Il est 20h30, mercredi soir, et le conseil municipal commence plutôt normalement. L’opposition intervient sur quelques sujets – rénovation de la maison du citoyen, PLU, logements sociaux, crèches -, étrillant la politique de la maire Christine Rodier (LR). Et le 5e adjoint, Julien Dumaine, présent ce soir-là après deux mois d’absence, prend lui aussi plusieurs fois la parole, allant à l’encontre de la majorité à laquelle il appartient. Par exemple, pour se positionner contre une délibération sur des futures constructions de logements sociaux. Le ton est donné.

Lors du point suivant, le conseil municipal est amené à se prononcer pour ou contre le maintien de ce même Julien Dumaine au poste de 5e adjoint chargé de la vie quotidienne, de la voirie, du développement Urbain, de l’hygiène et de la sécurité. Contexte : après le décès d’Antoine Guiseppone (bras droit de Christine Rodier), c’est Guénaël L’Helguen, petit-fils de l’ancien maire de la ville René L’Helguen, qui est nommé premier adjoint. Julien Dumaine, bien que numéro 2 sur la liste majoritaire lors des dernières élections, ne sera pas pressenti. Les camps commencent alors à se former dans une majorité déjà fragilisée par de nombreux désaccords internes. Julien Dumaine s’est en effet porté démissionnaire au Conseil départemental il y a quelques semaines, où il travaillait pour le groupe « Tenir nos engagements ». Groupe dans lequel il collaborait pour trois élus qui avaient pris leurs distances avec la majorité départementale, dont Georges Tron et une certaine Christine Rodier.

« Chacun aura compris que je ne soutiens plus la politique de Madame le maire. Je vous invite à vous prononcer contre mon maintien », exprime le jeune adjoint quelques instants avant le vote à l’assemblée. Dans ce même discours, il évoque aussi « la campagne de calomnie » dont il se dit victime et fustige ceux qui l’ont « fait passer pour un charognard ». En revanche, et pour répondre aux « rumeurs » sur son absence, l’élu l’assure : il ne s’est «  jamais senti aussi bien ». « Je reprends ma liberté, ma liberté d’expression, lance-t-il. Mon seul regret : ne pas m’être insurgé plus tôt contre certaines pratiques ». Suite à cette déclaration, Julien Dumaine annonce la création d’un groupe politique indépendant, « Athis-Mons Espoir et liberté ». Un groupe dissident, « dans le respect des engagements de campagne et de l’intérêt général ».

Ce vote donc, fait à bulletins secrets à la demande de l’opposition, donne sans grande surprise un résultat sans appel : Julien Dumaine n’est pas maintenu à ses fonctions et se voit retirer ses délégations.

L’ancien 5e adjoint se fait élire à la Métropole du Grand Paris

Ce coup d’éclat n’est pas le seul coup de théâtre de la soirée. Ce même soir au conseil municipal, on vote aussi pour celui ou celle qui représentera Athis à la Métropole du Grand Paris. La disparition d’Antoine Guiseppone, qui occupait cette fonction, enclenche en effet une nouvelle élection. C’est Christine Rodier qui annonce logiquement sa candidature à ce poste. L’opposition annonce son soutien à l’édile. Peine perdue : Julien Dumaine s’y présente aussi, arguant qu’il « aura l’avantage d’être disponible, vu la fin de mes fonctions ». « C’est une période très intéressante, et le suivi des dossiers sur certaines questions me paraît indispensable. » Des applaudissements se font entendre, entrecoupés de « traître ! » dans le public. Ambiance.

Les votes sont très serrés, et finalement, c’est Julien Dumaine qui l’emporte… à 16 voix contre 15. Avec ce mandat, il représentera aussi la ville au sein de l’Etablissement public territorial (EPT) Grand-Orly Seine Bièvre (agglo à laquelle appartient la commune).

La mairie d'Athis. Rien ne va plus entre les membres de la majorité athégienne. (MH/EI)

La mairie d’Athis. Rien ne va plus entre les membres de la majorité athégienne. (MH/EI)

« Je n’ai aucun problème avec le premier adjoint »

Coup dur pour Christine Rodier, qui par ce vote a été mise en difficulté par sa propre majorité. L’élue dénonce, dans le Parisien : « [Julien Dumaine] n’a jamais apporté de critique, mais il le fait aujourd’hui, et alors que nous sommes tous encore dans une période de deuil ». Elle pointe aussi du doigt « la sordide démarche personnelle d’un garçon sans valeur. »

La majorité de Christine Rodier semble avoir du plomb dans l’aile. Reste maintenant à savoir ce que cela va donner lors des prochains conseils municipaux.

« Les élus de ce groupe (Athis-Mons Espoir et liberté, donc) souhaitent ne pas jouer un rôle d’apparat. On a dit que c’était par jalousie, non, je n’ai aucun problème avec le premier adjoint (Guénaël L’Helguen, ndlr) », explique Julien Dumaine à la fin du conseil. S’il ne dévoile pas encore les noms des conseillers municipaux qui l’ont rejoint dans sa démarche, il confie avoir le soutien d’un des adjoints au maire. Quand on lui demande s’il brigue d’autres mandats à l’avenir, le jeune homme indique « ne rien exclure ».
Triste conclusion, en tout cas, pour les Athégiens avec qui nous discutons à la fin de la séance. « C’est pour ça que les gens sont dégoûtés de la politique », soupire une habitante.

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