« Nous avons connu une année marquante mais les résultats sont très encourageants  ». Mercredi 25 janvier, Josiane Chevalier, préfète de l’Essonne, se félicitait du bilan sécurité 2016 affiché par le département. D’autant que ce dernier n’a pas été épargné par les évènements. « Il y a eu des moments festifs, comme la protection et l’encadrement de la sélection du Portugal pendant l’Euro de football cet été, analyse la représentante de l’État qui a pris ses fonctions en mai dernier. Et puis il y a eu des moments plus difficiles, comme les inondations de juin 2016, la lutte contre le terrorisme pour laquelle 200 militaires sont mobilisés dans le cadre de l’opération Sentinelle, ou encore les agressions contre les forces de l’ordre ». Un bilan positif, donc, même s’il reste encore beaucoup de travail. On fait le point.

La délinquance perd du terrain

En zone police*, qui regroupe la majorité des communes du département, les résultats 2016 sont jugés « satisfaisants » par Luc-Didier Mazoyer, à la tête de la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP). Notamment en ce qui concerne les vols à main armée (-29,35 % avec un taux d’élucidation de 38,46 %) et les violences urbaines (-14,06 %). Les vols avec violence baisse également de 3,86 % avec un taux d’élucidation de 10,70 %, tout comme les violences physiques crapuleuses (-5,61 %).
Seuls points noirs au tableau, les vols par effraction qui augmentent de 1,09 %, et les vols de véhicules (+ 0,06 % avec un taux d’élucidation de 6,14 %). « Il s’agit d’un tableau contrasté, il faut rester prudent, estime Luc-Didier Mazoyer. Le département est caractérisé par la violence gratuite et crapuleuse. Ces derniers mois, on observe aussi la résurgence des affrontements entre bandes rivales. Cela pose question sur le travail qu’il convient de faire en amont ». La DDSP a également annoncé avoir interpelé 396 trafiquants et revendeurs de drogue en 2016, contre 376 en 2015 et 245 en 2014.

*Hors Zone de sécurité prioritaire (Quartiers des Tarterêts à Corbeil-Essonnes et de la Grande Borne à Grigny) pour lesquelles les faits de délinquance ont été divisés par deux.

En zone gendarmerie, dont font partie l’essentiel des communes du sud de l’Essonne (à l’exception d’Étampes), le bilan est aussi à la baisse. La délinquance générale a diminué de 3,16 % entre 2015 et 2016. Idem pour la délinquance de proximité en baisse de 5,45%.
Dans le détail, les atteintes aux biens ont diminué drastiquement (-7,2 %, pour un taux d’élucidation de près de 15 %), les cambriolages sont aussi orientés à la baisse (-6 %, pour un taux d’élucidation de plus de 17 %).
En 2016, la gendarmerie de l’Essonne a également enregistré 13 vols à main armée contre 14 l’année précédente et 50 en 2014. Enfin, la délinquance liée à l’automobile a diminué de 8,5%, avec un taux d’élucidation de plus de 8 %. « Si l’on regarde l’évolution de la délinquance par milieu, on observe plus précisément une baisse de 7,5 % des actes délinquants dans le milieu agricole, de 13,4 % dans le milieu scolaire, de 14 % dans les transports de surface et de 5,4 % sur le réseau ferré, précise Jean-Marc Michelet, Colonel du groupement de gendarme de l’Essonne. En revanche, les atteintes aux personnes ont grimpé de 7%, notamment en ce qui concerne les problèmes intrafamiliaux et de voisinage  ». Des bons résultats que les gendarmes essonniens expliquent notamment par les actions sensibilisations entreprises l’an dernier auprès des collégiens et lycéens mais aussi des usagers de la route.

Le nouveau centre d'information et de commandement de la police nationale à Evry, inauguré en janvier 2016 (DR).

Le nouveau centre d’information et de commandement de la police nationale à Evry, inauguré en janvier 2016 (DR).

Des actes plus violents, notamment à l’encontre des forces de l’ordre

Si les chiffres de la délinquance sont globalement à la baisse, les violences semblent en revanche se radicaliser, notamment contre les forces de l’ordre. « L’évolution de la délinquance est une tendance qu’il faut analyser sur le long terme, explique Eric Lallement, procureur de la République. Les chiffres de 2016 vont dans le bon sens, mais on observe une radicalisation de la délinquance. Cela passe par une violence accrue de certains actes, la baisse du dépôt de plaintes car certaines victimes font en même temps partie de réseaux criminels, ou encore l’augmentation des affaires liées aux menaces, aux extorsions ou au racket  ».

Symbole de cette radicalisation, la multiplication des violences contre les fonctionnaires de police et les dépositaires de l’autorité publique. D’abord à Viry-Châtillon, le 8 octobre dernier, avec l’attaque aux cocktails Molotov de deux patrouilles de police stationnées en protection d’une caméra de surveillance sur la D445. Sept personnes ont d’ailleurs été mises en examens et écrouées vendredi 20 janvier pour « tentatives de meurtre ». Ensuite à Corbeil-Essonnes, les 20 et 25 janvier, lorsque des policiers en service dans la cité des Tarterêts ont été victimes de jets de pavés. Bilan de ces attaques : deux policiers grièvement brûlés et deux autres blessés à la tête.
« Nous allons poursuivre les efforts engagés ces derniers mois pour renforcer les moyens humains et financiers des forces de l’ordre », assure Josiane Chevalier qui a déjà mené 18 réunions de concertation avec les syndicats policiers. La DDSP de l’Essonne va être au-dessus de ses effectifs de référence. Nous allons également poursuivre le travail effectué avec les 83 polices municipales du département, mais aussi accentuer la collaboration avec les maires des différentes communes ».

Pour cela, des états-majors de proximité sont organisés en coopération avec les élus locaux comme ce fut le cas à Longjumeau, Dourdan, Viry-Châtillon et bientôt Corbeil : « Nous souhaitons développer des partenariats plus forts avec les collectivités locales, abonde le procureur de la République. Cela favorisera la prévention, l’accompagnement et toutes les formes de réponses que nous pouvons apporter ». En 2016, 42 gendarmes (contre 24 en 2015) et 29 policiers ont été blessés dans l’exercice de leurs fonctions. Trente et un pompiers ont également été agressés, dont 8 physiquement.

– 40% de morts sur les routes

Autre satisfaction de ce bilan sécurité 2016 : la baisse de la mortalité routière. Pour la troisième fois lors des dix dernières années, le nombre de morts sur les routes essonniennes est passé sous la barre des 30. Avec 29 décès en 2016 contre 41 en 2015, les efforts en matière de sécurité routière semblent porter leurs fruits. Les deux-roues représentent néanmoins toujours un quart des personnes tuées et les hommes âgés de 25 à 59 ans restent sur-représentés (26 victimes sur 29).

La présence policière est depuis samedi massive sur le quartier de la Grande Borne à Viry-Grigny

Des policiers en faction à Viry-Châtillon, après l’attaque de 4 de leurs collègues aux cocktails Molotov le 8 octobre 2016 (JL/EI).

Enfin, les sapeurs-pompiers du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS 91) ont eux aussi été particulièrement sollicités en 2016, avec 89 946 interventions contre 88 048 l’an dernier. Si les secours à la personne (-1 233) et les interventions sur des incendies (-184, hors feux d’habitation) ont diminué par rapport à 2015, les accidents sur la voie publique (+198), les risques technologiques (+2) et les opérations diverses (+3 115) sont à la hausse. Dans ce dernier cas, cela est dû aux nombreuses d’interventions entraînées par les inondations de juin 2016.
D’où l’importance des missions de prévention : « Nous avions participé en mars 2016 à Sequana, l’exercice européen de simulation d’inondation, ce qui nous a permis d’être prêts au moment venu, confie la direction du SDIS 91. Nous avons aussi effectué des formations aux premiers gestes de secours dans 72 collèges du département, ce qui représente plus de 400 élèves sensibilisés  ».

L’an dernier, les soldats du feu essonniens ont eu à intervenir sur des évènements aussi divers et variés que l’intoxication de plusieurs élèves dans une école d’Étampes, la chute et l’embrasement d’un camion sur les voies du RER B à Palaiseau ou encore un départ de feu dans un des silos des Grands Moulins de Corbeil. Ils auront également dû faire face au décès de l’un des leurs, victime d’un accident de la route le 24 décembre 2016 alors qu’il se rendait en intervention.