Le groupement d’universités et de grandes écoles en constitution autour du Plateau de Saclay a du plomb dans l’aile, au moment où la Cour des comptes vient de passer au peigne fin l’ensemble du projet académique et scientifique, d’amenagement et de développement economique (lire notre article).

Cette Comue – Communauté d’universités et d’établissements – telle que conçue dans le cadre de la loi Fioraso regroupe 18 structures, écoles, universités et centres de recherche. Elle a pris le nom d’Université Paris-Saclay – UPsy – au 1er janvier 2015. L’Etat y a déjà mobilisé plusieurs centaines de millions d’euros, et cette université hybride accorde désormais 80% de ses masters sous ce label. Si la recherche se structure à travers les écoles doctorales communes, deux modèles d’enseignement supérieur français s’y affrontent. Les tensions se cristallisent en effet entre les universités et certaines grandes écoles sur le modèle de gourvenance de l’ensemble ainsi que sur les mutualisations des services et ressources de chacun.

C’est pour ce manque de cohérence et de vision partagée que le projet Paris-Saclay s’est vu retoqué par le jury international de l’Idex l’an dernier, qui doit ouvrir la voie à une nouvelle phase de financement de l’Etat dans son programme des Investissements d’avenir. L’UPsy s’est vue cependant accorder une période de 18 mois de sursis pour redresser la barre et présenter un projet plus cohérent et intégrant les établissements (lire notre article).

Où va Paris-Saclay ?

Les discussions se sont poursuivies depuis lors, sous la houlette du président de l’UPsy Gilles Bloch, en lien avec les instances ministérielles. Cela a abouti courant décembre, avec le vote par le parlement d’un statut sur-mesure pour l’université Paris-Saclay, dans le cadre d’un amendement à la loi sur le Grand Paris. « C’est une modification portée par le gouvernement à la loi, qui va permettre d’expérimenter des formes universitaires innovantes » explique Thierry Mandon, le secrétaire d’Etat chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche, à Essonne Info. Selon lui, ce statut transitoire qui doit prendre la suite de l’actuelle Comue, permettra de « redynamiser » le projet Saclay : « Si certains, comme Polytechnique ne souhaitaient pas aller plus loin, d’autres voulaient approfondir les coopérations. On accepte ainsi qu’un cercle avance plus vite que l’autre, mais à condition qu’il n’y est pas une barricade entre les deux ».

Dans le détail, en vue des prochaines échéances, en premier lieu desquels l’Idex qui doit ouvrir les futurs financements de l’UPsy, tout le monde ne sera pas de la partie, à en croire le ministre : « effectivement l’X ne pilotera pas l’Idex, par contre l’PSud, CentraleSupelec, le CNRS, le CEA sont prêts à aller beaucoup plus loin, on les encouragera donc à porter l’Idex ». Une sorte de groupement resserré comprenant une quinzaine d’établissements membres qui veulent avancer se dessine donc, et c’est pour cela selon Thierry Mandon « qu’il y a besoin de deux vitesses dans le projet. Cela fera avancer les universités et les grandes écoles, même ceux qui ne sont pas dans le noyau, ils pourront coopérer de manière bilatérale ». Polytechnique se satisfait en effet de la situation actuelle de coopérations scientifiques et préfère approfondir ses relations de manière individuelle avec les autres établissements d’enseignement supérieur de l’UPsy (récemment avec Evry), mais ne pas aller plus loin dans le processus de fusion.

Pour sa part, Gilles Bloch, le président de l’université Paris-Saclay, développe le concept d’un modèle hybride d’organisation entre les universités, écoles et instituts de recherche qui se lancent dans l’aventure. Il s’en explique dans un entretien à Essonne Info (à lire en entier ici) : « L’idée est que nous soyons prêts, dans deux ans maximum, à faire une bascule importante. D’avoir alors une structure englobant les différents établissements existants, puis de pouvoir en ajouter d’autres quelques années après. Il s’agit d’être ouvert, d’agréger, car notre force est cette réalité géographique. Les établissements ont tous vocation à terme à venir s’intégrer, même ceux qui rechignent actuellement. Nous voulons leur donner envie de nous rejoindre. »

Evry s’agrège

La poursuite du projet et le processus d’intégration inquiètent cependant chez les personnels des différents établissements et centres de recherche du Plateau. Ce « regroupement à marche forcée » comme l’appellent plusieurs syndicats, fait craindre aux personnels une plus grande précarité, une détérioration des conditions de travail et une remise en cause de leur statut. Pour Cyril Girardin, représentant CGT à l’INRA, « les fusions d’établissements en province dans les Comue n’augurent rien de bon, alors que nous avons déjà un problème de récurrence des crédits dans les établissements de recherche. Il y a une vraie question sur le statut des personnels, et l’organisation de leur travail, nous avons besoin de conserver notre hiérarchie et notre tutelle, qu’il y ait une cohérence dans les orientations scientifiques et pas des bulles dans chaque région, déconnectées les unes des autres ».

L’évocation des sommes allouées au projet Paris-Saclay choque ce syndicaliste, qui parle de « bascule de moyens » et de déménagements « coûteux pour un travail à moyens contants » pour les instituts de recherche et écoles, alors « qu’on ne laisse que des miettes aux autres labos en régions et qu’on embauche des contractuels qui restent précaires jusqu’à 35 ans ». Ces débats ne manqueront pas de parcourir les 18 établissements du Plateau, qui seront d’ailleurs très bientôt rejoints par le campus d’Evry, qui va officiellement devenir membre à part entière de Paris-Saclay (lire notre article). Un avenir très Essonnien se dessine donc, dans le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ce modèle de structure universitaire hybride, première du genre en France, fera référence pour le reste du pays.. ou bien contre-exemple.