« Vouloir faire des économies sur les collèges alors qu’on a un excédent de 35 millions d’euros, on n’en voit pas le sens. » Lors du vote du rapport d’orientation budgétaire 2017 en novembre, les conseillers départementaux ont une nouvelle fois montré leurs désaccords sur les collèges. Quelques jours avant, l’opposition de gauche interpellait la presse sur la baisse des dotations accordées aux collèges de l’Essonne, qui passe de 9,4 millions d’euros à 7,4, soit près de 2 millions d’euros du budget départemental.
«  La mutualisation des services, que nous avions lancée, va bien trop loin, s’inquiète ainsi David Ros, président du groupe Rassemblement de la gauche et des écologistes. Les collèges ne pourront pas fonctionner. Avec un minimum de dotation de 30 000 euros, montant qui concerne 11 collèges sur 100, il y a des risques ». La gauche craint également, à terme, que les collèges essonniens ne puissent plus financer la pédagogie, ou alors en se servant sur le budget restauration. Même si c’est une baisse « à relativiser » : « les contrats électricité et chauffage ont été repris par le département », précise le président de l’opposition. Ce que confirme Caroline Parâtre, vice-présidente en charge des collèges : « la dotation prévisionnelle ne compte plus dans son périmètre les factures de gaz et d’électricité et aucun critère de calcul de la dotation n’a été modifié. Aussi, la variation entre 2016 et 2017 s’explique par les économies réalisées sur la mutualisation des contrats d’énergie et cela n’affecte en rien les budgets des collèges ; car le département assure désormais directement le règlement des factures de gaz et d’électricité », répond-t-elle, contactée par Essonne Info.

Mais les inquiétudes chez les chefs d’établissements étaient vives ces derniers temps. Et, affirme l’opposition, « certains n’ont pu boucler leur budget de fonctionnement ». Une poignée de lettres de principaux ont ainsi été envoyées à Caroline Parâtre. Mi-novembre, elle rencontrait certains des concernés, assurant travailler avec eux à « un ensemble de solutions ». « Au cours des 60 visites des collèges effectuées depuis le début du mandat, j’ai pu rencontrer des principaux et des équipes soucieuses du bon fonctionnement de leur établissement, entendre les difficultés rencontrées et trouver ensemble des solutions. » Et de constater « un manque d’entretien au cours des années précédentes », tout en « saluant le travail mené par les agents départementaux ».

Comment en est-on arrivé là ? Début d’explication : jusqu’en septembre 2016, les collèges de l’Essonne bénéficiaient de plusieurs enveloppes pour financer leurs actions pédagogiques. Par exemple , le programme « Réussir sa sixième », lancé en 2012, ou encore des programmes comme « Collégiens citoyens » ou « Mieux se former au collège ».
Le département a décidé de fusionner l’ensemble des offres en une seule offre, l’Offre de découverte éducative (ODE 91). Elle s’élève à 23 euros par élève, l’équivalent de l’enveloppe de « Mieux se former au collège ». Ainsi, certains établissements ont vu leurs dotations baisser de moitié : les enveloppes ont été fusionnées en une seule offre, calculée sur l’effectif d’élèves constaté fin septembre – début octobre 2016. « Du coup, on finance moins d’actions, regrette Pierre*, ce principal d’un collège du Nord-Essonne. Ça m’oblige à dire à mes profs :  »on ne peut pas dépenser » . Plus l’établissement est grand, plus la subvention est importante. La proportionnalité est logique, mais la réduction de l’enveloppe nous embête. »

Un complément de 100 000 euros voté en assemblée départementale

Par ailleurs, l’offre ODE 91 possède des instructions très précises : ainsi, 40 % des sorties doivent se faire désormais sur le territoire essonnien. Une manière de valoriser le patrimoine de l’Essonne auprès de ses collégiens. « L’idée est bonne au départ. On n’y est pas opposé mais au niveau de la liberté pédagogique, ça pose question. », s’interroge Pierre.

« Le financement des actions pédagogiques ne fait pas partie des compétences obligatoires du département, rebondit Caroline Parâtre. Toutefois, ce budget s’établit à 2,25M€ (+0,27% par rapport à 2016). Le dispositif de l’offre de découverte éducative a été mis en place à la rentrée de septembre et il est nécessaire que les principaux et les professeurs puissent s’approprier pleinement l’outil. »

Entre temps, le Conseil départemental semble avoir réalisé les difficultés que rencontraient les collèges. Ce jeudi 15 décembre, lors du vote du budget primitif, et « pour tenir compte des augmentations des dépenses liées au plan Vigipirate, et afin de pas grever le budget des actions pédagogiques subventionnées, un complément de dotation de 100 000 euros » a été accepté par la majorité. L’opposition avait auparavant proposé « d’affecter une partie des dépenses imprévues ( …) au rétablissement pour 400 000 euros des crédits pour les actions éducatives dans les collèges supprimés en 2016 ».

Les 100 000 euros de plus représentent environ 1 000 euros par collège. « Ça montre qu’il y a des besoins réels », réagit Pierre, joint après le vote. Mais moi, je suis passé de 20 000 euros de dotations à 10 000, donc on en est encore loin. » Le principal confirme aussi que ce sont les transports qui coûtent le plus cher, surtout dans le cadre de Vigipirate. « Pour un car de 55 places, il faut déjà compter 600 euros ».

(*)Le prénom a été changé