« Qui va être assez fou pour se casser les dents ici ? » Ces mots lancés par un élu de la huitième circonscription de l’Essonne, peu sont ceux qui les prononcent, mais beaucoup sont ceux qui les pensent. En effet, alors que dans la quasi-totalité des circonscriptions du département, les différents camps politiques s’activent et placent peu à peu leurs pions, ce n’est pas forcément le cas du côté de cette fameuse huitième circonscription. Pour tout dire, les déclarations de candidatures sur cette partie de l’Essonne se font rares, très rares même. Qu’est-ce qui peut freiner les ardeurs des grands partis sur ce secteur regroupant les communes de Brunoy, Crosne, Montgeron, Vigneux-sur-Seine et Yerres ? Il semblerait bien que l’on puisse trouver des éléments de réponse avec le député sortant. Car ce dernier n’est autre que Nicolas Dupont-Aignan.

« La huitième, c’est son fief », précisait il y a peu un cacique de droite. Depuis son élection le 1er juin 1997, l’homme n’a jamais perdu son siège à l’Assemblée nationale. Celui-ci ne cesse de poursuivre son implantation sur ce territoire. Elu de justesse avec 50% des voix en 1997 après avoir fait basculer la circo de gauche à droite, il est ensuite réélu deux fois de suite au premier tour réunissant 54,34% des voix en 2002 face à 14 candidats et plus de 57% en 2007. En 2012 enfin, il doit passer par un second tour dans un contexte moins favorable aux formations politiques de droite suite à l’élection de François Hollande et de la fameuse « vague rose ». Opposé à la socialiste Aude Bristot, NDA l’emporte avec plus de 60% des suffrages. Bref, peu importe le contexte, Nicolas Dupont-Aignan semble indétrônable dans l’esprit de quelques cadres de partis, de gauche comme de droite.

PS et LR ne se mouillent pas pour le moment

Car oui, pour l’instant le président de Debout la France ne possède pas encore de challengers officiellement investis par Les Républicains et le Parti socialiste. « Ce territoire fait pour le moment partie des circonscriptions gelées », confirmait il y a peu Michel Pouzol, le député socialiste de la 3ème circonscription (Brétigny-Dourdan) candidat à sa propre succession. « Nous continuons les négociations à ce sujet pour savoir qui pourrait être investi, lance le député. Quoi qu’il en soit, la tâche sera très compliquée pour celui que nous soutiendrons ». Du côté de la fédération du PS, on confirme qu’une candidature est dans les cartons, mais il faut encore qu’elle passe en commission avant d’être officialisée d’ici la mi-février.

Même discours ou presque du côté de la droite. En 2012, l’ancien maire de Brunoy Laurent Béteille s’y était collé pour un maigre résultat (9,52%). Mais cette année, aucun des maires concernés (Vigneux, Montgeron, Brunoy, Crosne) n’a montré l’envie de se présenter, ce qui laisse dire à certains que LR pourrait ménager le candidat de Debout la France à la présidentielle. « Sûrement pas, c’est totalement faux », s’empresse alors de démentir Nicolas Dupont-Aignan, qui ne souhaite pas encore s’étendre sur le sujet des législatives pour le moment. « Ce n’est pas le débat pour l’instant, déclarait le député-maire de Yerres en marge de ses vœux à la population samedi 21 janvier. Nous parlerons de tout cela après la campagne de la présidentielle », garantit ce dernier, également en course pour le scrutin du 23 avril prochain.

Une circo laissée aux partenaires ?

Si LR et le PS n’ont pas encore tranché, c’est peut-être parce que cette circonscription jugée par beaucoup comme « ingagnable » pourrait être réservée aux partenaires de ces partis. « Les partenaires sont dans la boucle des négociations », confirmait Michel Pouzol. Car pour le moment, quelques formations politiques ont investi des candidats sur cette circonscription. Christophe Joseph et Daphné Ract-Madoux détiennent respectivement les investitures du MRC et du MoDem. Mais bien qu’investie, leur candidature n’a rien de concret pour le moment. « Il est encore trop tôt pour y voir plus clair », soufflait le conseiller municipal d’opposition de Montgeron.

C’est finalement au centre droit, que cela bouge en cette fin janvier. Et c’est Irvin Bida (UDI) qui se lance une fois encore dans la fosse aux lions. « Ma candidature a été officialisée récemment », explique celui qui désire incarner une « candidature jeune et dynamique ». Candidat malheureux avec Valérie Ragot lors des dernières élections départementales en mars 2015 sur le canton de Yerres, ceux-ci alors soutenus par l’UDI, l’UMP et le MoDem n’avaient obtenu que 13,05% des suffrages face au duo adoubé par NDA. Pas de quoi impressionner et décourager le jeune homme de 30 ans. « Je veux porter des valeurs républicaines et je ne pense pas que ces valeurs soient minoritaires dans cette circonscription », affirme Irvin Bida qui attend maintenant de voir quelle va être l’attitude des Républicains. À ce titre, Jean-Philippe Dugoin-Clément, le président de l’UDI 91 confirme que « les négociations entre l’UDI et LR se poursuivent sur chaque circonscription. Même dans cette circo où Nicolas Dupont-Aignan bénéficie d’un ancrage politique et personnel extrêmement fort, rien n’est fixé. J’espère toutefois que cela va vite se décanter ».

En tout cas, les différentes lignes ont encore le temps pour s’affirmer. Le premier tour des élections législatives étant programmé le 11 juin prochain. Néanmoins, un point est sûr, le Front National sera de la partie. Comme le confirme Audrey Guibert, leader du parti frontiste en Essonne, « nous aurons des candidats dans chaque circonscription. Personne n’est indétrônable, pas même Nicolas Dupont-Aignan », estime celle qui devrait être candidate sur la 7ème circonscription (Juvisy-Viry). Avant de rappeler que NDA devra « se mettre en conformité avec son discours » au moment du non-cumul des mandats si celui-ci est élu en juin prochain. « Quittera-t-il la mairie ou l’Assemblée ? », se questionne-t-elle. Bref, nous n’en sommes pas encore là. On devrait y voir plus clair, même sur cette circonscription, dans les prochaines semaines.