de ces, jusqu’alors, supposés paris. « Je ne pense pas qu’il y ait des sanctions pour le club », réagit Walid Aïchour. Contactée par téléphone, la Fédération Française de Football dit ne pas encore avoir eu à faire à ce genre de désagrément. « Je ne pense pas que la FFF puisse faire quoique ce soit », ajoute l’organisme.

En cas de sanctions, celles-ci devraient donc être individuelles. De la part du club dans un premier temps : « Si c’était le cas, je ne comprendrais pas. Moralement, ça ne se fait pas. Mais quels que soient les joueurs, le minimum c’est qu’ils soient virés sur le champs », lance le coach, remonté contre les propos parus dans Le Parisien. Du côté du SCCJ, le doute plane encore sur l’ampleur de ces sanctions. « Notre plate-forme est jeune, elle est vraiment effective depuis l’Euro 2016″, précise Eric Bérot. « Ce seraient des peines classiques de l’escroquerie, c’est un peu comme l’affaire Karabatic », compare-t-il alors que Nikola et Luka ont écopé de deux mois de prison avec sursis ainsi que 10 000 euros d’amende… 5 ans après les faits.

Et si le FC Fleury 91 est souvent associé à la prison de sa ville, le club de Viry-Châtillon devra désormais faire avec cette affaire. « Forcément ça salit l’image du club, des joueurs, du staff, et de la ville. Ce sont des choses qui restent, qui marquent », regrette Walid Aïchou. Jean-Marie Vilain, maire de la ville, attend lui aussi des réponses. « Si c’est vrai, c’est scandaleux », lâche-t-il avant de relativiser. « Mais la ville, ce n’est pas que ça. Le sport à Viry c’est aussi le hockey. Viry c’est très majoritairement des gens honnêtes, des gens qui tentent de faire vivre la ville de façon positive », conclut-il en insistant sur le dévouement « énorme » des bénévoles au sein du club de foot. Maintien ? Sanctions ? Ne reste plus qu’à attendre.