D’abord on se gare. Et puis voilà que ces fameux trottoirs surélevés nous rappellent des souvenirs. Le panneau indiquant la salle à l’entrée de la rue Rory Gallagher – du nom du célèbre chanteur et guitariste qui donna son dernier concert dans la salle – a disparu. Les poteaux qui supportaient autrefois les affiches sont toujours là, ornés pour certains d’affiches des salles avoisinantes.

Le site qui semblait jusque là abandonné semble pourtant revivre, en ce samedi après-midi d’hiver, avec l’appel à coup de main lancé par la Fabrique à neuf. L’association spécialisée dans le réemploi des objets s’installe pour quelques mois au sein de l’ancien Plan, et elle déblaye ce jour là l’ex-salle de concert en vue de la venue prochaine de son matériel et son stock.

Le lieu est figé depuis juin 2014, des tonnes de déchets et de gravats sont à ramasser, tous les recoins à nettoyer, avant de voir ce lieu considéré pour beaucoup comme mythique, rouvrir une fois par semaine ses portes de février à juin prochain*. A l’intérieur, le temps semble s’être arrêté. Aux murs de la salle de concert, les prix des bières est toujours affiché. De petites mains s’affairent pour vider les poubelles et tout ce qui traine, frottent les bois du bar.

Du côté des grandes loges, rien n’a bougé non plus. On imagine les derniers artistes qui se sont produits sur la scène de l’ancien Plan décompresser après le show. « On a même récupéré une bouteille de vodka vide qui devait dater du concert de clôture » rigole-t-on chez les bénévoles du jour. Les affiches placardées sur tous les coins de murs disponibles rappellent la multitude et la diversité des groupes passés par ici, tout comme les nombreuses fresques et dessins laissés là en héritage.

« Pour un contact avec le peuple, c’est par là » dit sur le couloir menant des loges à la salle, un grand dessin de Vuillemin, une autre affichette précise aux artistes, en Anglais dans le texte : « No glass on stage or in the hall ». De nombreuses oeuvres couvrent les murs de la salle, celles que les spectateurs connaissaient, comme les fameux dessins de Vuillemin qui décorent toujours le resto, mais aussi d’autres, dans les loges et backstage, eux aussi bien fournis.

Quelques curieux profitent de la réouverture exceptionnelle du lieu, deux ans et demi après sa fermeture, pour passer la tête et voir ce qu’est devenu le site. Comme cette ancienne salariée, « pendant 15 ans », d’abord en insertion, puis comme permanente dans les années 90, qui profite de l’occasion pour amener son ado sur les traces de la jeunesse de sa mère, et retrouve même des photos de l’époque, une larme à l’oeil.

Parmi les bénévoles, des soutiens de la Fabrique à neuf, et aussi quelques voisins. Fabrice est Rissois, et l’occasion était trop belle pour lui : « ça nous permet de redécouvrir ce lieu magique » sourit-il, en finissant de déblayer des affaires. L’électricité a été rebranchée il y a quelques jours, et il a semblé aux premiers visiteurs que le lieu avait été visité quelques semaines auparavant, « ça devait arriver, un site comme celui-là, aussi longtemps vide ». Mais pas de dégâts apparents, et surtout, l’huile de coude et les compétences de chacun doivent permettre de remettre en état l’ancienne salle de concert.

Côté resto, tout a aussi été vidé, que ce soit derrière le bar ou bien dans la cuisine. Plus de machine à café, plus de verre ni de tireuse à bière, plus de fours ni de frigos. Seuls restent dans les réserves sèches quelques sacs de gros sel. Un vieux frigo abandonné dans ce qui servait autrefois de chambre froide. Il plane une odeur de nettoyant de sol. Quelques cigarettes fumées par quelques vieux habitués, qui semblent pour beaucoup habités par le lieu.

L’association la Fabrique à neuf animera le lieu ces 6 prochains mois, en ouvrant au public le samedi pour exposer et vendre ce qu’elle propose : ameublement, vêtements, jeux et jouets, livres, vaisselle… Avant de rejoindre ses nouveaux locaux sur les Docks de Ris. « Ensuite l’ancien Plan doit être rasé pour faire une extension du lycée » précise Philippe Fauriant, président de l’association. Le bar sera géré à chaque ouverture par l’association Entr’ailes de Corbeil.

  • Réouverture-inauguration ce vendredi 3 février à partir de 19h, avec concert acoustique
  • *Puis le lieu sera ouvert tous les samedis de 10h à 18h pour le dépôt-vente de la Fabrique à neuf de Ris-Orangis