98e minute de jeu. Antoine Petit, l’arbitre de la rencontre, siffle la fin du match. Le FC Fleury 91 vient de réaliser un nouvel exploit retentissant dans cette Coupe de France. Après avoir notamment éliminé deux clubs de National, le Paris FC puis Lyon-Duchère, le club de CFA vient de sortir, Brest, l’actuel leader de Ligue 2, grâce à un doublé de Tertereau (2′, 80′). Et pourtant, personne n’exulte.

Confusion sur la pelouse…

Les perdants rentrent vite aux vestiaires, les vainqueurs restent eux sur le terrain sans toutefois montrer le moindre signe de joie. Quand certains donnent leur maillot aux supporters, d’autres gardent les mains sur la tête. On est bien loin de la folie qu’est censé procurer ce genre d’exploit. Les joueurs de Fleury savent que leur belle victoire (2–0) et leur qualification pour les 16e de finale de la compétition peuvent être réduites à néant. La faute à une erreur dont le coupable est toujours en fuite.

Alors que l’on joue la 83e minute de la rencontre, Bernard Bouger, le coach essonnien, décide de réaliser son troisième et dernier changement de la partie. Fleury mène 2–0, Brest est à 10 suite à l’expulsion de Castan, et Naïm Hakim entre sur la pelouse. Quelques minutes s’écoulent, puis l’arbitre stoppe la rencontre sans raison apparente. Ce dernier vient discuter avec les staffs et ses adjoints sur le bord du terrain, ainsi qu’avec les joueurs des deux équipes qui s’attroupent autour de lui.

Jean-Marc Furlan (Brest), en conférence de presse après la défaite de son équipe (GD/EI).

Jean-Marc Furlan (Brest), en conférence de presse après la défaite de son équipe (GD/EI).

Dans les tribunes, nul ne sait réellement ce qu’il en train de se passer. Après de longues minutes de flottement, Naïm Hakim, qui vient de rentrer, est renvoyé hors du terrain, visiblement sans prendre de carton rouge. Il n’empêche que Fleury est contraint, à son tour, de terminer cette rencontre à 10. Non inscrit sur la feuille de match, le numéro 16 floriacumois n’aurait pas dû prendre part à cette rencontre.

… puis dans les vestiaires

Dans les couloirs des vestiaires, la confusion est totale. Si le vestiaire des Brestois est complètement fermé, celui du FC Fleury reste entrouvert pour permettre les va et vient constant. Tout le monde s’interroge, le club essonnien va-t-il perdre ce match sur tapis vert ? En tout cas, c’est bien ce que le ton virulent d’un des dirigeants dans les vestiaires laisse entrevoir. La logique voudrait en effet que Fleury soit sanctionné pour cette grossière erreur. Une erreur visiblement dûe à un beug sur la tablette servant à éditer la feuille de match, cette feuille de match étant alors la 4e version du jour selon les échos dans les couloirs.

Une réunion entre les coachs, les directeurs sportifs et les arbitres s’organise alors. Quelques minutes plus tard, Jean-Marc Furlan est en conférence de presse. “On pourrait poser une réserve, mais on ne va pas le faire. On va prendre un peu de hauteur”, assure le coach brestois. “On a perdu ce match sur le terrain, on en restera là”, poursuit-il, lui qui regrette d’avoir été expulsé. “Je viens de voir le directeur sportif, et selon ce qu’il s’est dit, on ne posera pas de réserve”.

Une décision étonnante tant on connaît la difficulté de se déplacer en pleine semaine entre deux matchs de championnat, une décision honorable selon Bernard Bouger, coach du FC Fleury 91. “Je pense qu’il y a eu un problème d’enregistrement de la feuille de match. En tout cas, je les remercie par rapport à cette décision, c’est tout à leur honneur”, lance-t-il. « Ils ont une belle éthique sportive”, poursuit-il félicitant au passage ses joueurs pour ce match plein.

Bernard Bouger, coach de Fleury, satisfait après la victoire de son équipe (GD/EI).

Bernard Bouger, coach de Fleury, satisfait après la victoire de son équipe (GD/EI).

A priori plus de peur que de mal donc pour les Essonniens, qui devraient conserver leur qualification historique pour les 16e de finale de la Coupe de France, et qui devraient pouvoir aller affronter Avranches le 1er février prochain pour une place en 8e. Mais si Brest a décidé de ne pas poser de réserve, la commission de la FFF devra tout de même se prononcer sur le rapport de l’arbitre et du délégué. Une décision devrait être rendue la semaine prochaine, Fleury va donc devoir attendre pour célébrer cette éventuelle qualification. « J’étais persuadé qu’on en était capable. Il y a eu un gros dépassement de soi de la part de tous les joueurs. C’est une grosse satisfaction, un moment extraordinaire. Il faut qu’on continue ainsi », conclut Bernard Bouger.