Les Montreuillois en font déjà l’expérience depuis presque deux ans. L’euro n’est plus la seule monnaie d’échange pour payer son pain… Dans cette ville collée à l’est de Paris, on propose quelque chose de plus « exotique ». Sur le coup, cela peut surprendre. Mais, à Montreuil, les habitants se sont en partie habitués. Ils peuvent régler certains de leur achats avec « la Pèche », cette monnaie locale complémentaire créée en 2014 et qui se diffuse depuis à Paris et des communes limitrophes. 

Quatre en Bretagne, six en Aquitaine, six en Midi-Pyrénées… Plus d’une vingtaine de monnaies locales complémentaires circulent en France depuis quelques années. En revanche, du côté des Franciliens, les projets ont été nombreux mais peu ont abouti. La Pêche est, jusqu’ici, la seule monnaie locale d’Ile-de-France mais cela est peut-être sur le point de changer… Le Parc naturel régional (PNR) de la Haute Vallée de Chevreuse est en passe de « rénover » le quotidien des habitants de ses 50 communes, situées entre les départements des Yvelines et de l’Essonne. C’est en mars 2016 que l’aventure a démarré. Près de 750 personnes, physiques et morales, ont exprimé leur désir de se lancer dans le projet de création d’une monnaie locale complémentaire. Après plusieurs réunions sur le sujet, l’équipe du PNR a pressé le bouton : la machine était lancée. Le Parc naturel régional de la Vallée de Chevreuse n’étant qu’un « support technique », la parole a toujours été laissée aux citoyens, porteurs principaux du fameux projet : un comité d’animation et d’autres groupes se chargent de mettre en forme, de dessiner les contours de cette nouvelle monnaie.

Plus de 750 personnes intéressées

C’est une véritable petite fourmilière : « On a une centaine de bénévoles qui sont investis dans le montage de ce projet », se réjouie Virginie le Vot, responsable de la communication au sein de l’équipe du PNR de la Vallée de Chevreuse. Tous les quinze jours, les quinze personnes que regroupe le comité d’animation se réunissent pour « déterminer les modalités d’organisation et préparer le travail des ateliers thématiques mis en place ». Ces derniers s’occupent d’établir le modèle économique, d’éclaircir les dimensions sociales du projet, se chargent également de la logistique et de la communication. Très prochainement, une structure à but non-lucratif sera mise en place, afin de gérer au mieux la prochaine MLC (monnaie locale complémentaire). Le projet avance doucement mais sûrement : « On s’est fixé, au sein du collectif, l’horizon maximum de mars 2018 pour la mise en route effective de la monnaie. À partir de l’automne 2017, à la rentrée prochaine, on rentre dans la campagne d’adhésion officielle. Il nous reste donc tout le premier semestre 2017 pour faire tout un travail de pré-enquête de terrain auprès des commerçants et professionnels concernés. Des bénévoles se chargeront d’expliquer la démarche et l’intérêt pour un professionnel d’y adhérer. Ils recueilleront les premiers avis et répondront aux questions et incompréhensions. Ainsi, nous aurons un panorama des avis positifs et négatifs ». Porté par les citoyens et salué par les élus, ce projet a réuni de nombreux bénévoles mais pas seulement. Monsieur Passet, le président de la commission de développement économique du parc et monsieur Poulon, le président de la commission Tourisme soutiennent vivement ce projet.

Pour qu’une monnaie locale fonctionne et que les bénéfices et avantages s’en fassent réellement ressentir, une stratégie d’approche efficace doit impérativement se mettre en place : « Il est important d’identifier avec quels professionnels les personnes que l’on va rencontrer travaillent  ». En effet, une certaine logique se doit d’être suivie : « Prenons l’exemple du boulanger. En sachant avec quel expert comptable il travaille, on établit une logique de filière. Ainsi, en intégrant dans la boucle tous les gens avec qui il travaille, on lui facilite l’écoulement de la monnaie qu’il aura encaissé  ». Tous les types de professionnels auront la possibilité d’adhérer au projet, les commerces mais aussi les professions libérales. Et, dans ce cas, cela se passerait exactement de la même manière que pour un commerce normal : « Un dentiste pourrait très bien choisir de proposer à sa secrétaire médicale d’être payée 30% de son salaire en monnaie locale car elle achète beaucoup dans les commerces du coin ». Quelques kinésithérapeutes, médecins et experts comptables se sont d’ailleurs déclarés intéressés par la création d’une MLC.

Choisissez le futur nom de la MLC !

Cette monnaie, encore fictive, se cherche un nom : « On a voulu que ce soit une consultation très ouverte ». En vous rendant sur le site « http://monnaie-vallee-chevreuse.fr/ », vous avez, jusqu’au 15 mars 2017, la possibilité de proposer un nom pour ce futur moyen de paiement. A ce jour, déjà 92 propositions ont été soumises. Finalement, les appellations seront proposées aux contributeurs ainsi qu’au grand public pour l’ouverture d’un vote commun. Linguistes et historiens aideront à la sélection du nom officiel afin de choisir le plus adapté aux valeurs et fondements du projet.

Deuxième en Ile-de-France, premier en Essonne, ce projet de monnaie locale complémentaire au sein du Parc naturel régional de la Vallée de Chevreuse n’est pourtant pas le premier à être envisagé dans le département… En 2013, Le Lac a failli faire son entrée dans la liste officielle des MLC. Les communes de Viry-Châtillon et Grigny s’étaient lancées dans l’aventure des devises locales. Le projet avançait correctement, des billets allaient tout juste être imprimés lorsque cela a été abandonné en juin 2014, lorsque Laurent Sauerbach a été élu président de l’agglomération de Viry-Grigny : « L’agglomération n’avait vraiment pas les moyens financiers de se lancer dans cette affaire. Le contexte budgétaire était peu favorable. Il n’y a eu aucune contestation de la part des Castelvirois quand nous avons abandonné ce projet  », a déclaré l’élu.

Une monnaie pour favoriser l’échange réel

Retour du côté du Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse. Sur place, l’idée semble être globalement bien accueillie et le business plan semble rassurant. Mais le projet de monnaie locale complémentaire a tout de même ses détracteurs. Alors que certains parlent d’une démarche de « repli », Virginie Le Vot tient à rassurer les indécis : « En s’appuyant ainsi sur le local, le consommateur va donner la priorité à l’échange réel, par opposition à la thésaurisation, la valorisation virtuelle et la spéculation qui sont dans le flux habituel des échanges internationaux ». En effet, ce qui fait la richesse d’un territoire, c’est la qualité de la vie quotidienne et, donc, le pouvoir d’achat : « En maintenant la ruralité des paysages et les commerces de proximité, on maintient des villages vivants. Tout ça, c’est quelque chose qui est rendu possible par l’introduction de cette notion qui ne peut servir qu’à l’échange réel ».

Un projet qui retient en tout cas l’attention des habitants de l’ouest de l’Essonne, situé dans le parc de la Vallée de Chevreuse. Pour Christian, la nouvelle monnaie locale est une démarche pertinente. Cet habitant de Janvry pense que « c’est une bonne idée, un bon moyen pour relancer l’économie locale  », Valérie, une Forgeoise pas vraiment convaincue, y voit au contraire une perte d’argent sur le long terme : « Les commerçants ne rendent pas la monnaie sur les Pêches et, la plupart du temps, je n’ai presque aucun centime d’euros dans mon portefeuille… Donc je donne un compte rond et j’en sors perdante ».