« Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». Cette tirade extraite du Cid de Corneille aurait sans aucun doute eu sa place dans Moralité, le premier ouvrage écrit par Anjali Vial. Mais à défaut d’apparaître au fil des 94 pages de ce recueil de nouvelles, la citation correspond parfaitement au profil de la jeune ignissoise, âgée de seulement… 12 ans !

Il faut dire que la jeune fille est tombée dans la littérature étant petite. À la maternelle, sa maîtresse l’envoyait déjà à la bibliothèque une fois ses devoirs terminés. À 4 ans, elle écrivait même son premier « livre », un ensemble de feuilles A4 illustrées et reliées entre elles, pour un rendu proches du format BD : « Mon grand-père écrivait de super poèmes, explique Anjali, il avait une très belle écriture. Je crois que ça fait partie choses qui m’ont fait aimer la littérature ».

Si elle a conservé précieusement les cahiers jaunis de son aïeul, elle s’est aussi construite par le biais de ses parents. Même si ces derniers précisent qu’ils l’ont toujours laissé faire ce qu’elle voulait : « C’est vrai qu’on l’a très vite emmené à la bibliothèque, confie Pratima, sa maman. Jusqu’à trois à quatre fois par semaine. Mais je n’avais pas la sensation qu’elle écoutait vraiment (rire) ». À la maison, c’est le papa qui prend le relais à l’heure de coucher : « Il me lisait le synopsis d’une histoire et on s’amusait à inventer la suite en créant des personnages  », se souvient Anjali. « On faisait la même chose sur la route, poursuit Pratima. Ses grands-parents habitent dans les Landes, il fallait donc passer le temps. On écrivait des chansons  ».
Très vite, la romancière en herbe se découvre donc une passion qui ne la lâchera plus : jouer avec les mots !

« Elle a un fil conducteur incroyable »

« A quoi ça sert de lire si on ne peut pas écrire ? ». Cette question, Anjali n’est pas restée très longtemps sans y répondre. En CE2, elle se lance dans l’écriture d’une trilogie de 60 pages intitulée Le Grimoire du dragon. Mais son manuscrit est refusé par les éditions Persée qui ne manquent pas, en revanche, de l’encourager dans sa démarche.

Qu’à cela ne tienne, l’Ignissoise va remettre ça au collège. Après un cours de français sur les fables, la jeune fille entreprend l’écriture du conte Le gorille et les hommes, la première des douze nouvelles rassemblées dans Moralité. C’est l’histoire d’un gorille affamé qui part chercher à manger au village des hommes pour nourrir ses proches. Mais qui va se faire prendre au piège du confort et de l’abondance et laisser sa famille mourir par égoïsme. « Elle l’a écrit en moins de deux heures, raconte sa maman. Quand elle est lancée à un fil conducteur incroyable. Je l’ai déjà retrouvé devant l’ordinateur à 22 heures ! »

A 4 ans déjà, l'Ignissoise créait son premier "livre"et dessinait ses premières illustrations (MB/EI).

A 4 ans déjà, Anjali Vial créait son premier « livre »et réalisait ses premières illustrations (MB/EI).

La fillette, amoureuse de la langue française, se permet même de corser les choses : « J’aime utiliser des mots difficiles, surtout quand ils riment, admet-elle. J’ouvre le dictionnaire au hasard et je pars des mots que je ne connais pas pour écrire  ». Pour Moralité, dont elle a également réalisé les illustrations, elle s’est notamment inspirée de la vie de tous les jours pour aborder des thèmes tels que la jalousie, la mort, le mensonge, l’argent ou encore la solidarité. Preuve également de la maturité dont elle peut faire preuve du haut de ses 12 ans.

Décorée par la ville d’Igny

Le 15 mai 2016, l’annonce de la validation de son premier ouvrage par les éditions Persée vient donc récompenser le travail et la passion d’Anjali. D’autant que, contrairement aux apparences, elle ne passe pas sa vie plonger dans les livres : « Il m’arrive de ne pas écrire pendant des mois, révèle la jeune écrivaine. Et puis je fais d’autres choses à côté  ».
En parallèle, elle suit toutes les semaines deux heures de cours de théâtre, deux heures de cours d’anglais au British Institut, et trois heures de danse classique. Après huit ans, elle vient d’ailleurs d’obtenir ses pointes : « Elle a travaille dur, c’est aussi la preuve de son mental, note avec fierté sa maman. Elle est très organisée. Nous veillons à ce qu’elle garde un rythme de vie équilibré conforme à son âge. Il ne faut pas oublier qu’elle reste avant tout une fille de 12 ans ».

Amatrice des contes de Perrault, de Prosper Mérimée, mais aussi de romans policiers, celle qui se rêve journaliste ou réalisatrice de films prépare déjà son prochain livre dont le thème, gardé secret, sera cette fois plus terre-à-terre : « L’ouvrage sera plus gros, j’ai déjà écrit 54 pages », glisse Anjali. Preuve qu’elle commence à se faire un nom.
Samedi 21 janvier, elle a d’ailleurs reçu la médaille de la ville d’Igny des mains du maire Francisque Vigouroux, qui a accepté de la soutenir financièrement pour qu’elle puisse publier son premier livre : « C’est le moment de passer un message et de mettre en lumière un nouveau talent. D’autant plus qu’Anjali est l’ambassadrice d’Igny pour toute une génération, explique le premier édile de la ville. C’est une petite passionnée par ce qu’elle fait. Sa maman m’a parlé de son projet d’écriture qui vient d’elle-même et non de ses parents. Elle m’a touchée et comme c’était compliqué financièrement, j’ai décidé de contribuer à son projet. J’ai été surpris de voir à quel point c’est bien écrit, très profond, j’ai eu un vrai coup de cœur  ». Une première récompense pour celle qui pourrait déjà être la plus jeune romancière de France.

Moralité, d’Anjali Vial, 94 pages, aux éditions Persée (11,29 euros). Disponible chez tous les bons libraires mais aussi sur internet.

Mais aussi : consultez le blog d’Anjali Vial

Samedi 21 janvier dernier, Anjali Vial a reçu la médaille   de la ville d'Igny des mains du maire, Francisque Vigouroux (Mairie d'Igny).

Samedi 21 janvier dernier, Anjali Vial a reçu la médaille de la ville d’Igny des mains du maire, Francisque Vigouroux (Mairie d’Igny).