Au bout de la Cité de l’air à Athis-Mons, les avions partent et arrivent. Derrière les grillages d’un terrain de foot, se trouvent les pistes d’Orly. En ce soir de janvier, le temps est gris et froid. De longs bâtiments bordent la route, sans aucun grillage. Une fillette met un pied dehors, puis le rentre bien vite.

C’est ici, dans ces bâtisses délabrées, que précisément 11 familles syriennes (et une vingtaine d’enfants) ont élu domicile depuis quelques semaines. La dernière d’entre elles est arrivée en janvier. Avant l’installation à Athis, il y en a eu, du chemin de fait. Si l’une de ces familles est originaire d’Alep, la plupart sont issues de la banlieue de Damas, qu’elles ont quitté en 2013. Passés par l’Algérie, l’Espagne, le Maroc ou même la Suède, les réfugiés syriens d’Athis ont fui les bombardements, comme tant d’autres depuis le début de la guerre. Si les papiers accordant le statut de réfugié sont arrivés, la route est encore longue pour retrouver une vie normale.

Et aux complications du quotidien se mêlent les questions de santé et de prise en charge sociale, pour les adultes comme pour les enfants. Une petite fille est née en cette mi-janvier à l’hôpital de Longjumeau.

La solidarité s’est organisée à Athis

Ce jour-là, dans l’une des maisons de fortune sans meubles, trois mères de familles sont réunies. Dans chaque pièce, leurs enfants jouent avec des jouets apportés par des bénévoles. Peluches, petites voitures et poupées s’étalent sur le sol.

Samira et Anne-Marie, juvisiennes, font partie des bénévoles qui apportent au quotidien couches, jouets, vêtements et matériel. Elles se joignent à la conversation. Autour de la pièce, assises en tailleur à même le sol, les femmes syriennes ont entrepris de raconter leur périple autour d’une tasse de thé à la menthe. « On espère que nos enfants puissent avoir une belle vie, aller à l’école », commence Amal* très simplement. Une scolarité en France est l’occasion, pour ses cinq enfants, de perpétuer leur apprentissage du français, entamé lors de leur passage en Algérie. « Mais avant cela, il leur a fallu trouver le réseau des aidants, indique Anne-Marie. Cette médecin de Vigneux passe régulièrement voir les familles et centralise les dons auprès des habitants du coin. «  Ça a permis de récupérer du matériel comme du chauffage, des couches, des serviettes hygiéniques… ». « Grâce aux associations, on a de l’aide pour l’alimentaire, des couvertures… de quoi démarrer », poursuit Amal. « Et le soutien des habitants d’ici, qui passent de temps en temps, précise Samira. Il y a quand même une solidarité. Dans leur pays, l’administration n’est pas aussi compliquée qu’en France, explique-t-elle. Ils n’y arriveraient pas sans aide. » 

« Je ne veux pas sacrifier mes enfants pour un peu d’affection pour mon pays »

Nous sommes en 2013, près de Damas. La famille d’Amal est encerclée entre deux fronts. « Ensuite, il y a eu une trêve, se souvient Amal. Nous avons été évacués par l’ONU.  Après nous sommes passés par le Liban, dans un grand campement, l’Egypte puis l’Algérie. » Lorsqu’on demande à Amal si elle compte un jour revenir en Syrie, sa réponse est claire : « Je ne veux pas sacrifier mes enfants pour un peu d’affection pour mon pays ». Même avis pour Yasmine*, qui a aussi emmené ses enfants loin des bombes : « Là-bas, tout est détruit. J’imagine les conséquences sur les enfants », déplore la jeune femme.

Deux des enfants en question se joignent à la discussion, souhaitant pratiquer un peu leur français. Le timide Younès*, le fils de Yasmine, explique qu’il « veut être prof ». Youssef*, une dizaine d’années et un français très correct, a bien plus d’assurance quand il parle. Son rêve ? Devenir « un grand chimiste ».

* Les prénoms ont été changés.