Le 31 août dernier, l’Hyper Casino du Centre commercial Grigny 2 fermait définitivement ses portes, privant la ville et ses 30 000 habitants de son unique grande surface. Si les premiers pénalisés furent les Grignois, les 14 commerçants qui entouraient le magasin devinrent très vite des victimes collatérales : « Ces gens ont loué dans la galerie parce qu’il y avait une locomotive, explique Philippe Rio, maire de Grigny. Mais cette dernière est partie, entraînant une baisse d’activité alors que les loyers sont restés les mêmes  ».

Du côté des commerçants, on accuse le coup avec une perte de chiffre d’affaires de 30% à 40% en moyenne. Jusqu’à 70% pour les plus touchés : « On a du mal à payer nos charges et nos salariés, constate Kleber Crouzet. Certains d’entre nous sont sur le point de licencier, voire de baisser le rideau  ». Établi à Grigny II depuis 2006, il a donc décidé de saisir un avocat pour assigner le groupe Casino en justice au nom de tous les commerçants. Le but ? Mettre la pression sur l’entreprise qui ne faciliterait pas la venue d’un repreneur pourtant déjà trouvé : « Il faut deux mois entre le moment où Casino cèdera l’emplacement et le moment où le repreneur ouvrira, poursuit Kleber Crouzet, ce n’est pas pour demain. En attendant, nous devons continuer à payer nos factures. Nos propriétaires ne veulent rien savoir ». Les commerçants réclament donc à l’enseigne 300 euros par jour et par boutique depuis le 31 août dernier, une somme qu’ils évaluent comme le manque à gagner quotidien depuis la fermeture de l’enseigne.

Un repreneur en attente de subventions

Et pour cause. Le 17 octobre dernier, la mairie de Grigny présentait le repreneur au groupe Casino, au comité syndical de la copropriété du centre commercial mais aussi à l’Etat qui s’est engagé dans le processus de reprise. Huit jours plus tard, le repreneur – qui pourrait être un discounter – transmettait même à la grande surface les éléments financiers relatifs à la reprise : « Je ne peux pas en dire plus sur son identité pour le moment, précise Philippe Rio, mais il (le repreneur ndlr) vient de province. Il a déposé un business plan, s’est engagé à afficher un chiffre d’affaires de 9 millions d’euros sur les deux premières années et a également déposé un compte prévisionnel de reprise pour les trois premières années. C’est donc du sérieux  ».
Le premier édile de la ville qui estime que « Casino traine des pieds, voire ne souhaite pas un accord », soutient donc les commerçants : « On les encourage dans le processus d’assignation puisque nous défendons les petits commerces. A nom de la commune, la mairie a d’ailleurs engagé une procédure identique ».

Car si l’entreprise s’est dit prête à contribuer à favoriser la reprise, elle n’a toujours pas versé la subvention d’exploitation nécessaire à la réouverture. Cette dernière s’élève à 750 000 euros versés sur deux ans : 560 000 la première année puis 256 500 la seconde : « Casino n’a peut-être pas envie de payer mais s’est engagé et doit moralement permettre la reprise, rappelle Philippe Rio. Il ne faut pas oublier qu’à son arrivée en 2002, la ville de Grigny a accepté de réduire le loyer d’un million d’euros par an à 50 000 euros pour favoriser la reprise après le départ de Leclerc. Soit une économie de 7,6 millions sur 8 ans. A contrario, alors que Leclerc faisait 19 millions de chiffre d’affaires, Casino n’en a réalisé que six… »

(MB/EI).

Sans l’attractivité de la grande surface, la galerie marchande de Grigny 2 est désertée (MB/EI).

Seuls dans une galerie devenue bien trop grande pour eux, les commerçants du centre commercial de Grigny 2 espèrent maintenant ne pas avoir à licencier avant les fêtes. « On nous avait promis une réouverture pour fin 2016, il faudra malheureusement encore attendre », se désole l’un d’eux. Malgré un moral en berne, tous veulent croire en ce projet de reprise et espèrent que le repreneur ne se lassera pas. « Casino doit payer la casse », promet Philippe Rio. Un nouveau point sur la situation sera fait courant janvier 2017.