À Crosne, la parole est donnée aux citoyens. Grâce à la plateforme Cityzee, les Crosnois peuvent désormais s’adresser directement à leur élu local. L’aventure a indirectement démarrée en 2012, lorsque les chemins de Clara Sabban et Mathilde Delonca se sont croisés au consulat général de France à New-York, où elles s’occupaient toutes deux des législatives pour les Français présents à l’étranger. Finalement, au fil du temps, les jeunes entrepreneuses ont établi un rapide constat : les citoyens semblent perdre confiance en leur élu national… Mais pas en leur maire ! En effet, selon une enquête d’opinion, réalisée en 2013 par l’institut LH2 pour le journal Le Nouvel Observateur, 70% des Français estimaient n’avoir pas confiance en l’honnêteté des politiques. Pour autant, ils étaient 75% à affirmer croire en l’honnêteté de leur maire. C’est finalement lors des municipales de 2014, Clara Sabban faisant campagne avec des candidats qui conduisaient des listes, que l’idée à mûri dans la tête des deux jeunes femmes. L’une ayant été formée à Assas et à Dauphine en Sciences Politiques, et l’autre étant diplômée d’HEC et Sciences Politiques, Clara Sabban et Mathilde Delonca ont choisi d’expérimenter cet outil avec des acteurs significatifs du domaine. Pour créer ce projet numérique innovant, au service de la démocratie participative, elles sont allées « sur le terrain ». La conception de l’outil s’est effectuée en présence d’élus. Ainsi, elles ont pu parfaitement analyser les besoins : « Nous ne sommes pas une multinationale qui a vocation à faire de l’argent. Notre motivation première c’est de pouvoir réengager le citoyen dans la vie de la commune », explique Clara Sabban.

Le site n’étant lancé que depuis le mois de décembre et l’application mobile état en cours de lancement, le projet est encore trop frais pour en mesurer les bénéfices. Pour autant, les premiers retours sont très prometteurs, «  l’outil rencontre un écho très favorable parmi les élus que nous rencontrons ». Mais, comme toute chose, le projet à un coût ! C’est grâce aux prix des quelques concours auxquels elles ont participé que les jeunes femmes de 28 et 24 ans ont pu financer Cityzee. Elles sont notamment arrivées finalistes du concours « trophée de la start-up numérique 2016 » organisé par la BPI et dédié aux jeunes entreprises. L’idée d’offrir une alternative numérique à la communication traditionnelle dans le cadre de la politique locale en a séduit plus d’un. Si Crosne est la première ville à accueillir le projet, elle n’est pas la seule visée par les deux jeunes femmes. À ce jour, une dizaine de contrats ont déjà été signés avec des communes d’Ile-de-France et une implantation est prévue prochainement dans deux communes de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Pour Marion, Crosnoise de 22 ans, l’application est « un bon moyen de communiquer simplement ». « Je me sens concernée par ce qui se passe dans ma ville et je suis heureuse de pouvoir interagir avec mon maire. Cela me donne l’impression de compter, je me sens plus écoutée  », poursuit-elle. De son côté, Christian, un Crosnois de 47 ans, se réjouit de l’arrivée de Cityzee sans cacher son appréhension : « Je vous avoue que je ne suis pas un expert en technologies nouvelles… Même si je trouve l’idée très bien, je ne suis pas certain de savoir me servir de l’outil correctement ». Pourtant, une petite visite sur le site devrait suffire à rassurer les anxieux. Facile d’accès et simple à utiliser, l’application Cityzee est optimisée et claire. Du tableau de bord, au profil de l’habitant, jusqu’au fil d’actualité, la plateforme numérique dispose d’une interface lisible et accessible à tous. Le contenu présent dans le fil d’actualité est directement généré par les citoyens et les élus : « Les habitants ont besoin de savoir précisément ce qu’il se passe dans leur ville pour pouvoir s’impliquer et s’engager », affirment Clara et Mathilde.

Crosne, la « ville idéale »

Pourquoi la ville de Crosne ? Avec ses 8 148 habitants, la ville essonnienne semblait de taille idéale pour les porteuses du projet qui estiment que cela permet d’être plus proche de la population. Mais c’est surtout l’élu local qui les a séduites : « Ça a été comme une évidence  ». En effet, Michael Damiati, a accueilli le projet à bras ouverts : « Je trouvais que c’était un outil qui pouvait répondre à une certaine attente des concitoyens pour pouvoir échanger et avoir une démarche active », a-t-il indiqué. En plein dans la génération 2.0, le maire de Crosne est ravi de suivre le mouvement : « On est contents d’être dans l’ère numérique et d’en faire profiter les Crosnois de ces échanges ».

Ravies de l’engouement que suscite l’application auprès d’élus et citoyens, les jeunes femmes ne regrettent en rien leur choix du lieu, mûrement réfléchi au préalable. Pour Mathilde Delonca, « il y a une équipe municipale qui est très dévouée aux citoyens qui sont, eux, très réceptifs. C’est la parfaite ville de lancement  ». Si les utilisateurs peuvent à ce jour accéder gratuitement à la plateforme, ce ne sera peut-être pas toujours le cas. Un objectif de 1 250 abonnés a été fixé. Une fois ce dernier atteint, Cityzee engendrera un coût d’environ 400€ pour la commune. Très prometteuse et vivement saluée par les Crosnois, l’application a pour vocation de renouer la discussion entre élus et citoyens mais également « entre les citoyens eux-mêmes, ce qui permet de mieux vivre ensemble », se réjouie Mathilde Delonca. Crosne est, à ce jour, totalement conquise, qu’en sera-t-il des 35 416 communes restantes ?