Elle fait partie des priorités dans le quotidien des Français et pourtant elle est de moins en moins accessible. La santé doit faire face à de nombreux problèmes dont la désertification médicale. Plus qu’un terme alarmiste, il est devenu une réalité dans l’Hexagone et l’Essonne n’échappe pas à la règle.

Vous le voyez sûrement dans votre commune ou dans celles avoisinantes, les maisons médicales ferment, les médecins généralistes ne sont pas remplacés, la pénurie de praticiens a commencé et devrait durer près de dix ans si l’on en croit les spécialistes. Dans le 91, il y a 917 médecins ce qui équivaut à 73 médecins pour 100 000 habitants, un chiffre en dessous de la moyenne régionale qui est de 78. Selon Michel Huguet, délégué départemental de l’Essonne à l’ARS (agence régionale de santé), « on note des difficultés en partie sur Grigny, Juvisy, Corbeil-Essonnes, Saint-Pierre-du-Perray, Montlhéry et le sud du département ». Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les zones isolées ne sont pas les seules touchées, les zones urbanisées perdent aussi leurs médecins.

La génération d’après-guerre part en retraite

Pour le docteur Wilthien, membre du syndicat des médecins généralistes, le problème vient du fait que les personnes nées entre 1945 et 1955 partent à la retraite et ne sont pas remplacées. « Les jeunes veulent restés près de leur famille, de la ville, ils n’ont pas envie de s’installer au fin fond de l’Essonne. C’est difficile également de reprendre un cabinet de groupe avec des sexagénaires qui partiront en retraite et donc le coût du loyer sera plus important » explique le médecin de 67 ans qui a déjà pensé à l’avenir de son cabinet en devenant maître de stage et en formant de jeunes internes dans son cabinet. Le praticien dénonce le mépris qu’il ressent vis-à-vis de sa profession en France, « l’état fait tout pour que ça soit compliqué. Le martyr de demain, c’est le médecin généraliste ! »

C’est un secteur qui est en mutation permanente et les codes changent, de plus en plus de femmes l’exercent et pour Catherine Fayet, représentante syndicale Sud-Santé et infirmière au centre hospitalier sud-francilien (CHSF), ce n’est pas encore bien intégré. De plus, les différentes politiques qui ont été menées ont accéléré le processus de ce manque de médecins. Pour elle, le numerus clausus doit être élargi, il s’agit du nombre d’étudiants en médecine admis en seconde année, qui détermine donc le nombre de futurs médecins dans les prochaines années. « On souffre beaucoup de ça » déclare-t-elle. Et cette pénurie, Catherine Fayet l’observe aux urgences du CHSF, « de plus en plus de patients viennent et au moment de grosses épidémies comme la grippe en ce moment, on voit le nombre de patients exploser. Les patients n’arrivent plus à trouver un médecin généraliste référent. »

Vers des villes sans médecins ?

Le personnel médical est dans une situation embarrassante mais les communes également et prennent le sujet très au sérieux, si bien que des mobilisations ont déjà eu lieu en Essonne. En juillet dernier par exemple, le maire de Brétigny-sur-Orge, Nicolas Méary, a envoyé une lettre à Marisol Touraine, la ministre de la santé, pour dénoncer le manque de médecins en grande couronne. Signée par une dizaine d’élus essonniens, la lettre stipule que « Dans nos communes apparaissent désormais des « refusés de la santé », des patients de tous les âges et de toutes les conditions qui, après le départ non remplacé de leur médecin, ne sont pas acceptés par les autres généralistes du secteur. Ce nouveau statut est injuste pour chacun, il est particulièrement problématique pour les personnes âgées, devenues moins mobiles. » 

Des maires engagés pour la santé comme au Plessis-Pâté en 2013 où Sylvain Tanguy, le maire, avait investi le cabinet médical du seul médecin de la commune qui venait de partir à la retraite. Faute d’un remplaçant, il a occupé le cabinet et fait signer une pétition pour exprimer son mécontentement. Aujourd’hui, même si le Plessis-Pâté a de nouveau un médecin, il en faudrait un deuxième, selon le maire « mon action a porté ses fruits mais ça n’est jamais suffisant d’autant plus que les communes avoisinantes sont également en déficit de médecins. »

Tout en précisant que le département a déjà perdu près d’un quart de ses praticiens ces dernières années. Les cas concrets ne sont pas difficiles à trouver, à Saint-Pierre-du-Perray, la situation devient alarmante. Sur les quatre médecins généralistes en fonction en 2016, deux viennent de partir à la retraite et les deux autres devraient quitter la commune cette année. Pour les 10 000 habitants de la ville, cette situation est inadmissible et depuis plusieurs mois, les habitants et la municipalité envoient des courriers à la CPAM pour que les choses évoluent. Une pétition circule également pour la création d’une maison de santé dans les anciens locaux du SAN (agglo), mais ce n’est pas si simple d’adapter des locaux pour en faire un lieu médical. A Bondoufle par exemple, la maison médicale devrait fermer en 2017, comme nous vous l’avons annoncé début janvier. Le personnel expliquait que « nous ne sommes plus aux normes concernant les personnes handicapées. Depuis cinq ans, nous avions plusieurs projets de proposés mais aucun n’a abouti, on se retrouve coincé ». Juvisy n’échappe pas à la règle, le maire, Robin Réda, en veut à l’Etat qui « nous lâche totalement, rien n’est fait pour implanter d’autres médecins : on doit se débrouiller seul pour ces questions de santé et pour monter des locaux pour les jeunes qui veulent s’installer », car dans la ville plus de la moitié des généralistes est partie en cinq ans.

Quelles solutions ?

Les hôpitaux souffrent de cette situation et les patients encore plus, alors comment résoudre ce problème qui risque de s’accentuer ?

Pour le docteur Wilthien, c’est clair, il faut « faire la promotion de la médecine générale, faire des maitrises de stage pour être en contact avec les jeunes, pour apprendre que c’est un métier merveilleux avec un contact humain et affectif ». Un avis partagé par la représentante de Sud-Santé qui pense que la formation des internes dans les hôpitaux ne permet pas aux jeunes d’être en immersion dans un cabinet. Un autre point qui rassemble les professionnels et les communes : le numerus clausus ! Pour les deux parties, il doit être élargi pour qu’il y ait plus de médecins formés, sinon les départs à la retraite ne seront pas compensés. L’agence régionale de santé estime que les maisons de santé pluridisciplinaires sont une bonne alternative, qui permettent de partager les coûts et de suivre le parcours du patient. Michel Huguet ajoute même « à l’ARS nous accompagnons les maisons de santé pluridisciplinaires avec une aide au démarrage, ça favorise en plus la médecine de proximité ». Notons qu’il existe onze maisons de santé en Essonne et d’autres sont en projets.

D’autres initiatives fleurissent çà et là comme à Saint-Germain-lès-Corbeil où l’association Espace Vie a créé une plateforme de coordination de soins primaires conjointe avec « SOS médecins » ce qui permet aux professionnels de santé et de soins libéraux d’améliorer le parcours des patients en sortie d’hospitalisation ou porteurs de pathologies chroniques. Les professionnels, les structures de soins et les services à la personne collaborent tous ensemble avec le patient au centre des attentions. Ce dispositif est ouvert 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. « Nous ne bénéficions d’aucune aide et pour le moment ça fonctionne, c’est une bonne alternative. Un service à domicile qui offre un service sécurisant au patient à juste coût » explique Damien Nicolini le président d’Espace Vie.

En attendant que les changements opèrent, restons optimistes : le docteur Wilthien nous affirme que « les dix années à venir risquent d’être dures mais à partir de 2030 ça devrait aller ». Allez, plus que treize ans à attendre !