Sombres, gluants, la peau recouverte de pustules, sur le papier ça ne fait pas rêver ! Pourtant, les crapauds sont essentiels à la biodiversité, à l’agriculture et pour la chaîne alimentaire. Certaines communes d’Essonne sont particulièrement fournies de ces amphibiens comme Dourdan, Marcoussis ou encore Ormoy-la-Rivière. Cela pose quelques problèmes : les crapauds traversent les routes et se font écraser, ce qui représente chaque année une perte de plusieurs milliers de crapauds. Le collectif SOS Crapauds a donc décidé de résoudre le problème, ou du moins le réduire. Trois associations font partie du collectif : CPN/LPO Val de Juin, AINVO et les Bédégars. Depuis 7 ans elles œuvrent pour sauver ces amphibiens et depuis deux ans, le Conseil départemental du 91 les soutient activement, même si depuis le début il fournissait le matériel. Un bénévole habitué se souvient que lorsqu’il a commencé il y a dix ans, « on y allait à la main pour ramasser les crapauds, avec nos lampes frontales, c’était pas facile surtout sous la pluie ». Les moyens sont tout autres aujourd’hui ! Pelles, seaux, bâches, gants, gilets jaunes, rien n’est laissé au hasard… Mais certains bénévoles en ont ras-le-bol de « faire le travail des services publics, je ne vais pas faire ça toute ma vie » ! Le maire de la commune adhère pourtant totalement au projet. Un vrai soutien pour les associations.

Ce samedi 28 janvier à 10 heures, l’équipe est déjà devant la mairie, gilets jaunes sur le dos. Les présidents des trois associations sont là pour encadrer l’opération. Les agents du Conseil départemental sont présents pour expliquer le fonctionnement du dispositif aux nouveaux bénévoles. Ils sont plus de 70 à s’être inscrits cette année, un nombre satisfaisant mais pas de trop car c’est un long travail qui s’étend sur 1 km : 500 m aller, 500 m retour. Catherine de SOS Crapauds est ravie : « Cette année, nous avons eu beaucoup de nouveaux. Il y a un bon turnover. » Les bénévoles viennent des associations ou autre comme nous explique Patrice Raveneau, le président de l’association les bédégars, « maintenant c’est un chantier officiel. Ça nous amène plus de monde, on a des gens qui viennent par la plateforme « j’agis pour la nature » de la fondation Nicolas Hulot qui permet aux bénévoles de trouver des chantiers et vice versa » . Tous en marche vers la rue des Carnaux, ils s’activent tous.

« Tous les amphibiens sont en voie de disparition »

Les crapauds vivent dans la forêt et ils vont se reproduire dans l’étang, derrière la route et ensuite ils remontent. Une route plutôt étroite à double sens très dangereuse pour les amphibiens. Patrice Raveneau indique « qu’ils ont donc une chance de se faire écraser à l’aller et une chance au retour. Ils sont amoureux à la Saint-Valentin, ils remontent après, jusqu’à mi-mars ». Une longue période donc, qui nécessite une grosse organisation. Tous les dix mètres, un seau : 70 en tout. Les bénévoles creusent des tranchées de 10cm de profondeur pour y planter la bâche légèrement inclinée, de sorte que le crapaud tombe dans le seau. Une action essentielle pour Daniel Prugne, le président d’AINVO, qui explique : « Tous les amphibiens sont en voie de disparition et si on ne fait pas de barrières à crapauds il n’y en aura plus. Ce sera une grosse perte pour la biodiversité. On va devoir faire ça pendant des siècles car il n’y a pas de moyens pour construire de vraies installations comme à Dourdan ». En effet, à Dourdan, des murets sont construits  et des buses ont été installées en perçant des trous sous la route. Mais cela coûterait plus de 300 000 euros et la situation de la route ne le permet pas.

Après l’installation, le travail est loin d’être fini ! Depuis dimanche, deux bénévoles viennent chaque matin ramasser les seaux et libérer les crapauds. Il faut 1h30 pour tout ramasser, et certains matins on peut trouver 235 crapauds dans les seaux.

Pour en savoir plus sur la mise en place du dispositif, regardez notre vidéo ci-dessous :