Le lycée professionnel Paul-Langevin de Sainte-Geneviève se situe dans un quartier pavillonnaire plutôt calme. Les bâtiments qui le composent s’étendent au milieu de grilles blanches et de haies encore vertes pour l’hiver. L’établissement accueille des formations dans la vente, le commerce et la gestion-administration. Son public : des élèves du Nord-Essonne, de Sainte-Geneviève à Corbeil en passant par Évry et Grigny. Des couloirs colorés nous mènent jusqu’à la salle des profs. Là, les conversations vont bon train. C’est Damien Hennique, jeune professeur de français récemment affecté, qui nous reçoit ce jour-là : il fait partie des enseignants inquiets des réformes des ZEP, de ceux qui tirent la sonnette d’alarme. Le futur des lycées d’éducation prioritaire est encore, selon les enseignants concernés, en forme de point d’interrogation et les moyens pourraient venir à manquer : « Nous n’avons aucune garantie que nos moyens perdurent en 2018–2019 », s’inquiète le professeur.

La carte des établissements classés en éducation prioritaire a été revue par le Ministère de l’éducation nationale en 2014 et, même si le lycée Langevin bénéficie encore des moyens accordés aux ZEP, « on ne sait pas pour combien de temps on aura ces moyens, explique Damien Hennique. Nos craintes, aussi, seraient la perte de nos conseillers d’éducation et des dédoublements des classes pour permettre le suivi personnalisé et l’aide aux élèves en difficulté ». Autre problème soulevé par ce professeur : le fait que le lycée ne se trouve pas dans un quartier dit « politique de la ville » – alors que beaucoup d’élèves sont issus de ces quartiers -, une classification qui permettrait pourtant une hausse des moyens financiers et humains. « On pourrait monter plus de projets avec les élèves, notamment. »

Car si le quartier où se trouve le lycée Langevin, près des Mares-Yvon, n’est pas recensé comme quartier cumulant les difficultés sociales, il en est différemment pour les élèves qui sont accueillis dans l’établissement, indiquent les professeurs. En novembre, un tract de la CGT du lycée précisait : « les élèves accueillis sont issus en grande majorité de zones urbaines sensibles et de milieux défavorisés ». Pointant aussi du doigt les problèmes liés à l’apprentissage de la langue, une orientation subie après la 3ème « accompagnée d’un sentiment d’injustice et de rejet du système scolaire », le syndicat enseignant évoquait des professeurs « qui se sentent démunis et délaissés par l’institution et les pouvoirs publics, de remplir leur mission éducative dans le respect des valeurs républicaines. » Par ailleurs, l’intersyndicale du lycée Doisneau de Corbeil pointait quant à elle que « depuis deux ans et la nouvelle carte de l’éducation prioritaire pour les écoles et les collèges -statuts REP et REP+, rien n’est prévu pour les lycées ex-ZEP ». « Alors que tous les problèmes ne se règlent pas au collège ! » déplore Damien Hennique.
Aux dernières nouvelles, une réforme des lycées prioritaires serait prévue par le ministère… après les élections de 2017.

« On en sauve, des gamins »

« 60 % des élèves du lycée Langevin viennent de milieux défavorisés », reprend Damien Hennique. L’enseignant et ses collègues du lycée Langevin souhaitent bénéficier de l’appellation « quartier vécu », même si le cadre n’est pas considéré comme « sensible ». Un dispositif qui permettrait d’avoir ces droits et de nouveaux moyens. « Nos élèves ont des profils particuliers, il faut donc des moyens particuliers, poursuit l’enseignant. Aujourd’hui, on ne sait plus ce qu’on est. La situation du lycée est floue. »
« Le profil des jeunes évolue, rebondit Valérie*, professeure de vente. On est le reflet de ces quartiers défavorisés. C’est devenu très compliqué de bosser avec ces jeunes. Mais si ce n’est pas nous qui le faisons, qui le fera ? On est devenu le dernier rempart. Les gens ne se rendent pas compte, mais notre établissement est très utile à la société, voilà pourquoi il nous faut des moyens supplémentaires. Ce que vivent les policiers, on le vit tous les jours. »
Et de dresser un constat doux-amer sur son travail : « On a des réussites et des notes d’espoir ! Ici, il y a beaucoup d’enseignants qui s’impliquent tous les jours. Quand les jeunes se sentent encadrés, on arrive à en faire des adultes. Si on n’est pas là, il n’y a plus d’ouverture au monde. Il y a beaucoup de fragilité et de misère, mais on en sauve, des gamins. »

Le 17 novembre dernier, le lycée Paul-Langevin annonçait ainsi 70 % de grévistes. En France, réunis autours d’un collectif, « Touche pas à ma ZEP », les personnels des lycées professionnels et d’éducation prioritaire poursuivent donc depuis deux mois une mobilisation pour défendre les moyens qui leurs sont accordés. Certains d’entre eux ont déjà perdu leur label enseignement prioritaire. Une nouvelle mobilisation est prévu ce jeudi 19 janvier, à l’appel du collectif.

Contactée par Essonne info, la Direction académique des services de l’éducation nationale (Dasen) a indiqué ne pas souhaiter communiquer à ce sujet.


*Le prénom a été changé.