Les rendez-vous ont été tenus secrets durant toute la durée du projet. Au sein d’une des fermes du village de Janvry s’est monté un véritable studio photo… Maquilleuse, coiffeuse, accessoiriste et photographe se sont affairées auprès des treize femmes qui ont accepté la mission. Le principe ? Poser nue pour occuper les pages d’un calendrier au profit de la lutte contre le cancer. Le point commun à toutes ces volontaires, c’est Fanny Dussart. La jeune femme de 41 ans, habitante de Janvry elle aussi, s’est improvisée photographe pour véhiculer un message fort : « ce qui compte est à l’intérieur ». Avis à tous les philosophes en herbe : il y a bien un message subliminal caché derrière. En effet, si la nudité peut poser problème pour certaines, Fanny Dussart y voit un moyen de rendre les femmes « plus vulnérables », et c’est justement ce qu’elle a souhaité mettre en avant. Pour ces femmes, âgées de 20 à 88 ans, le projet a fini par devenir une évidence. « Tout ça a mûri très vite », s’est réjouie Isabelle Nicolas, une des modèles. Si certaines réticences ont été exprimées quant à l’idée de poser nue, pour Isabelle, la photographe « a su porter, proposer et rendre le sujet possible. Il y a eu des retenues mais je crois que la cause en elle-même porte vraiment les choses et ça leur donne du corps  ».

Le sujet interpelle, bouscule, suscite de vives émotions : « Au départ, on se dit que c’est comme en maillot de bain, sauf que ça ne l’est pas et le concept fait remonter des souvenirs difficiles  ». Quelles meilleures ambassadrices que des femmes concernées directement par le sujet ? Si la photographe a soigneusement choisi ses modèles, ce n’est peut-être pas un hasard. Dans le calendrier, chaque photo est accompagnée de sa petite description indiquant le nom, le prénom, l’âge et le ressenti de chacune par rapport au cancer : « Finalement, on s’est rendu compte que la quasi-majorité d’entre nous avait déjà été confrontée de près ou de loin au cancer. Nous avons beaucoup ri, mais aussi beaucoup pleuré ». Si les ventes des calendriers seront intégralement reversées à la Ligue contre le Cancer, les thèmes de chacune des photos ne portent pas sur la pathologie en elle-même. En feuilletant les pages, vous y verrez une représentation poétique et artistique des emballages de notre quotidien. Audrey, l’une des volontaires et habitante de Janvry, s’est notamment habillée d’un ruban adhésif « gaffer » quand Marie-Anne s’est vêtue d’un simple film plastique de fleuriste tel un bouquet de compositions florales. C’est notamment Isabelle Revéret, une des modèles, qui a mis l’idée en lumière : « Il se trouve que dans le groupe, nous sommes deux à pratiquer une activité de valorisation de matières en fin de vie, de réduction des déchets. Il fallait un fil rouge à ce projet et, très vite, ça a été comme une évidence car nous sommes tous concernés par la cause environnementale ». Un fil conducteur très bien accueilli par l’ensemble des femmes porteuses du projet. Un calendrier qui pointe du doigt ces emballages parfois inutiles et qui «  nous font oublier l’essentiel, à savoir ce qui est à l’intérieur » pour contribuer à financer des actions d’accompagnement de personnes atteintes du cancer, c’est un combat qu’Isabelle Nicolas se réjouit de mener, malgré les émotions qu’il fait remonter : « On est toutes plutôt souriantes sur les photos car on a une vraie envie de vie et de vivre. Lorsqu’on a touché le cancer du doigt, on a qu’une envie c’est que les choses avancent dans le bon sens : on cherche à ce que la vie des gens soit plus saine, moins polluée. C’est une petite goutte dans l’océan  ».

« Ce qui compte est à l’intérieur »

Emprisonner le corps de plusieurs femmes dans des emballages pour véhiculer un message fort. Voilà une idée engagée particulièrement parlante, surtout lorsque l’on sait que les ménages génèrent environ 5 millions de tonnes de déchets d’emballages par an, ce qui représente à peu près 90 milliards d’unités d’emballages. De plus, le rapport au cancer n’est pas si loin… En effet, bon nombre d’emballages renferment des composants cancérigènes : « Ça ne nous semblait pas improbable de marier les deux thèmes », indique Isabelle Revéret. A partir de ce vendredi les calendriers seront en vente sur le marché de Noël du village de Janvry. Par la suite, différents commerces feront également partie du projet. Une mercerie à Janvry et la mairie vendront notamment des calendriers. Vous pourrez également contribuer en faisant un don sur la plateforme de vente associative, en partenariat avec la Ligue contre le Cancer de l’Essonne, mis en place a cet effet (www.cequicompte.fr) : « Ça permet aux gens d’avoir une visibilité, de faire un don pour la Ligue contre le cancer et éventuellement de nous avoir dans leur cuisine !  ».